Luttes sociales

Aucune retraite en dessous de 75 % du SMIC

Manifestation de la CGPER

Manuel Marchal / 30 juin 2018

Hier à l’appel de la CGPER, une manifestation d’agriculteurs a rappelé que ce secteur reste en crise. Toutes les générations sont concernées, en particulier les ainés que le système condamne à la pauvreté.

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Au bout de dizaines d’années de travaux harassant, des retraites de misère. (photo Toniox)

Hier à Saint-Denis, une manifestation de la CGPER est allée de l’ancienne gare à la préfecture. Les agriculteurs ont voulu alerter les autorités sur un certain nombre de points.
Des dizaines d’années de travaux harassants et au bout du compte un retraite inférieure au montant mensuel du RSA, c’est le quotidien de 64 % des agriculteurs, 25 % des retraités perçoivent même moins de 100 euros par mois, souligne la CGPER, qui revendique une retraite minimum à 75 % du SMIC.
Le syndicat interpelle le gouvernement sur la déclinaison à La Réunion d’un plan de soutien à l’agriculture d’un montant total de 5 milliards d’euros. La CGPER estime que 521 millions d’euros devraient être mis à la disposition des agriculteurs réunionnais dans ce cadre.
La CGPER demande également l’extension aux producteurs indépendants l’accès aux aides POSEI, et affirme également que l’Europe doit tenir ses engagements au sujet du POSEI dont l’enveloppe globale ne doit pas baisser.
Ces trois sujets ont fait chacun l’objet d’une motion qui a été remise à l’État par une délégation reçue à la préfecture. A cela s’ajoute une autre revendication précisée hier : que les négociations soient de nouveau ouvertes avec Tereos au sujet du prix de la canne. A quelques semaines du début de la campagne sucrière, ceci souligne que l’accord obtenu l’an dernier est loin de répondre à toutes les attentes.

La crise devant nous

Ces difficultés rencontrées par l’agriculture illustrent celles plus larges de l’économie réunionnaise. Elles rappellent que lors des Assises des outre-mer, une des principales revendications de patrons était le maintien de la défiscalisation. Le président de la République soutient cette proposition, en s’engageant à maintenir cette subvention de l’État jusqu’en 2025. Rappelons également que la commande publique représente plus de 80 % de l’activité du BTP. Or cette crise ne peut que s’amplifier dans le cadre actuel, celui qui refuse que les Réunionnais aient accès à la responsabilité.
Cette économie réunionnaise, et notamment l’agriculture, sera confrontée aux effets de l’accord de partenariat économique que l’Union européenne veut signer avec les pays voisins. L’objectif des Européens et d’avoir un accès plus grand aux marchés de ces pays en développement, en échange d’une ouverture totale du marché européen aux marchandises venant de notre région. Les négociations se passent sans que les Réunionnais soient consultés et encore moins associés pour qu’ils puissent défendre leurs intérêts.
En tant que région de l’Union européenne, La Réunion devra donc laisser entrer sans quota ni droit de douane des produits moins chers qui entreront directement en concurrence avec ce qui est fabriqué par son économie. L’agriculture est particulièrement concernée, car la totalité de sa production peut trouver son équivalent dans les importations provenant des pays voisins.
Le statut de région ultrapériphérique reste une protection très relative, car quand l’Union européenne a décidé d’abolir les quotas sucriers et donc d’ouvrir le marché européen du sucre à la concurrence mondiale, cette décision s’est appliquée à La Réunion, où le coût de production est plus élevé qu’en France de 300 euros par tonne de sucre. Malgré le fait que le quota de 300.000 tonnes n’allait pas déstabiliser un marché européen de plus de 15 millions de tonnes, cette protection de la production réunionnaise a été supprimée. Elle met la filière canne-sucre de La Réunion sous la dépendance d’une décision budgétaire prise en France sur le maintien ou pas d’une aide exceptionnelle pour compenser le surcoût.

La décision à La Réunion, pas à Paris

L’agriculture réunionnaise reflète aussi la situation sociale de notre île, avec un fort taux de pauvreté chez nos aînés. C’est la conséquence d’un système inadapté, car il rend extrêmement difficile l’accès à une retraite décente. Les cultivateurs et les éleveurs sont loin d’être les seuls concernés.
Notre île est en effet touchée depuis près de 50 ans par un chômage de masse. En conséquence, une part importante des travailleurs réunionnais ne peut pas justifier d’un nombre d’années suffisant pour bénéficier d’une retraite complète. Ce phénomène est accentué par l’augmentation de la durée minimale de cotisation pour avoir droit à cette retraite complète. En effet, rares sont et seront les Réunionnais qui pourront justifier de plus de 42 ans d’activités professionnelles déclarées.
Ce système condamne donc une grande partie des retraités à la pauvreté. C’est particulièrement le cas dans l’agriculture avec 25 % des retraités touchant une pension inférieure à 100 euros par mois, et 64 % sous le RSA. Les efforts des députés de La Réunion pour corriger cette injustice n’ont toujours pas abouti. Là encore, ceci montre que la prise de décision sur une question aussi sensible ne doit plus se situer à Paris, mais à La Réunion.

M.M.