Le gouvernement veut réduire les droits des travailleurs privés d’emploi

À La Réunion, l’austérité contre les chômeurs frappe un pays déjà sinistré par le sous-développement responsable de la pénurie d’emplois

14 août 2025, par Manuel Marchal

À La Réunion, où le chômage est au moins deux fois plus important qu’en France et touche un jeune sur deux, le durcissement de l’assurance-chômage voulu par le gouvernement frappera de plein fouet une population déjà privée d’activités productives à cause du sous-développement. Dans un tissu économique fragile et dépendant des aides publiques, réduire les droits aux allocations risque d’aggraver pauvreté, exclusion et migration des jeunes vers l’emploi en France, tout en affaiblissant la consommation qui soutient l’économie locale.

La nouvelle offensive du gouvernement contre les droits des demandeurs d’emploi prend une résonance particulière à La Réunion. Sur l’île, où le taux de chômage dépasse 17 % — plus du double de la moyenne française — et où un jeune sur deux est sans travail, les mesures annoncées par François Bayrou risquent de frapper de plein fouet une population déjà fragilisée par le manque chronique d’activités génératrices de revenus.

Le tissu économique réunionnais reste dominé par les services et la fonction publique, avec peu d’industries et un secteur productif limité. Les opportunités d’emploi qualifié sont rares, l’économie étant fortement dépendante des importations et des transferts publics. Dans ce contexte, réduire la durée d’indemnisation ou durcir l’accès aux droits ne peut avoir l’effet incitatif vanté par l’exécutif : il n’existe tout simplement pas assez d’emplois à pourvoir.

Pour les syndicats locaux, cette politique revient à « punir la pauvreté ». La précarité y est déjà massive : un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et nombre de familles survivent grâce aux allocations chômage et aux minima sociaux. En diminuant ces ressources, le risque est d’aggraver encore l’exclusion sociale, la dépendance à l’aide alimentaire et la fuite des jeunes diplômés vers la métropole.

Les effets en chaîne pourraient aussi se faire sentir sur l’économie locale. Moins d’indemnités, c’est moins de consommation dans les commerces, les marchés et les petites entreprises, déjà fragiles. Or, à La Réunion, la consommation est le moteur essentiel de l’activité.

En ciblant les chômeurs plutôt que les ultra-riches ou les niches fiscales coûteuses, le gouvernement ignore les réalités structurelles d’un territoire insulaire marqué par l’histoire coloniale, l’éloignement géographique et la dépendance économique. Ici, le problème n’est pas la prétendue « générosité » des allocations, mais l’absence de perspectives d’emploi durable.

Pour beaucoup, ces coupes annoncées ne sont pas un appel au travail, mais un nouvel épisode d’austérité imposée à ceux qui n’ont déjà presque rien.

M.M.

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