Luttes sociales

ArcelorMittal Réunion : 36 licenciements autorisés malgré 24 millions d’euros de trésorerie

La DIECCTE homologue le PSE présenté par les dirigeants de Profilage

Manuel Marchal / 23 février 2018

Malgré la forte mobilisation des syndicats l’an dernier, la loi El-Khomri est entrée en vigueur. Elle facilite considérablement les licenciements. Les travailleurs de Profilage, filiale d’ArcelorMittal, viennent de subir les effets désastreux de cette loi. Malgré une trésorerie de 24 millions d’euros, l’entreprise a été autorisée par la DIECCTE à licencier 36 personnes.

JPEG - 69.2 ko
Les travailleurs de Profilage ont dû mener une grève de plus d’une semaine pour obtenir le versement d’indemnités supra-légales.

Mercredi, la DIECCTE a homologué le plan de sauvegarde de l’emploi, PSE, présenté par la direction de Profilage, filiale d’ArcelorMittal à La Réunion. Par cette décision, la DIECCTE considère que les mesures présentées vont permettre la sauvegarde de 50 emplois. Comme Profilage compte aujourd’hui 86 travailleurs, cela signifie que 36 salariés vont perdre leur emploi. La décision de la DIECCTE a été présentée hier au personnel.

Pour la délégation unique du personnel, DUP, la décision de la DIECCTE découle d’une logique mécanique. Ce sont des fonctionnaires qui se sont contentés d’appliquer la loi sans prendre en compte toutes les preuves amenées par les travailleurs pour démontrer qu’une autre issue que les licenciements était possible, dit en substance la DUP.

Conséquence de la loi El-Khomri

En effet, au cours de ces 33 années d’existence, l’entreprise a accumulé une trésorerie de 24 millions d’euros. C’est ce qui ressort du rapport d’un expert du cabinet Marciano mandaté par le Comité d’entreprise. Les dirigeants d’ArcelorMittal Réunion ont utilisé à fond la loi El-Khomri, qui permet à une entreprise de mettre des travailleurs au chômage à la suite de difficultés passagères. La direction de Profilage a mis en avant une baisse du chiffre d’affaires en 2017, ayant entraîné un résultat négatif. Or jusqu’alors, les travailleurs ont permis à cette société d’engranger bénéfices sur bénéfices, au point de constituer une trésorerie qui rapporte chaque année 200.000 euros en intérêts pour ArcelorMittal Réunion. Que la DIECCTE ne prenne pas en compte ses éléments, et autorise le licenciement de 36 personnes dans une île qui bat des records de chômage démontre que ces dernières années, la loi a été réécrite pour les patrons qui veulent faire du profit à tout prix, ce qui veut dire une régression sociale pour les travailleurs.

Cette décision signifie concrètement que la liste des personnes licenciées sera connue fin mars, et les départs de l’entreprise auront lieu fin mai. La DUP rappelle que ces licenciements concerneront notamment l’atelier huisserie qui sera fermé. D’où l’initiative lancée pour reprendre cette activité en SCOP.

Trouver un local pour la SCOP

Depuis le mois de novembre, les travailleurs se sont préparés à cette éventualité. Ils ont mené la lutte pour contraindre ArcelorMittal à verser aux travailleurs licenciés une prime complétant les indemnités légales de licenciement. Décomposée en plusieurs chapitres, cette supra-légale peut permettre à un salarié de toucher jusqu’à 50.000 euros dont un minimum de 15.000 euros sans condition.

Aussi, la DUP souligne que « heureusement nous avons lutté, sinon nous n’aurions rien obtenu ».

Pour les personnes qui font la SCOP, c’est le donc le départ de leur projet. Pendant la mobilisation, les travailleurs envisageant de reprendre l’atelier huisserie ont eu le soutien de la Mairie du Port et de la députée Huguette Bello. Pour sa part, la Région Réunion s’est engagée à soutenir financièrement le projet. Maintenant, le moment est venu de passer à l’action concrète. Dans le protocole de fin de conflit actant les indemnités supra-légales, la direction s’est engagée à céder les machines de l’atelier huisserie à la future SCOP. Il reste maintenant à trouver un local pour installer cette nouvelle entreprise.

M.M.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • El Khomeri, elle était membre de la direction du Parti Socialiste et Ministre sous Hollande. Elle et ses ami-e-s se sont attaqué-e-s aux intérêts des travailleurs avec une fermeté idéologique implacable ! Ne soyez pas étonnés quand le dirigeant de la filiale locale du PS, invite la presse à déjeuner pour déclamer son amour pour Macron : "je suis un maire heureux. J’ai fait le bon choix. J’ai eu la main heureuse de choisir le président actuel". Et de préciser que sa politique va dans le bon sens car la France a besoin de réformes. Pour autant, "je suis socialiste et je reste socialiste". Pas un mot pour les travailleurs ! Quelle logique ! La presse était subjuguée devant un aussi fin stratège. Sous entendu qu’il était aussi heureux d’avoir fait battre Paul Vergès, Président sortant du Conseil Régional, en 2010, qui était un rempart pour protéger les travailleurs. Il était à l’origine de la Coop des dockers quand le gouvernement voulait la peau des travailleurs.

    Article
    Un message, un commentaire ?






  • L’aspect positif c’est que celle loi facilite aussi les embauches... dans mon entreprise on a du coup augmenté le nombre d’embauches.
    La question finalement est de savoir si l’on doit continuer à supporter tous les salaires jusqu’au moment où les caisses sont vides puis fermer les usines ou s’il faut pouvoir moduler les emplois en fonctions de l’évolution des marchés pour tenir les entreprises en vie ?
    C’est tout un débat... et c’est loin d’être simple à expliquer :-(

    Article
    Un message, un commentaire ?