Contrôle du train de vie des allocataires de minima sociaux : de la théorie à la pratique

31 juillet 2008, par Edith Poulbassia

Autour des plus défavorisés, l’Etat resserre l’étau. En janvier, un décret limitait les conditions d’attribution de certaines prestations sociales. Il permet d’évaluer le train de vie des allocataires. L’association Agir Pou Nout Tout a été confrontée à un cas consécutif au renforcement des contrôles. De la théorie, qui consiste à éviter les fraudes aux aides sociales, à la pratique, l’association constate qu’aucun allocataire n’est à l’abri des dégâts que peut provoquer cette loi.

Depuis le 28 janvier 2008, un décret permet d’évaluer « les biens et éléments de train de vie » des bénéficiaires de prestations sociales. RMI (Revenu Minimum d’Insertion), API (Allocation Parent Isolé), allocation de rentrée scolaire, prestation d’accueil du jeune enfant, complément familial, CMU (Couverture Maladie Universelle), chèque santé sont les aides sociales concernées.
L’évaluation tient compte d’un ensemble d’éléments. Ainsi, la valeur locative du logement occupé, les travaux entrepris dans les immeubles, les services domestiques auxquels ont recours les allocataires, la valeur des automobiles, des appareils ménagers, informatiques et hi-fi, les objets d’art, de joaillerie, les voyages et séjours effectués, et même les dépenses pour les clubs de sports et de loisirs sont contrôlés.
Exemple : si un allocataire est propriétaire d’une voiture d’une valeur supérieure à 10.000 euros, « 6,25% de la valeur vénale » de son bien seront comptabilisés dans le train de vie. Si l’allocataire possède du matériel informatique d’une valeur supérieure à 1.000 euros, « 80% du montant des dépenses » sont retenus pour le calcul du train de vie. Pour un allocataire du RMI, le montant du train de vie ne doit pas être égal ou supérieur à la moitié du montant annuel du minimum social perçu, soit environ 2.400 euros.
Des associations comme le Collectif de Lutte contre l’Exclusion (CLE) ou Agir Pou Nout Tout ont dénoncé ce décret alors qu’il n’était encore qu’au stade de projet. Elles y voyaient une traque et une stigmatisation des plus faibles de la société. « Au lieu de combattre l’exclusion, on combat les exclus, au lieu de combattre la pauvreté, on combat les pauvres », affirmait Jean-Pierre Técher du CLE.
Pour Agir Pou Nout Tout, le décret donne plus de force aux contrôles effectués par les services publics, comme la CAF ou la Sécurité Sociale. Avec des conséquences désastreuses sur des familles qui n’ont rien de fraudeurs. Elles ne sont tout simplement pas armées pour affronter une visite de contrôleur.

Une maison si bien rénovée, c’est suspect

L’association s’est retrouvée face à quelques cas depuis le début de l’année. « Deux ou trois personnes nous ont informés du passage d’un contrôleur chez eux », déclare Jean-Hugues Ratenon. Mais un cas a particulièrement retenu l’attention de l’association. Celui de Maryline*, une mère avec un enfant scolarisé à charge. En 2007, Maryline reçoit la visite d’un agent de l’ADI suite à une dénonciation. On l’accuse de garder des enfants sans déclarer son activité.
La mère de famille affirme accueillir de temps en temps des enfants chez elle, ses propres petits-enfants, mais nie être rémunérée. Quoi qu’il en soit, pour l’agent, le train de vie de cette allocataire du RMI semble bien aisé. Une maison rénovée, des meubles de qualité... Maryline reçoit un courrier de la CAF en début d’année. Une décision du 28 janvier 2008 suspend le versement du RMI et lui demande le remboursement de plusieurs mois de prestations perçues.
Avec le soutien d’Agir Pou Nout Tout, Maryline a été rétablie dans ses droits. Elle perçoit à nouveau le RMI. Mais pendant plusieurs mois, elle n’a pu survivre avec son enfant que grâce à la solidarité familiale. Sans compter que cette expérience l’a plongée dans un état dépressif. Sans intervention de l’association, pas sûr que cette maman aurait eu la force de défendre ses droits.
Erreur de l’administration ? Conséquence d’une politique nationale qui considère les plus démunis comme des profiteurs de la société, donc forcément coupables de leur situation d’exclusion ? La pression se fait plus forte sur les bénéficiaires de minima sociaux et de prestations sociales. Et sur les exclus de la société en général.
Autre preuve, l’adoption du projet de loi sur les droits et devoirs des demandeurs d’emploi à l’Assemblée nationale qui prévoit la radiation d’un chômeur qui refuserait plus de deux offres raisonnables d’emploi.

