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13 juin, parLe monde a changé
Suite du débat au Conseil général sur les minima sociaux
14 septembre 2005

Pendant 10 jours, une délégation de la Commission des Affaires sociales du Sénat est en mission d’information à La Réunion et à Mayotte. Lundi, elle participait au débat organisé au Conseil général sur les minima sociaux. Réactions.
D’abord dans la rue. Au moment même où la délégation de 12 parlementaires s’informe sur notre contexte social, des Réunionnais squattent des logements inoccupés, revendiquent leurs droits de salariés, grognent contre la baisse de leur pouvoir d’achat. Certes, leurs protestations ne touchent aucunement les missionnés. Peut-être, néanmoins, devraient-ils se sentir concernés. Surtout lorsque ces derniers traitent d’un sujet aussi sensible que les minima sociaux. Huguette Bello, députée de La Réunion, l’a brillamment fait ressortir lors de son intervention au cours du débat de lundi au Palais de la Source (voir notre édition d’hier). 226.000 Réunionnais sont couverts par des prestations sociales. Pour comprendre cette situation, explique la députée, il faut se reporter au chiffre, tristement record, du chômage sur notre île. La population réunionnaise croît plus vite que la création d’emplois. Les mesures gouvernementales, quand elles nous atteignent, sont inadaptées. Les associations de chômeurs montent au créneau, comme les syndicats d’ailleurs. Pour Jean-Hugues Ratenon du collectif Agir Pou Nout Tout, tenir un débat c’est bien, mais le mieux reste encore d’apporter des solutions concrètes. "Au lieu d’utiliser des termes comme “égalité des chances”, “l’emploi pour tous”, ceux-là parlent d’assistanat. On accuse les chômeurs d’être assistés et de s’en contenter. Pourtant, le contexte réunionnais est là. En 2004, seulement 3.500 emplois ont été créés, tandis que 7 à 8.000 arrivent sur le marché de l’emploi, pour s’ajouter aux 100.000 chômeurs", déplore-t-il. Et d’ajouter : "Ce sont eux qui ont le pouvoir, sont donc responsables et doivent proposer des solutions".
Dispositifs inadaptés
Entre temps, le gouvernement joue de ses ordonnances pour faire régresser les droits du travailleur, en instituant des dispositifs d’emplois aidés, plus précaires encore que les contrats déboutés (CES-CEC-CIA-emploi jeunes, etc...). L’État se désengage de ses responsabilités, et transfère tout azimut ses compétences aux collectivités locales. Monica Govindin, Alain Zaneguy et Graziella Leveneur, 3 conseillers généraux (Alliance) ont interpellé les sénateurs et sénatrices de la Commission sur les difficultés que cela générerait pour le département, en termes de financement. Le transfert des minima sociaux au département de La Réunion coûte plus cher que les prévisions escomptées, au risque même d’agrandir le déficit de la collectivité. Les 3 élus notent l’état de crise sociale à La Réunion, et s’interrogent quant à la pertinence et l’adaptabilité desdits dispositifs sur notre île. Jean-Pierre Técher, directeur de l’association Agir contre le chômage, pense que cela fait seulement l’affaire du patronat. On culpabilise le chômeur, qui est contraint d’accepter ces petits emplois. "Comment faire en sorte que la perte des droits connexes ne pénalise pas la reprise de l’emploi ?", demande-t-il. Et de répondre : "il faut que les revenus du travailleur soient supérieurs aux minima sociaux". Pour l’heure, force est de constater que le gouvernement encourage la pollution d’emplois précaires. Ce n’est pas là un programme innovant de création d’emplois. Les contrats d’avenir, CIRMA, contrat d’accompagnement.
Le patron peut embaucher
Tous disent la même chose : la précarisation du travail pour faire l’affaire du patronat. Lors des débats, Jean-Pierre Técher s’étonnait de la position de l’ANPE, qui reconnaissait enfin que le patronat avait les moyens d’embaucher, mais pleurait la bouche pleine. Pour autant, le directeur d’Agir contre le chômage se dit patient, espérant que cette Commission apporte des solutions concrètes. Comme par exemple, recommande Jean-Pierre Técher, faire en sorte que les bénéficiaires de minima sociaux puissent obtenir un plein SMIC, en cumulant leurs prestations avec un travail à temps partiel. Ce serait déjà bien si s’arrêtait la chasse aux demandeurs d’emploi. Les dernières attaques gouvernementales signent le coup de grâce, en les culpabilisant. Espérons seulement que la délégation de la Commission des Affaires sociales du Sénat soit vraiment attentive à tout cela.
Bbj
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