La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Plan de licenciements à Profilage
31 janvier 2018, par

Hier au siège de Profilage, filiale d’ArcelorMittal à La Réunion, se tenait une importante réunion au sujet du PSE, le plan de licenciements que la direction souhaite faire aboutir. Après que le délégué syndical eût présenté les propositions de la direction en termes d’indemnistation pour les 36 travailleurs menacés de licenciement, le personnel a décidé de voter contre le plan de la direction. La mobilisation continue pour que les travailleurs puissent bénéficier d’une juste indemnisation afin de pouvoir poursuivre l’activité qu’ArcelorMittal a décidé d’abandonner. Ils estiment que la réparation du préjudice s’élève à 103.800 euros par personne, sans condition de versement.
Depuis le mois de novembre, les travailleurs de Profilage, filiale d’ArcelorMittal à La Réunion, sont dans la lutte à cause d’un plan de licenciement présenté par la direction. Cette dernière utilise la loi El-Khomri pour justifier la mise au chômage de près de la moitié de l’effectif en raison de pertes l’an dernier. Or auparavant, la situation de l’entreprise était florissante. Cela lui permet de bénéficier d’une trésorerie de plus de 24 millions d’euros, qui lui rapporte chaque année 200.000 euros d’intérêts, selon le rapport d’un expert mandaté par le Comité d’entreprise.
Depuis le mois de novembre, le PSE a été tout d’abord rejeté à l’unanimité par le Comité d’entreprise qui estime qu’avec une trésorerie aussi importante, les indemnités proposées sont très insuffisantes. Ce sont ensuite les élus du CHSCT qui ont voté à l’unanimité contre le PSE, car ils constatent qu’avec 40 licenciements sur un effectif de 83 personnes, les conditions de travail seront trop dégradées. La bataille menée par le CHSCT a permis d’ailleurs de sauver 4 emplois, obligeant la direction à soumettre un PSE prévoyant désormais le licenciement de 36 travailleurs.
Hier, c’est le délégué syndical qui a refusé de valider le PSE. Il a en effet suivi le vote des salariés concernés après que les propositions de la direction en termes d’indemnisation ont été présentées. Le PSE de la direction est donc adressé à la DIECCTE en vue d’une validation. La DIECCTE a trois semaines pour se prononcer, sachant que ce plan n’a pas été validé par le CE, le CHCST et le délégué syndical.
Initialement, la direction de la filiale d’ArcelorMittal ne voulait céder que 47.000 euros en plus des indemnités légales de licenciements. Finalement, elle est montée à 65.000 euros, tout en soumettant le versement de ces indemnités à des conditions drastiques. Ainsi, la « supra-légale » de 30.000 euros est conditionnée par la garantie apportée par le travailleur licencié qu’il a été de nouveau embauché. Autrement dit, si le salarié n’arrive pas à obtenir un nouveau travail, il ne touche pas cette prime. Une autre condition est mise quant au versement de l’indemnité liée au suivi d’une formation. Compte-tenu du fait que les travailleurs visés par le PSE n’ont pas pu avoir droit à des formations, et que quelques uns sont illettrés, cette condition est perçue comme un moyen pour ArcelorMittal Réunion de garder son argent plutôt que d’indemniser les travailleurs qu’elle compte licencier.
Les propositions présentées à la direction par le délégué syndical font état d’un montant global de 103.800 euros par travailleur licencié en plus des indemnités légales, avec un versement sans conditions de la « supra-légale » de 30.000 euros. Cette proposition prévoit aussi une prime de 30.000 euros par personne pour l’aide à la création d’entreprise, de 25.000 euros pour la formation.
Si par rapport aux montants observés dans les filiales d’ArcelorMittal en France cette somme peut paraître élevée, la délégation unique du personnel rappelle que les conditions à La Réunion sont bien différentes. D’une part la vie est plus chère, d’autre part le taux de chômage plus élevé. Ceci explique que ces 103.800 euros sont une demande légitime.
De plus, les salariés s’appuient sur l’expertise du cabinet Marciano qui a démontré que Profilage a accumulé une trésorerie de 24 millions d’euros. Cette somme est le résultat des années de travail de salariés qu’ArcelorMittal voudrait licencier à bon compte.
Rappelons que le PSE entraînera la fermeture de l’atelier huisserie. C’est là qu’est fabriquée une pièce indispensable à la réhabilitation des logements sociaux : un adaptateur permettant de monter une porte à serrure trois points sans casser le mur.
Les salariés comptent reprendre cette activité qui est sans concurrence à La Réunion. Ils veulent donc créer une SCOP dont le capital sera financé par les indemnités versées par Profilage. Avec l’aide promise par la Région, la SCOP pourrait ainsi démarrer son activité.
D’autres travailleurs peuvent également s’associer afin de se reconvertir dans la pêche. Là aussi, le versement d’indemnités constituant un juste dédommagement pour la perte d’emploi sera un moyen de lancer cette nouvelle activité.
Les travailleurs de Profilage continuent la bataille. Il reste trois semaines à la DIECCTE pour se prononcer, trois semaines durant lesquelles les travailleurs se mobiliseront. De nouvelles actions sont à prévoir.
M.M.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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