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En 2018, 72 ans après l’abolition du statut colonial à La Réunion, toujours pas de solution à la pauvreté
19 janvier 2021, par

Les données sur la pauvreté publiées par l’INSEE rappellent quelle était la situation quelques mois avant l’arrivée du mouvement des gilets jaunes. Avec officiellement 39 % de personnes sous le seuil de pauvreté, les conditions de la crise étaient largement réunies. Depuis lors, la crise sanitaire n’a pu qu’aggraver la situation ce qui creuse le retard sur la référence des statistiques : la moyenne française.
L’INSEE a publié le 14 janvier dernier des statistiques détaillées sur les revenus et la pauvreté sur la base de données datant de 2018. De ces données, une infographie a été réalisée avec plusieurs chiffres-clés.
Voici ce que l’INSEE annonce :
39 % des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté, soit 332 500 personnes. En France, ce taux est de 15 %
La moitié des Réunionnais disposent de moins de 1290 euros par mois et par unité de consommation. Cette somme est inférieure de 27 % à celle de la France.
L’ensemble des revenus des 20 % les plus favorisés est 5,5 fois plus élevé que celui des 20 % les plus modestes. En France, cette proportion est de 4,4.
Enfin, des régions de La Réunion sont plus touchées que d’autres. L’INSEE cite d’abord les quartiers « politique de la ville » où 56 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Viennent ensuite les communes rurales de Salazie, Sainte-Rose et Cilaos.
Cette photographie de la pauvreté à La Réunion a deux ans. Elle date de 2018, où arriva en fin d’année le mouvement des gilets jaunes. La lecture de ces chiffres rappelle quel était l’état de souffrance de la population à ce moment-là.
Ces données sont également un bilan de l’intégration de La Réunion à l’ensemble français en tant que département. A l’époque coloniale, Sécurité sociale et impôts sur le revenu n’existaient pas au sein d’une société structurellement inégalitaire et raciste, où la structure dominante de la plantation n’avait pas été remise en cause par l’abolition de l’esclavage.
L’abolition du statut colonial à La Réunion s’est traduit par un remplacement progressif de la classe dirigeante. Au Conseil général et à la tête des Mairies, là où prédominait une aristocratie du sucre composée de riches planteurs, propriétaires fonciers, usiniers figure aujourd’hui des membres de professions qui ont vu leurs effectifs considérablement augmenter depuis l’abolition du statut colonial, il s’agit principalement de membres du secteur des services : professions libérales, agents de l’État ou commerçants notamment.
Cette évolution de la composition du personnel politique ne s’est pas accompagné d’une remise en cause des structures à l’origine du sous-développement de La Réunion. Notre île était en effet considérée comme une réserve de main d’oeuvre pour la France des années 1960-1970, qui avait besoin d’attirer des millions de travailleurs immigrés pour faire fonctionner son économie.
C’est ainsi que la classe ouvrière s’est retrouvée en France ou au chômage, car avec la mise en concurrence de la production manufacturière d’une ancienne colonie comme La Réunion avec celle d’un pays anciennement industrialisé, des productions traditionnelles n’ont plus été industrialisées.
La croissance démographique de La Réunion depuis la fin du statut colonial ne s’est pas accompagnée d’investissements de la part de l’État pour créer à La Réunion une industrie solide, créatrice d’emplois et capable de s’adapter aux changements. Cette négligence est une des explications à la crise actuelle.
Manifestement, bien qu’habitant un territoire considéré comme département français depuis 1946, avec en droit la citoyenneté et la nationalité françaises, les Réunionnais sont confrontés à une situation sociale sans commune mesure avec celle des territoires ayant le même statut, mais situés en Europe à quelques centaines de kilomètres de la capitale française.
Comment expliquer qu’un pays comme la France ait pu construire une force militaire nucléaire et puisse se présenter comme seconde puissance maritime mondiale alors que manifestement, ses gouvernements qui se sont succédé depuis 1946 n’ont jamais concrétisé l’ambition de la loi du 19 mars 1946 : le droit aux Réunionnais d’avoir les mêmes conditions de vie qu’un citoyen de la République vivant en France.
Les statistiques de l’INSEE rappellent que ce droit est encore bien loin d’être concrétisé. Cela est d’autant plus grave que les Réunionnais vivent sur un territoire qui permet à la France de se présenter comme une grande puissance et d’avoir un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Car posséder la bombe atomique ne suffit pas pour faire partie de ce club très fermé, et ce sont des îles comme La Réunion qui permettent à la France d’entretenir encore cette survivance d’un lointain passé, celle d’une grande puissance qui a émergé au 17e siècle sous le régime de Louis XIV avant que ce statut soit remis en cause par la fin de son Empire colonial au siècle dernier.
M.M.
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