Luttes sociales

Chômage : le découragement augmente

Publication de la dernière Enquête emploi de l’INSEE

Manuel Marchal / 14 avril 2018

L’Enquête emploi de l’INSEE pour 2017 met le doigt sur le principal problème de La Réunion. En effet, le taux d’activité des travailleurs réunionnais diminue. Ce qui veut dire que le chômage est si important que des milliers de personnes sont découragées et sortent des statistiques officielles des demandeurs d’emploi.

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La principale manifestation de la crise à La Réunion est le chômage. Ce phénomène n’est pas nouveau, c’est une conséquence des conditions de l’intégration de La Réunion dans le France. Quand notre île obtient l’abolition du statut colonial le 19 mars 1946, la loi initiée par les députés de la Guyane, de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion correspond à une forte revendication sociale de ce qui s’appelait alors « les Quatre vieilles ». Dans ces pays, les syndicats ont réussi à traduire politiquement une revendication, la transformation de la colonie en département français. Ce changement impliquait l’égalité des droits des colonisés avec les citoyens de la métropole. Cela devait permettre l’application immédiate de toutes les lois sociales existant en France. Justement, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, la victoire sur le nazisme avait placé les forces progressistes au pouvoir. Elles ont alors appliqué le programme du Conseil national de la résistance. Cela a amené à la création de la Sécurité sociale notamment. À La Réunion, l’égalité prévue au 1er janvier 1947 n’a pas été appliquée. Les seules mesures sociales en vigueur pour toute la population ont concerné l’accès gratuit aux soins et l’assurance vieillesse. Il a donc fallu se battre pour que le droit soit respecté.

Responsabilité de la France

Ceci s’est fait dans un contexte de forte progression démographique. Dans n’importe quel pays, un gouvernement confronté à cette situation utilise la richesse d’une jeunesse nombreuse pour dynamiser son économie. Cela suppose donc d’adapter cette économie à la transformation de la société. D’où la recherche de secteurs porteurs susceptibles de fournir du travail à ces jeunes qui arrivent.

Mais à La Réunion, c’est une toute autre politique qui a été menée. Depuis sa colonisation par la France, notre île a été au service de cette métropole. C’est ce qui explique pourquoi son économie s’est organisée autour de la production sucrière. Quand il s’est agi de faire face à l’augmentation rapide de la population à La Réunion, la France a utilisé cet atout pour y prélever une main d’oeuvre pour soutenir sa croissance économique pendant la période des « Trente glorieuses ». C’était le BUMIDOM dont l’épisode le plus extrême fut l’affaire des Enfants de la Creuse. À cela s’ajoutait un objectif politique. Pour le pouvoir, il fallait trouver un moyen d’éviter que se renouvelle un mouvement social analogue à celui qui permit d’arracher l’abolition du statut colonial. Les jeunes sont l’élément le plus dynamique d’une société, notamment sur le plan revendicatif. En organisant l’exil d’une grande partie de cette jeunesse, le gouvernement pensait désamorcer l’action revendicative.

Urgence d’une nouvelle politique

Le résultat de cette politique a été le non-développement de La Réunion. Notre île est passée d’une situation de plein emploi au début de la décolonisation au chômage de masse actuel. La Réunion a connu d’importantes pertes créées par la ruine de l’agriculture marquée par la fin du géranium, du tabac, de la vanille et la crise de la canne à sucre ; par la fin du chemin de fer et par la mise en concurrence de son industrie avec celle de la France. Elles n’ont pas été compensées par la création de nouveaux secteurs d’activité permettant d’absorber une main d’oeuvre nombreuse.

Aujourd’hui, le chômage est si important que les statistiques officielles sont en-dessous de la réalité. En effet, le taux de chômage prend en compte la population active. Or cette dernière ne regroupe pas toutes les personnes susceptibles d’être en activité à La Réunion. Dans sa dernière enquête, l’INSEE relève une augmentation du « halo » autour du chômage. Selon la définition du BIT, 79.000 personnes sont au chômage. Mais 62.000 souhaitent aussi travailler mais sont considérées comme inactives dans le sens du BIT. « La plupart des personnes du halo n’effectuent pas de recherche active d’emploi : le découragement en est la première cause. Les hommes sont plus souvent découragés que les femmes, y compris chez les jeunes. Ce « halo » a augmenté de 6.000 personnes depuis 2014.

Ceci souligne bien l’urgence d’une nouvelle politique à La Réunion. Et ces données montrent que cette nouvelle politique doit se situer en rupture avec tout ce qui s’est fait avant. C’est la condition nécessaire pour que les Réunionnais retrouvent l’espoir d’un avenir meilleur.

M.M.



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  • Ces lignes de rappel de l’Histoire sociale de l’île de la Réunion, font à la fois se souvenir de ce qui c’est passé, ici et dans les autres ex colonies, surtout pour les jeunes, les citoyens d’aujourd’hui qui ne sont pas vraiment au courant de ces faits importants qui permettent d’expliquer pourquoi on en est là. Quand on pense qu’à côté de nous, que ce soit Maurice, Madagascar, Mayotte, les Seychelles, les Maldives, un peu plus loin mais toujours dans l’Océan Indien, il y a tant à faire, déjà pour protéger la Nature, participer à l’effort de réduire le réchauffement climatique par exemple, les transports, les énergies propres, la santé, l’éducation, comment ne pas être sidéré ? La Réunion forme des techniciens, ingénieurs "péi" comme on espère aussi, le plus tôt possible, le TER PEI qui sera moins polluant, plus rapide, sur que ces milliers de voitures, bus et camions qui s’aglutinent sur les routes, les abiment aussi, avec en plus, ne l’oublions pas cette masse énorme de moteurs, plus la grosse majorité diésel dont généraeurs de fumées, gaz d’échappement chargés de micro paricules cancérigènes pour nos poumons, ceux des enfants nés et à naitre, c’est grave ! Au boulot les élus ! Pensez à la population, montrer ce que vous proposez pour améliorer les choses, ça urge, sinon, on va droit à la cata, direct dans l’iceberg même si ce dernier fond comme neige au soleil, le niveau monte, les voyants sont au rouge, On ne peut plus dire "on ne savait pas" trop facile. Bon dimanche Arthur.

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