Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Social
Succession de déclarations ultra-libérales contre les 35 heures
8 octobre 2003

Avec leur remise en cause et le matraquage sur la réhabilitation de la ’valeur travail’, le gouvernement tente d’accréditer l’idée que toute diminution du temps de travail est impossible et irréaliste.
L’affaire était soigneusement orchestrée. Mercredi dernier, le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, recevait à Matignon un groupe de députés UMP (les "réformateurs", ex-DL) conduits par Hervé Novelli. Ils viennent annoncer au chef de l’exécutif leur intention de demander la création d’une commission d’enquête sur les 35 heures et leurs « conséquences délétères sur la société, à travers la dévalorisation de la valeur travail ». Le gouvernement s’était déjà attaqué à la RTT dès son arrivée au pouvoir mais les « assouplissements » avaient été jugés insuffisants par les dirigeants du MEDEF, qui accusait le gouvernement de frilosité. L’initiative des "réformateurs" permet au gouvernement de remettre la question sur le tapis. Jean-François Copé présente la RTT comme une « erreur historique ». Alain Lambert et Francis Mer évoquent leurs conséquences financières « quasi inestimables ». Jean-Pierre Raffarin et François Fillon jouent le rôle des "modérateurs". Le Premier ministre explique depuis Moscou que, « sur les 35 heures comme sur tout autre sujet », « le dialogue précède la décision législative ».
Derrière cette mise en scène soignée, la mise à mort programmée des 35 heures doit permettre au gouvernement d’atteindre un triple objectif, économique, politique et idéologique.
Trois objectifs
D’abord "libérer" le marché du travail de toute contrainte, comme le réclame les dirigeants du MEDEF. La remise en cause des 35 heures doit leur permettre de disposer d’un volant considérable d’heures supplémentaires, lui facilitant une gestion du marché du travail en flux tendu et sans création d’emplois stables. Après l’abrogation de la loi de modernisation sociale, le détricotage de la RTT est un moyen de faire sauter les quelques contraintes qui "pesaient" encore sur le patronat. Sans bien évidemment toucher au pan des exonérations de charges, coût essentiel des 35 heures.
Au-delà de cet aspect économique, François Fillon a clairement affiché son objectif politique : « Le gouvernement souhaite qu’il n’y ait plus une seule organisation du travail pour tout le monde ». À côté de la mise en cause des 35 heures, le pouvoir compte atteindre son but par deux autres voies. L’accord sur la formation dont le gouvernement entend promouvoir le volet qui concerne l’en dehors du temps de travail. Deuxième voie, la réforme des règles de la négociation collective. Dans le projet actuellement en discussion, l’idée centrale repose sur la possibilité qu’un accord d’entreprise puisse déroger à un accord de branche plus favorable, notamment en matière de « durée et d’organisation du travail ». Ce système risque de faire sortir l’organisation du travail de la loi, pour lui substituer la notion de contrat pouvant varier en fonction des entreprises.
Reste que l’objectif majeur du gouvernement est de gagner les Français à l’idée qu’il est irréaliste de diminuer le temps de travail. Ce combat idéologique est la condition centrale pour pouvoir pousser au bout sa politique ultra-libérale. Depuis plusieurs mois, la droite a pris cette question à bras-le-corps en déclinant la notion de « réhabilitation » de la « valeur travail ». La gauche aurait fait sombrer la France et les Français dans une « société des loisirs », incompatible avec « la conservation de notre modèle social ». L’argument a été employé pour justifier la réforme des retraites et l’allongement de la durée de cotisation, mais aussi pour expliquer la mise en place d’un revenu minimum d’activité (RMA) obligeant les chômeurs à accepter des boulots au rabais. La litanie de la « valeur travail » est reprise en chœur, jusqu’à François-Xavier Piétri, éditorialiste de "la Tribune", qui explique qu’« il n’y a pas de honte à rappeler les vertus du travail à une France dont la paresse commence à coûter fort cher ». Une thèse également défendue par Nicolas Baverez, dans son essai largement commenté, "La France qui tombe".