Edith Poulbassia

* Prénom d’emprunt


Liliane Pausé, responsable de cabinet à la Direction de la CAF

« Ce ne sont pas que des contrôles sanction »

L’association Agir Pou Nout Tout nous a signalé un cas de contrôle qui a abouti à une suspension du RMI et à une demande de remboursement. Le décret d’évaluation du train de vie des allocataires a-t-il conduit la CAF à renforcer les contrôles ?

- La CAF applique les directives nationales. Tous les bénéficiaires de RMI et autres prestations sont susceptibles d’être contrôlés. Nous avons toujours eu un plan de contrôle, nous avons toujours évalué le train de vie et apprécié les ressources des allocataires en fonction de documents fournis ou du niveau de vie constaté à domicile. Le décret ne fait que donner une grille d’appréciation, mais le contrôle a toujours existé.

Les personnes peuvent vivre ces contrôles et les décisions qui en découlent comme une injustice. Comment alors se faire entendre par l’administration ?


- Les prestations sont des fonds publics. C’est notre mission de veiller à leur bonne attribution. Si la personne n’est pas d’accord avec une décision, il y a un recours possible. Elle peut contester et justifier sa situation. Le dossier est réétudié et un autre contrôleur peut être envoyé sur place. Une commission d’action sociale peut être saisie pour examiner le cas.

Combien d’allocataires ont subi un contrôle de la CAF ?

- Je n’ai pas de chiffres pour cette année. Mais en 2007, sur 215.000 allocataires, 5.341 ont été contrôlés sur place ou par demande de pièces justificatives. Nous tenons compte de la situation globale de la personne, nous effectuons une étude globale des droits de la personne. Par exemple, une personne peut avoir droit à l’allocation logement sans le savoir. Ce ne sont pas uniquement des contrôles sanction.

Propos recueillis par EP


Jean-Hugues Ratenon, président d’Agir Pou Nout Tout

Les personnes contrôlées sont culpabilisées

Le cas que vous nous avez rapporté est-il, selon vous, lié au décret de contrôle du train de vie des allocataires ? Est-ce une dérive ou un cas banal de contrôle ?

- Il y a une volonté de renforcer les contrôles, une volonté du gouvernement de faire des économies. Les agents appliquent la loi. Si des agents arrivent à comprendre les familles, d’autres les mettent en difficulté. C’est un cas concret, pratique d’application de la loi. Sous prétexte que la maison est bien meublée, en bon état, l’agent en conclut que la personne a d’autres revenus, sans preuves. Il se fonde seulement sur une expertise visuelle. Il est seul à établir une conclusion. Il ne tient pas compte du fait que la personne ait pu travailler avant de percevoir ces aides, ou qu’elle ait pu économiser.
Avec cette loi, la population qui se trouve dans une situation sociale difficile est culpabilisée, montrée du doigt. Un tiers de la population réunionnaise peut voir à n’importe quel moment un contrôleur débarquer chez elle. L’agent est doté d’un pouvoir comparable à celui d’un juge. Et encore, au tribunal, on a droit à un avocat.

Votre association a pu rétablir cette allocataire du RMI dans ses droits. Quels arguments avez-vous utilisé ?

