Luttes sociales

22 mars : l’intersyndicale des fonctionnaires de La Réunion appelle la population à défendre le service public

Large rassemblement contre la poursuite de la casse sociale

Manuel Marchal / 20 mars 2018

L’intersyndicale CFTC, CGTR, FO, FSU, Solidaires, UNSA-Territoriale, CFE-CGC, Saiper appelle à la mobilisation dans la rue jeudi pour la défense du service public. Les syndicats veulent organiser la résistance au plan « Action Publique 2022 » du gouvernement. Ils y voient la suppression du statut de la fonction publique, et donc la fin des fonctionnaires, et la privatisation de missions assurées par des agents recrutés par concours. Cela signifie aussi la fin de l’espoir de la titularisation pour 70 % des agents de la fonction publique territoriale à La Réunion. L’intersyndicale donne rendez-vous jeudi à 9 heures devant le Petit-Marché à Saint-Denis, point de départ de la manifestation qui se rendra à la préfecture où le dépôt d’une motion est prévu.

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Une large intersyndicale s’est constituée pour lutter contre le plan « Action publique 2022 ». Elle est composée de la CFTC, la CGTR, FO, la FSU, Solidaires, l’UNSA-Territoriale, la CFE-CGC, le Saiper. Si en France la CFDT ne s’associe pas au mouvement, à La Réunion elle sera présente à la manifestation de jeudi à Saint-Denis.

Cette mobilisation coïncide avec le premier jour de grève à la SNCF en France. Un rapport remis au gouvernement préconise la suppression du statut de cheminot qui garantit l’emploi en compensation d’un faible salaire. L’intersyndicale de la fonction publique estime qu’après les cheminots, ce sera le tour des fonctionnaires de voir leurs droits remis en cause. Elle constate le prolongement d’une politique qui a d’abord ciblé les salariés du privé en remettant en cause des pans entiers du Code du Travail avec la Loi El-Khomri, puis les Ordonnances Macron.

La fin de l’espoir de la titularisation ?

« A France Télécom et à La Poste, on a éliminé les fonctionnaires, c’est le modèle que l’on veut nous imposer », souligne Pierrick Olivier de la CGTR-Finances, or ce modèle se traduit par des coûts supplémentaires pour l’usager qui est considéré comme un client. Le service public ne joue alors plus son rôle de rempart contre les inégalités.

À La Réunion, la mobilisation prend un sens supplémentaire compte-tenu de la forte précarité dans la fonction publique. Maximin Sabary de la CGTR-FPT rappelle que dans la fonction publique territoriale à La Réunion, plus de 16.000 agents ne sont pas titulaires, soit 70 % des effectifs. Il rappelle qu’en 1992, les élus avaient demandé à l’intersyndicale l’intégration plutôt que la titularisation. L’intégration alignait les salaires sur la France, à charge à l’État de verser la somme nécessaire à la titularisation en donnant les moyens aux collectivités de payer la sur-rémunération de 53 %. Il note que ce dossier n’a pas avancé. La CGTR-FPT souligne qu’en 2012, La Réunion a élu 6 députés de gauche sur 7, que la majorité gouvernementale était à gauche et que rien n’a été fait. L’absence de titularisation rend les agents très précaires dans leurs fonctions. Maximin Sabary cite l’exemple des ATSEM. Si elle n’ont pas de CAP Petite enfance, elles sont considérées comme agents polyvalents.

Bataille décisive à la SNCF

« Le gouvernement attend l’état de la mobilisation des cheminots pour remettre en cause la loi de 1984 qui régit la FPT. La suppression du statut des cheminots est prévue pour ceux qui vont entrer dans la SNCF. Si c’est la même chose dans la Territoriale, que vont devenir les 16.000 non titulaires ? », interroge le représentant de la CGTR-FPT.

Le 22 mars n’est pas « une grève de plus pour défendre les privilèges des fonctionnaires, c’est pour défendre la population ». « On fera appel à des entreprises dans les collectivités plutôt que des agents, cela coûtera plus cher à la population. C’est un appel à défendre notre modèle de service public de La Réunion. Nous ne voulons pas que La Réunion devienne un nouveau Mayotte. D’où un appel à venir ensemble le 22 mars ».

Pierrick Olivier signale également que « la CGTR appelle l’ensemble de ses structures à participer à la mobilisation du 22 mars, tout le monde est concerné. Commerce, BTP, Ports et Docks, Auto-Moto ont déjà répondu présent ».

