Luttes sociales

Appels au rassemblement et à la convergence des luttes

50e anniversaire de la CGTR

Manuel Marchal / 11 juin 2018

Ce samedi, la CGTR a célébré le 50e anniversaire de sa création. Cette journée a été marquée par la présence à la tribune de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, et de Gisèle Vidalet, dirigeante de la CGT. Le Parti communiste réunionnais était représenté par Maurice Gironcel, secrétaire général, et Elie Hoarau, président, qui est intervenu. Le président du PCR a de nouveau appelé au rassemblement pour sortir La Réunion de l’impasse de l’intégration, tandis que le secrétaire général de la CGTR a rappelé la mobilisation pour « la convergence des luttes pour un mouvement de résistance », avec une ouverture sur les partis politiques dans le respect de l’indépendance syndicale.

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Discours final d’Ivan Horeau, secrétaire général de la CGTR. A la tribune : Georges-Marie Lépinay, Jacky Balmine, Philippe Martinez et Gisèle Vidalet.

Le 50e anniversaire de la création de la CGTR a été samedi un moment riche en évocations historiques. Ce fut l’occasion de revenir sur les batailles menées par le mouvement progressiste depuis la création d’une industrie sucrière à La Réunion, point de départ de la création d’un prolétariat dont l’action a transformé notre île. Cette journée permit également de rappeler la solidarité de luttes entre travailleurs de La Réunion et de France.
C’est à la mairie de Saint-Denis que cette journée a été organisée. Un lieu chargé d’histoire car c’est là que fut créée en novembre 1947 la Fédération de La Réunion du Parti communiste dont le premier président fut Raymond Vergès, maire de Saint-Denis en 1945, et qui allait devenir 12 ans plus tard le Parti communiste réunionnais.

Des syndicats au CRADS

La journée a commencé par un exposé de Georges-Marie Lépinay sur le contexte de la création de la CGTR. L’ancien secrétaire général de la CGTR a rappelé les différentes luttes qui ont amené à la création des premiers syndicats avant la guerre grâce aux travailleurs du chemin de fer. Il rappela la convergence des luttes qui exista dans les années 1930 pour obtenir l’abolition du statut colonial. Le développement des syndicats dans les plantations, les usines et les industries porta la création de la Fédération réunionnaise du Travail en 1936 puis sa fusion avec le syndicat des fonctionnaires deux ans plus tard pour donner naissance à l’Union départementale des syndicats CGT dirigée par Raymond Vergès. Ce mouvement syndical se dota d’un bras politique avec le Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS). Les victoires du CRADS aux élections de 1945 aboutirent à l’abolition du statut colonial à La Réunion par la loi du 19 mars 1946. Un CRADS qui évolua avec la création de la Fédération communiste de La Réunion en 1947, puis du PCR en 1959.

Georges-Marie Lépinay est ensuite revenu sur la période de la répression dans les années 1950-1960. Elles ont coïncidé avec le développement du BTP qui comptait 15.000 travailleurs dans les années 1960, autant qu’aujourd’hui. Et c’est une UD CGT marquée par le poids des travailleurs du Bâtiment qui s’est transformée en CGTR lors d’un congrès organisé le 3 juin 1968 à la Plaine des Palmistes. A peine né, le syndicat dut faire face à la répression, avec la prise d’assaut par les CRS de son siège, à la Cour Basile.

Rôle des francs-maçons

Jean-Raymond Mondon, syndicaliste à l’UNSA et ancien dirigeant de la FEN à La Réunion a mis en évidence les liens entre la CGTR et le syndicalisme enseignant. Il y eut « un long chemin commun entre le SNI devenu FEN et la CGT devenue CGTR », dit-il en substance. Il a rappelé la pétition pour l’égalité sociale dans les années 1980, et soulignait que la FEN faisait la liaison entre les syndicats qui n’arrivaient pas à s’entendre.

Il souligna qu’ « explorer notre histoire, c’est prendre des points d’appui ». Ce qui permet de rappeler les luttes qu’il a fallu mener pour obtenir les acquis sociaux d’aujourd’hui. Il conclut en rendant « hommage à toutes les « petites mains » qui ont œuvré pour le développement de La Réunion ».
Mario Serviable a présenté un exposé sur le rôle de la franc-maçonnerie dans le syndicalisme à La Réunion. Il souligne que tout le débat sur la départementalisation de La Réunion s’est déroulé depuis 1895 dans la Loge de l’Amitié. Cette loge a œuvré pour organiser les travailleurs.