Offensive revancharde
Les grands patrons ne sont pas en reste. Michel Pébereau, le président du conseil d’administration du groupe bancaire BNP-Paribas, explique sans sourciller dans une tribune intitulée "Et si on travaillait, tout simplement ?", publiée par "le Monde dernièrement", que « les vingt dernières années ont été marquées par une considérable réduction de la quantité de travail des Français. Nous avons différé l’âge d’entrée dans la vie active et avancé l’âge de départ en retraite ou préretraite, (...) et nous avons ajouté à ces handicaps une réduction du temps de travail plus importante que celle de nos compétiteurs ». « Combien de dizaines de points de base de croissance en plus si chaque Français troquait une demi-heure quotidienne de télévision contre une demi-heure de travail supplémentaire ? », ose ajouter ce "baron de la finance". Avec ce gouvernement, c’est le mouvement historique de réduction du temps de travail qui est remis en cause. François Fillon affirme qu’« il n’y aura pas de "grand soir" des 35 heures ». En réalité, c’est une véritable offensive du libéralisme qui tente de remettre en cause plusieurs dizaines d’années de conquêtes sociales.
| 35 Heures, les réactions en France |
| Dans un communiqué, le PCF considère que c’est la « politique du gouvernement » et non les 35 heures qui « bloque la reprise de la croissance ». De son côté, le député Maxime Gremetz affirme que « l’attaque grossière du gouvernement et du MEDEF contre les 35 heures », est « truffée de mensonges ».
Annick Lepetit, porte-parole du Parti socialiste, considère que « l’offensive contre la réduction du temps de travail n’est pas nouvelle. C’est une constante à droite. On a l’impression que sonne l’heure de la revanche ». Elle considère que « c’est l’ensemble des acquis sociaux qui sont actuellement remis en cause par le gouvernement et la majorité ». Michel Rocard, ancien Premier ministre, a affirmé qu’il « tient » aux 35 heures tout en se rangeant à l’idée de « corriger, par la négociation », la « maladresse » de la Loi Aubry : le choix du « système le plus immédiatement brutal par la contrainte d’État donc le plus coûteux pour l’État ». Georges Sarre, porte-parole du Mouvement républicain et citoyen, accuse le gouvernement de vouloir faire des 35 heures « le bouc émissaire de son échec économique et social », considérant aussi que « la réduction du temps de travail est une tendance historique du progrès social ». Marc Blondel s’irrite de voir les Français dénoncés comme des « paresseux » et rappelle la loi sur les 35 heures avait permis « 280 000 à 300 000 créations d’emplois ». Le secrétaire général de FO a également regretté que les 35 heures, « qui étaient censées être une revendication sociale, une revendication des salariés, se soient retournées pour une partie contre les salariés ». Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA : « Si des négociations doivent avoir lieu dans les entreprises, elles peuvent avoir lieu. Mais ce sera très difficile d’aboutir à une remise en cause » des 35 heures. Frédérique Dupont, secrétaire confédérale de la CGT, estime qu’il y a la volonté d’allonger la durée du travail par la voie contractuelle, avertissant que la CGT « ne laisserait pas les salariés se faire retirer cet acquis, car c’est l’emploi qui est en jeu ». |
| Un texte qui va aggraver la situation de nombreux migrants |
| Des associations dénoncent une loi qui culpabilise davantage les sans-papiers |
| Une dizaine d’associations de défense des intérêts des étrangers en France, dont la Coordination des sans-papiers dirigée par le Béninois Romain Binason, organiseront une manifestation de protestation devant le Sénat où sera examiné aujourd’hui, pour adoption, un texte incriminant les travailleurs clandestins, a appris la PANA.
Les principaux acteurs de la manifestation se sont rassemblés lundi à Paris sur l’initiative du Groupe d’information et de soutien aux travailleurs immigrés (GISTI). Danielle Mitterrand était présente pour témoigner sa « sympathie et dénoncer la politique xénophobe de l’actuel gouvernement ». Selon le texte dénoncé par les associations, tout travailleur étranger salarié mais ne disposant pas d’une autorisation de travail, est passible d’une amende de 3.750 euros et d’une interdiction du territoire français pendant trois ans. Il s’agit d’un amendement à la loi sur l’immigration votée le 8 juillet 2003 par l’Assemblée nationale. Cette disposition, qui fait passer le travailleur illégal du statut de victime à celui de complice, est vivement décriée par la société civile française qui entend manifester afin que le texte ne soit pas définitivement adopté. Romain Binason, qui trouve injuste de faire du travailleur illégal un responsable de sa situation, a confié à la PANA que les manifestations se multiplieront en cas d’adoption du texte. « Notre combat doit continuer car les travailleurs seront exploités et personne n’osera parler, par peur des sanctions », a-t-il ajouté. Jusqu’ici, l’employeur était seul responsable du travail illégal et l’employé pouvait obtenir des indemnisations avec l’aide de certaines associations, rappelle-t-on. La société civile française qualifie le texte de « discriminatoire » et « de raciste » car les étrangers sont les seules victimes de l’expulsion. En cas d’adoption de l’amendement, plus de 300.000 sans-papiers, parmi lesquels des milliers d’Africains, officiellement recensés par la Coordination des sans-papiers, seront exposés aux sanctions. Ce chiffre n’est malheureusement pas exhaustif, car reconnaît M. Binason, de nombreux sans-papiers craignent encore de se faire déclarer. |
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