- Nous avons envoyé des courriers à la CAF. Nous avons simplement expliqué que cette personne avait un enfant scolarisé, qu’elle ne pouvait plus subvenir à ses besoins avec zéro revenu et qu’elle était dans un état de santé négatif, suivie par un médecin. Nous avons montré qu’elle était honnête.
Rien ne l’interdit de recevoir son « ti zanfan » chez elle pendant que sa fille travaille. Ce n’est pas normal de remettre en cause la solidarité familiale. Ça fait partie de la culture réunionnaise.

Avez-vous fait face à des cas de contrôle avant ce décret ?

- Oui, c’est déjà arrivé. Mais c’était un peu plus souple. On se demande quand même si les contrôleurs ont maintenant des obligations de résultats.

Mais ces évaluations ne sont-elles pas nécessaires pour lutter contre la fraude ?

- Personne ne peut contester l’existence de fraude. On peut en effet vérifier. Mais on ne peut pas, sous prétexte que quelques individus trichent, d’agir de la sorte. Dans toutes les couches de la société, il y a des fraudeurs. On ne se permet pas pour autant de rentrer chez les gens, de faire du zèle. La personne répondait en larmes au contrôleur, elle se sentait coupable. Et quand on lui demande de quoi elle se sentait coupable, elle ne sait pas répondre. Elle devait immédiatement justifier sa situation face à l’agent.

Propos recueillis par EP

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Messages

  • bonjour,

    je suis comedienne j’ai 26 ans et je touche le RMI depuis septembre(394euros). J’ai eu un controle jeudi dernier mais je n’étais pas à mon domicile. En effet, je recherche un emploi et j’ai des contacts en suisse ainsi qu’a lyon, aix en provence...donc je bouge beaucoup pour mener à bien mes projets et rencontrer un max de gens.
    La controleuse de la caf m’apelle pour savoir ou je suis. Mon père (qui etait a la maison) lui a dit que j’etais a lyon alors que j’etais en suisse.Du coup elle ma demander pour le prochain rdv de lui montrer mes relevés de comptes des 6 derniers mois (je faisais mes études a bruxelles jusqu’a fin juin)ainsi que mes avis d’impositions.

    Arrive Jeudi, 8h30, Madame rentre chez moi pendant 1h a scruter au peigne fins mes moindres depenses,virements et autres retraits. Ne comprend pas que je sois, lyon, avignon,ou paris,me prend pour une menteuse et m’accuse de fausse declarations. Je lui explique que je cherche du travail et que je dois me deplacer, mais elle ne l’entend pas. J’ai dit que je bossais avec une cie lyonnaise mais ce n’est que des repets pour le moment NON PAYEE et que j’aurais du me declarer en "activité non rémunéré" plutot que "sans activité"(mais personne ne me l’a dit).
    Elle a vu que j’avais sur mon livret bleu un peu d’argent de coté, que je n’ai pas déclaré lors de mon dossier pour le RMI , mais on ne m’a rien demander a ce niveau la non plus... bref 1h de violation de vie privée,à scruter la moindre faiblesse de ma part.
    Elle est allée jusqu’a me demander l’adresse, le nom et la date de naissance de mon petit ami.

    Je vous avoue que depuis j’ai effectivement l’impression de vivre dans l’illégalité mais je ne sais meme pas trop pourquoi et je comprend pas pourquoi elle s’acharne sur moi. (j’ai du lui envoyer mes extraits de compte de bruxelles de juin a octobre alors que je n’y suis plus depuis fin juin. Je n’ai pas eu le temps de cloturer mon compte car j’attendais la caution de mon apart que mon proprio devait me verser courant juillet).

    Je m’excuse, c’est un peu tout en vrac mais je suis perdue face a ce comportement. Je ne sais pas si vous pouvez m’aider. Le conseil regional doit me donner une réponse d’ici 15jours 3semaines pour savoir ce qu’il en est et quelles seront les suites.
    Si toutefois vous avez des conseils je suis preneuse.

    Merci de votre patience.

    Ana


Témoignages - 82e année


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