Luttes sociales

Compagnons des Papillons d’Emmaüs

Un instant avec Bernard Grondin

Témoignages.re / 16 août 2006

Bernard Grondin a été au cœur de nombreuses initiatives au sein de la Cité du Chaudron à Saint-Denis. Il a animé l’une des premières radios libres : Radio Contact. Il a été la voix de Ravan’, un groupe de maloya. En 1995, il crée les “Papillons d’Emmaüs” à Prima, une cité populaire de la Capitale de l’île. Comme quoi au Chaudron, il y a aussi du positif.

Bernard Grondin, “in ga la kour”

C’est un enfant du quartier “vié sid” (1), aujourd’hui Cité Hyacinthe au Chaudron à Saint-Denis. Il a vécu dans des conditions modestes où tous les soirs, la famille se réunissait autour de la table éclairée à la lampe pétrole. Là, après un maigre repas, il écoutait attentivement les histoires racontées pas les aînés. Comme tous les adolescents, il connaît par la suite des moments difficiles. Il les surmonte, épaulé par les actions des intervenants de l’Association Prévention Chaudron (APC). Il découvre ainsi les métiers manuels et les coins d’une l’île restés méconnus de ce jeune.
Avec l’APC, il participe à la création de l’une des premières radios libres de La Réunion au Chaudron : Radio Contact. Il anime une émission de musique antillaise et africaine. Hors antenne, il écoute les confidences des habitants. Il découvre leur souffrance, une réalité qui l’affectera inconsciemment. Les ondes de Contact lui donne une certaine notoriété. Les auditeurs l’attendent au sortir du studio "bidouillé" à proximité de l’église de ce quartier. Pourtant, il arrive à garder les pieds sur terre. En effet, d’autres projets l’attendent.
Il devient en très peu de temps, l’une des plus belles voix de la chanson réunionnaise avec le groupe de maloya du Chaudron Ravan’. Les mélodies racontent la vie de leur cité et leur vie, et elles sont couronnées de succès. Voilà qui en étonnera plus d’un ! Bernard Grondin, devant tant de gloire, ne perdra pas le Nord. Il va du jour au lendemain mettre de côté la scène musicale pour celle du social. En 1995, toujours soutenus par l’APC, il fonde les Papillons d’Emmaüs (2).

(1)Vieil SIDR”.
(2) Emmaüs est un bourg de Palestine, près de Jérusalem. Jésus y apparut à deux disciples après sa résurrection.


Pourquoi les Papillons d’Emmaüs ?

Emmaüs est une chaîne de solidarité internationale lancée par l’Abbé Pierre. En 1995, Bernard Grondin, épaulé par l’APC, décide de la création d’Emmaüs Réunion à la cité populaire de Prima à l’Est de Saint-Denis. Au sein de ce quartier jadis de bidonvilles, un dancing avait pour nom Papillons. Les logements sociaux ont gardé ce nom qui a séduit l’Abbé Pierre au cours d’une visite. Au début, la structure disposait de deux conteneurs qui servaient à la fois de bureau, d’accueil, de dépôt et d’atelier de réparation. Aujourd’hui, elle est plus vaste et, on trouve de tout dans les étales, et pour tout le monde.


Création des Papillons d’Emmaüs

En 1984 débute la vie active de Bernard Grondin après quelques années passées à animer les ondes de Radio Contact. Il va exercer différents métiers : manœuvre maçon, chauffeur livreur, livreur de pain. 6 années plus tard, il devient pour une année, éducateur stagiaire au sein de l’association Aide Protection de l’Enfance Accueil des Jeunes en grandes difficultés. Cette structure va connaître des aléas et il la quittera avec regret. Le doute s’installe alors mais pas pour longtemps. Sur sa route, il rencontre Gilles Mellan, le Directeur de l’Association Départementale d’Éducation et de Prévention Spécialisée (ADEPS). Il lui propose de le rejoindre pour l’accompagnement des jeunes. Il conduira cette mission jusqu’à la création des Papillons d’Emmaüs en 1995.


Les Papillons d’Emmaüs aujourd’hui

C’est une immense structure implantée sur deux niveaux au sein de la ZAC Foucherolle à Sainte-Clotilde. Elle accueille le public seulement deux jours par semaine. Les autres jours, les employés ramassent tout ce qu’il y a à récupérer pour ensuite les réparer pour une nouvelle vie dans les maisonnées. Tous les jours aussi, les particuliers comme les privés font donnent aux Papillons d’Emmaüs : des jouets, des vêtements, de l’électroménager etc. Après un nettoyage ou une révision, les objets sont exposés et achetés. C’est le produit de ces ventes qui permettent à cette association d’entre aide de garder son indépendance financière. Et surtout de rémunérer les 16 employés.


An plis ke sa

o 22.000 clients par an en 2005
Les Papillons d’Emmaüs ont fêté l’année dernière leurs 10 ans. Une année particulière où ils ont enregistré 2.014 appels pour des dons, 1.736 enlèvements, 513 livraisons et 70 tonnes de rebus et 22.000 clients.

o Tout n’est pas à vendre
Bernard Grondin ne met pas à la vente tous les dons. Il conserve précieusement des livres, des disques, des sculptures, des arrosoirs, des réveils, des pilons, des appareils photos, des billets de banque, des timbres. Il les exposera le moment voulu.

o 483.000 repas servis à Paris en 2003
Sur 47 sites à Paris et en région parisienne, Emmaüs a assuré en 2003 483.000 repas, 330.000 nuitées en hébergement d’urgence, 261.000 passages en accueil de jour et vestiaires, 3.400 consultations “écoute santé”.

o “L’insurrection de la bonté”
L’histoire d’Emmaüs commence en 1949 - au lendemain de la seconde guerre mondiale - à Neuilly-Plaisance avec la création par l’abbé Pierre de la première communauté. L’association Emmaüs est créée en 1953, rue des Bourdonnais à Paris, pour organiser et développer le mouvement. Dans un contexte de pénurie de logements, l’abbé Pierre lance en février 1954 sur radio Luxembourg son célèbre appel “Mes amis, au secours” qui déclenchera “l’insurrection de la bonté”. À partir de 1982, l’Association Emmaüs va connaître un regain d’activité avec l’apparition d’une forme d’exclusion désignée alors sous le terme de “nouveaux pauvres”.

o Manifeste universel du Mouvement Emmaüs
Article 3 : "Notre but est d’agir pour que chaque homme, chaque société, chaque nation puisse vivre, s’affirmer et s’accomplir dans l’échange et le partage, ainsi que dans une égale dignité".

Jean-Fabrice Nativel