Luttes sociales

Crise au CHU : à la croisée des luttes réunionnaises

Le gouvernement fait le choix de supprimer 155 postes et l’hôpital de Cilaos

Mathieu Raffini / 2 février 2018

En effet, 155 postes sont actuellement menacés, et des services entiers seraient voués à disparaître, notamment la chirurgie infantile dans le Sud et la vocation hospitalière de Cilaos. Ce plan constitue une attaque sans précédent envers le droit à l’accès à la santé pour les Réunionnais !

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Depuis de nombreux mois, la crise couve au CHU de La Réunion. Elle est maintenant effective avec la grève de l’ensemble du personnel et la démission de 34 de ses responsables de services et de pôles le 30 janvier dernier, pour protester contre le plan de suppression de postes drastique imposé par les différentes autorités sanitaires.

Alors que nous sommes un pays particulièrement touché par les risques sanitaires, notamment par le diabète et les maladies cardiovasculaires (10 fois plus important qu’en France par exemple), il est plus que dangereux que de vouloir dégrader l’accès aux soins. Rajoutons à cela que la vocation première du CHU - acquis communiste lors de la dernière mandature de Paul Vergès à la présidence de la Région - était de devenir le pôle sanitaire majeur de l’Ouest de l’Océan Indien, permettant ainsi à nos voisins de pouvoir avoir une qualité de soins accessible facilement et de meilleure qualité que dans leur pays respectifs, appauvris du fait de siècles de colonialisme et d’impérialisme, c’est également tout notre voisinage qui sera impacté par ces suppressions de postes.

Les plus précaires victimes

Nous pouvons dans tous les cas constater, qu’encore une fois ce sont les plus précaires qui se retrouvent les plus menacés par ces suppressions de postes. En s’attaquant au service public, les autorités sanitaires font le pari d’une santé à deux vitesses, où les plus riches pourront se soigner dans des cliniques privées tandis que la majorité se retrouvera sans possibilité de soins efficaces. On peut par exemple citer la problématique de l’antenne Sud du CHU, dont de nombreux services se retrouvent menacés alors même que la population y est en moyenne plus précaire que dans d’autres régions de l’île, et se retrouverait donc mise en danger par ce choix ­.

Plus d’hôpital à Cilaos

Un autre élément qui est à remarquer dans cette crise est le mépris néocolonial qui est transmis par les autorités sanitaires. Il est particulièrement criant quand on voit la situation de l’Hôpital de Cilaos. Il s’agit en effet d’un hôpital de proximité, dont les élus se sont à l’époque battus pour qu’il soit installé dans le cirque afin de répondre aux besoins de soins de la population isolée de Cilaos et de ses îlets. Cet isolement n’est aujourd’hui plus pris en compte étant donné que l’on parle de transformer l’hôpital en « maison de santé pluridisciplinaire » et ainsi d’évacuer la plupart des malades vers l’antenne Sud à Terre-Sainte. Mais comment faire quand, comme actuellement la route est coupée du fait d’éboulis ? Le transport par hélicoptère pose les mêmes problèmes : comment faire lorsque les conditions météo ne sont pas réunies, qu’il n’y a pas de visibilité ou trop de vent comme cela arrive régulièrement dans les cirques ? Cette décision a beau être dénoncée par l’ensemble de la population et de nombreux élus, les autorités ne prennent visiblement pas en compte, encore une fois, l’avis des Réunionnais alors que nous savons mieux qu’eux ce qui est bon pour nous.

Où former les futurs médecins réunionnais ?

Enfin, avec ce plan de licenciement, une autre question se pose : quid de la formation de jeunes Réunionnais ayant vocation à exercer dans le secteur de la santé ? Alors que nous connaissons un vieillissement de notre population et que nous atteindrons d’ici 2050 le million d’habitants sur notre île, il semble plus que jamais nécessaire de développer le secteur de la santé dans notre pays. Or, la crise du CHU risque de pousser nos jeunes étudiants et diplômés en médecine à quitter La Réunion, faute de postes, augmentant ainsi la désertification médicale qui commence déjà à se voir dans les Hauts. Ces départs qui empêcheraient donc les Réunionnais de pouvoir se soigner efficacement par eux-mêmes. Et si, au final, plus qu’un énième plan d’économies choisi par le gouvernement, ce plan de suppressions de postes au CHU montrait en réalité une volonté d’empêcher les Réunionnais d’accéder à l’autosuffisance sanitaire, et ainsi et de nous empêcher d’accéder à la responsabilité ?

Mathieu Raffini