Henri Vavasseur, père du syndicalisme à La Réunion, était franc-maçon. En 1912, il regroupe des travailleurs de Saint-Paul, ils déposent ensuite les statuts du syndicat à la préfecture avant de se rendre à la Loge de l’Amitié. Cela explique pourquoi la plupart des dirigeants de l’UD CGT était francs-maçons. « Le capitalisme semble immuable, c’est pour cela que le combat doit continuer contre tous les pouvoirs qui empêchent la dignité de l’homme », conclut Mario Serviable.

Dominique Rivière a pour sa part rappelé les liens entre la Ligue des droits de l’Homme et le syndicalisme. 2018 marque le 120e anniversaire de la LDH créée en France à l’occasion de l’Affaire Dreyfus. Elle s’est implantée en 1905 à La Réunion et comptait 250 membres en 1938. Parmi eux se trouvaient tous les dirigeants des syndicats. La LDH était alors le porte-parole des syndicats.

Les communistes dirigeants syndicaux

Élie Hoarau, président du PCR a rappelé la situation sociale de La Réunion au moment de la création des syndicats. C’était alors un pays dominé par l’industrie sucrière, à l’origine de la création d’un important prolétariat. Ce prolétariat subissait la violence de l’exploitation coloniale. Il s’est organisé et a obtenu le soutien d’intellectuels et de communistes. Élie Hoarau rappelle que pendant longtemps, il était courant que le syndicaliste soit un communiste, et des dirigeants communistes étaient à la tête de la CGTR. Le président du PCR salue le travail de Bruny Payet « qui avant d’être secrétaire général de la CGTR était un dirigeant communiste connu et respecté ».

« La création de la CGTR était une étape importante dans la démocratie syndicale et citoyenne », poursuit le président du PCR, « la CGTR a considéré que nous sommes un peuple, et elle a mené des actions d’émancipation notamment dans le domaine culturel ». Aux côtés du PCR, du FJAR et de l’UFR, la CGTR a mené le combat pour la célébration du 20 décembre. « L’intégration ne nous permet pas de régler les problèmes actuels et à venir : changement climatique, mondialisation capitaliste et démographie », ajoute Élie Hoarau. « Nous devons trouver ici des solutions en nous mettant d’accord entre nous, se rassembler pour faire ensemble un projet », ajoute-t-il. Pour le PCR, « plus que jamais, il faut aller vers l’émancipation, avoir plus de responsabilité. A nous de prendre nos responsabilités, et de transcender tout ce qui nous différencie ».

Huguette Bello a pour sa part évoqué les combats partagés par l’UFR et la CGTR, et a rendu hommage à Clélie Gamaleya. Elle a conclu son intervention par une charge contre la politique du gouvernement.

« Nous lever et combattre »

L’après-midi s’est poursuivie par des témoignages de syndicalistes avant les discours de conclusion des deux dirigeants de la CGT et de la CGTR. Philippe Martinez a souligné les conséquences des attaques du gouvernement contre les conquêtes sociales. Il a également montré l’amplification de la répression contre les actes de résistance des syndicats. Il met aussi en évidence un monde du travail qui se transforme avec une multitude de statuts. Le travail intérimaire se développe, avec des salariés précaires qui regardent chaque matin leur téléphone pour savoir s’ils seront employé ce jour-là. Ceci amène à réfléchir sur la manière d’intégrer ces nouveaux types de travailleurs dans le syndicat.
« Ce sont trop souvent les travailleurs qui viennent nous voir. Si on allait les voir pour leur dire qu’ils ont toute leur place dans la CGT, dans la CGTR, alors le nombre d’adhérents augmentera », a-il dit.

Ivan Hoareau, secrétaire général a conclu la journée en soulignant l’attaque sans précédent contre le monde du travail menée par ce gouvernement. C’est la marche vers « le démantèlement du service public ».
Pour le secteur privé, « la flexisécurité est un leurre ». « En prenant appui sur la loi El-Khomri, Macron est allé plus loin », poursuit le secrétaire général de la CGTR. « C’est la décentralisation du niveau de négociation vers l’entreprise, là où le rapport de forces est le plus défavorable au travailleur ». Ces lois sont un « champ ouvert pour l’arbitraire patronal ».

« Le syndicalisme est dans le viseur du gouvernement, il nous faut nous lever et combattre », ajoute Ivan Hoareau, « l’année 2018 sera extrêmement difficile, avec l’aggravation de la pauvreté et des inégalités ». L’objectif de la CGTR est de travailler à « la convergence des luttes pour un mouvement de résistance », avec une ouverture sur les partis politiques dans le respect de l’indépendance syndicale. La CGTR a proposé une plate-forme à laquelle 8 organisations syndicales ont répondu. Le secrétaire général de la CGTR conclut son discours par un message de solidarité à destination des cheminots en lutte.
La célébration du 50e anniversaire de la CGTR s’est achevé au son de l’Internationale entonnée par Denis Irouva.

M.M.