Prêts à bloquer l’économie

Jean-Paul Paquiry (FO) souligne une prise de conscience qui aura lieu par le succès du 22 mars. « La fonction publique est attaquée, or le modèle républicain ne peut marcher sans la fonction publique. Toutes les privatisations qui ont eu lieu ont entraîné un surcoût ». Il rappelle qu’auparavant, EDF était obligée de fournir l’électricité pour une personne qui avait obtenu un permis de construire, aujourd’hui il faut payer. « Le président de la République est là pour liquider les services publics. Les dernières annonces ne sont pas rassurantes : un plan de départ pour les fonctionnaires dont les services sont fermés. Les fonctionnaires partant à la retraite seront remplacés par des contractuels ». « Le projet CAP 2022 prévoit la suppression des comités paritaires. C’est la perspective de la fin du statut de la fonction publique », insiste-t-il. Le 22 mars est une première journée de mobilisation, au-delà il faudra organiser la résistance et si nous devons bloquer l’économie pour faire plier le gouvernement, nous irons jusque-là, dit-il en substance. D’où un appel à l’ensemble de la population.

Patrick Gerbith (FSU) dénonce une « déclaration de guerre du gouvernement aux fonctionnaires. Alors que les voyants sont au vert, avec la reprise économique en France, M. Macron continue de détruire notre mission de service public ».

Victor Rodrigues (SNES-FSU), constate que si le rétablissement du jour de carence fait que le nombre d’arrêts maladie diminue mais sont plus longs. « La hausse de la CSG est une attaque contre le pouvoir d’achat. La baisse des moyens dans le second degré est aussi dénoncée : « aucun poste en plus à la prochaine rentrée alors que le nombre d’élève ne diminue plus ». L’autonomie des établissements amène un la création de bacs locaux.

La FSU précise aussi que la précarité touche fortement l’enseignement supérieur et la recherche, avec 25 % de contractuels.

Chercher de nouveaux rapports de force

Moise Mazeau (Solidaires) lance un appel à la résistance contre la casse des services publics, le rempart contre les politiques libérales. « Des privatisations sont envisagées, avec des suppressions de poste à la clé. Les fonctionnaires seront en voie de disparition. La réponse à cela, c’est de défendre le statut général de la fonction publique ». « Le gouvernement a prévu un plan de départ à la retraite dit volontaire, ce sera une violence infligée à ceux qui ne peuvent pas s’adapter », souligne-t-il.

Le SAIPER indique que se profile la casse des maternelles avec la baisse du nombre des toutes petites sections. « Les dédoublements des classes de CP sont un leurre car les enfants ne réussissent pas à 100 %, c’est mal connaître la pédagogie ». Ce dédoublement a entraîné la suppression de réseaux d’aide dans des quartiers.

L’Intersyndicale est consciente qu’une lassitude s’est emparée du mouvement social car les grèves menées contre la loi travail et les ordonnances n’ont pas abouti. Se pose alors la question de trouver de nouveaux rapports de force à La Réunion. La manifestation du 22 mars est la première étape d’une nouvelle mobilisation, l’Intersyndicale mise sur un sursaut.

M.M.



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Messages






  • Il est clair que le gouvernement de M Macron veut réduire le plus possible, les services publics.
    Quelques exemples anciens et récents qui montrent que la privatisation se fait au dépend des usagers.
    1) Dans les années60, les services publics d’hygiène venez chez les gens modestes et moyens pour désinfecter gratuitement. Actuellement ce sont des privés qui font payer et souvent assez chers.
    2) Lorsque le téléphone était service public, il y avait, à La Réunion, un bureau pour payer les factures et donner plusieurs informations. Depuis la privatisation il faut faire un numéro de métropole assez compliqué en cas de problème et payer ses factures en métropole.
    3) Avant hier un agent est passé chez moi pour lire mon compteur. Il ne savait pas où il était.Devant mon étonnement, Il m’a expliqué que son entreprise privé était un sous traitant d’EDF. La aussi cela commence.Comment aurait il fait si j’avais été absent ?
    4) Dans les quelques communes où le services de l’eau est public ; le rapport qualité prix est meilleur.
    Le 22 mars ce sont les salariés du privé et les fonctionnaires qu vont se mettre en grève. Un seul regret ; Qu’il n’y ai pas défilé à saint Pierre

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  • Une seule réponse des travailleurs, de tous les salariés.
    Je ne comprends pas le comportement des directions de confédérations et de fédérations syndicales (inconscience de la situation ? corporatisme et bureaucratisme ? trahison ?) au moment où le gouvernement mène un affrontement global et décisif contre l’ensemble des salariés d’aujourd’hui et à venir.(surtout à travers la destruction pure et simple de la protection du droit du travail acquise de hautes luttes : CDI, hiérarchie des normes)
    La seule réponse qui s’impose de façon responsable c’est la grève générale pour établir un rapport de force réel et tangible et cette grève générale aurait dû être déjà préparée depuis longtemps au lieu d’attendre que la classe ouvrière se lève spontanément comme un seul homme dans un avenir proche quand elle aura pris conscience qu’on attente de façon fondamentale à ses conditions d’existence.

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