Luttes sociales

CGTR : « La catastrophique visite du Président de la République à La Réunion »

Déclaration

Témoignages.re / 2 novembre 2019

Membre de l’Intersydicale, la CGTR a publié hier une déclaration faisant le bilan de la visite d’Emmnanuel Macron à La Réunion du 23 au 25 octobre derniers. Voici le contenu de ce texte signé par Ivan Hoareau, secrétaire général du syndicat :

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« On s’est cru en plein film d’anticipation, où Mad Max s’entourant d’une armada de policiers et militaires (1500), restreignant de façon disproportionnée la liberté de circulation se pavanait dans un territoire quadrillé.
Cette politique hyper sécuritaire témoignait clairement de la prise de conscience par le Président de la République du rejet massif de sa personne par une partie importante de la population. Le peuple n’aime pas Jupiter car il souffre de sa politique ; il est temps qu’il redescende du Mont Olympe.

Chasser le naturel il revient au galop. Celui bien connu du Président fait de condescendance, de morgue et de mépris vis-à-vis de ce, de ceux qui ne font pas partie de son premier monde a encore sévi.

La gestion de la manifestation a été un monument inédit de mauvaises improvisations, de rétention d’informations pourtant essentielles destinées aux organisations syndicales. Ces dernières ont du, elles mêmes, prendre l’initiative de contacts avec le renseignement territorial.
C’est 10 jours après notre dépôt de préavis et 3 jours seulement avant notre manifestation que nous avions su l’interdiction qui nous frappait de ne pas dépasser le Monument aux morts. Cette attitude est indigne et basse. Du jamais vu !

Ce mépris se voulant humiliation s’est doublé d’une irresponsabilité qui ne sied pas à la hauteur des responsabilités d’un Président de la République : inviter par deux fois les conseils consultatifs citoyens (ce qui en soi est tout à fait normal) mais « dans le même temps » ignorer superbement la demande d’audience faite par 8 organisations syndicales relève d’un esprit sectaire, revanchard, grokèr qu’on aurait compris s’agissant d’un simple citoyen.

Sa détestation des corps intermédiaires et notamment des syndicats lui fait perdre toute retenue, et de sa superbe.
Nous y voyons là du pur populisme de la part de celui qui se veut le rempart contre tous les populismes, la plus crasse démagogie minant indiciblement la cohésion de la société.

La fermeture de la route du littoral le jour de la manifestation n’avait pour but que de gêner celle-ci (l’objectif a été atteint). Une telle bassesse ne sait jamais vue ; et pourtant nous en avons connu de visites de Président de la République. Mais là, cela dépassait l’entendement !

Populisme, démagogie, mépris de classe : on s’y attendait, mais reconnaissons le : le Nouveau Monde s’est dépassé.

L’autoritarisme du Président de la République s’est une fois de plus révélé : le traitement réservé à certains médias non complaisants en est une des facettes les plus criantes.

Par ailleurs, était-ce nécessaire de gazer les gens à Gillot alors que les forces de l’ordre était deux fois plus importantes que les manifestants ?

La problématique de la vie chère mise en avant en mars 2009 (COSPAR) et en novembre 2018 (mouvement des gilets jaunes) a été l’occasion d’un enfumage. Pourtant, les indicateurs d’une crise s’aggravant ne cessent de s’accumuler. Les témoins d’un approfondissement à vitesse grand V de la pauvreté et d’un accroissement sans commune mesure des inégalités sont légion.

Une fois de plus, on nous fait courir après les prix pour tenter de faire oublier la faiblesse des revenus salariaux et non salariaux.

Les propositions faites pour baisser les prix ne sont que des resucées du vieux monde néolibéral.
Ainsi attendre des exonération et des défiscalisations ou encore de la concurrence une baisse des prix cela se saurait ! Cela relève de la forfaiture.

Porter au pinacle la concurrence (libre et non faussée) dans un petit territoire insulaire relève d’une incapacité totale à saisir notre réalité ultramarine. Ou d’une coupable collusion avec les profiteurs.

La vie chère passe par une véritable politique de l’emploi (et donc un arrêt des politiques d’austérité), une augmentation des revenus salariaux et non salariaux, un contrôle voir un encadrement des prix notamment des produits de première nécessité.

Socialement cette visite a été catastrophique pour l’image même du Président de la République.

Économiquement, « Choose La Réunion » a été une mise en scène d’un Jupiter nous invitant à partager ses rêves d’une communauté Indo-Pacifique où la Réunion serait fer de lance ! Totalement décalé par rapport aux attentes !

Aucune proposition concrète. Beaucoup de poncifs en matière de coopération régionale, des phrases et mots ronflants (communauté Indo Pacifique, amitié stratégique, agenda écologique…), tentant vainement d’effacer l’absence de propositions concrètes.

L’urgence sociale frappe à nos portes et Monsieur Macron nous convie à l’aventure géostratégique ! Le très court terme exige illico des réponses, les moyen et long terme nous sont lancés à la figure.

La déception est au rendez vous alors (« et en même temps ») que la colère gronde.

Catastrophique que cette visite. Pour l’image du Président de la République et surtout pour la France et pour La Réunion.

Ivan Hoareau
Secrétaire général de la CGTR »