CGTR

« Croissance ou crise : Ce n’est jamais le moment d’augmenter les salaires »

24 février 2009, par Edith Poulbassia

La CGTR dénonce le lobbying indécent du patronat qui n’exprime aucune volonté de participer à la sortie de crise. Le « syndicat de la fiche de paye » répète que l’absence de négociation est « la porte ouverte à la confrontation sociale ».

Très actif au sein du COSPAR (Collectif des Organisations Syndicales, Politiques et Associatives de La Réunion), la CGTR ne continue pas moins d’organiser ses actions syndicales. La première commission exécutive de l’année (CE) a eu lieu pour faire « un bilan de l’année 2008 et réaliser un plan de travail pour 2009 ». Le syndicat en profite pour livrer son analyse de la situation sociale.
Pour Ivan Hoarau, secrétaire général de la CGTR, l’urgence sociale n’est plus à prouver, « il faut éteindre le feu qui couve sous la cendre ». La surdité tant du gouvernement que du patronat a de quoi laisser perplexe sur la suite des événements. Pour l’un, la réponse est une « gestion catastrophique » qui témoigne du mépris et de la méconnaissance de l’Outre-mer, pour l’autre, il n’y a pas d’autre solution que de choisir entre le plein emploi et les augmentations de salaires.

Licenciements : réponse à l’urgence sociale

Pire, le patronat profite de la crise pour restructurer les entreprises à coup de licenciements. Une centaine à l’usine du Gol, idem chez Caillé, annonce la CGTR. « Voilà deux cas concrets d’entreprises qui réalisent beaucoup de bénéfices et qui veulent se séparer de centaines de salariés. Attention ! On joue avec le feu. Il faut que le patronat se ressaisisse », affirme Ivan Hoarau.
Quid des négociations salariales dans ce contexte ? « Les accords sur la Guadeloupe ne parlent pas de salaire. En crise, le patronat continue de pleurer. Que nous ayons un taux exceptionnel de croissance ou que nous soyons en crise, ce n’est jamais le moment d’augmenter les salaires. Nous assistons à un lobbying indécent du patronat. Il n’exprime aucune volonté de participer à la sortie de crise. Il ne parle jamais de contrepartie, on l’a vu lors des discussions sur la LODEADOM. On continue d’exercer une pression maximale sur les salariés, alors que c’est une crise de débouchés, parce que les salaires sont tellement faibles ».
Pour le syndicat, la prime de 200 euros annoncée par le président de la République n’est qu’une « exonération de la part patronale renvoyée au dialogue social ». Or, ce dialogue n’existe pas à La Réunion. L’année dernière, les syndicats ont demandé à la Direction du Travail d’organiser des négociations avec les organisations patronales. Celles-ci n’ont pas répondu. Aujourd’hui, « les négociations salariales reviennent comme un boomerang », note Ivan Hoarau, et « si on ferme les négociations, c’est la porte ouverte à la confrontation sociale ».
La CGTR appelle tous les Réunionnais à manifester le 5 mars, avec le COSPAR. « Tous les ingrédients sont réunis pour une très belle manif à Saint-Pierre et à Saint-Denis ». Et pour patienter, des opérations coup de poing sont prévues. La rencontre de jeudi avec le président de la CCIR pourra d’ici là tenter de désamorcer la bombe, mais la CGTR déclare d’ores et déjà qu’elle n’accepte pas la proposition d’Eric Magamootoo de faire du CESR un « pompier social ».

EP


Pour un débat public syndicats-patronat sur les 200 euros

Ivan Hoarau lance l’idée à la presse. Pourquoi ne pas organiser un débat sur le sujet suivant : « Est-ce que les 200 euros d’augmentation de salaires sont démagogiques ? ». La CGTR est convaincue qu’une mesure uniforme peut-être appliquée, quitte à accorder des aides aux entreprises qui en ont besoin. Une mesure d’urgence qui ne dispense pas d’une réflexion sur la structuration de branches et l’application des conventions collectives dans un tissu économique composé à 90% de TPE, histoire de rattraper le niveau des salaires de la France hexagonale. « Si le ventre est vide, on pourra difficilement se battre pour un projet de société », ajoute Ivan Hoarau, en faisant allusion aux états généraux proposés par Nicolas Sarkozy.

EP


Réunion-Antilles : « des idées communes, mais une situation différente »

La transition démographique n’est pas faîte à La Réunion, l’Octroi de mer est faible ou inexistant sur les produits de première nécessité. Ce n’est pas le cas aux Antilles. Mais les revendications sont proches.
La crise est à la fois sociale et politique en outre-mer. Les Réunionnais réclament depuis 2007 la revalorisation du travail. Les grèves se sont multipliées, où les salariés ne demandaient plus 2 ou 3% d’augmentation de salaires, mais 200, voire 300 euros. Les transporteurs ont paralysé l’économie d’abord à La Réunion, avant que le mouvement s’étende en Guyane et aux Antilles. Un conflit que la CGTR n’a pas soutenu à La Réunion. « On demandait aux Réunionnais de payer quand les pétroliers augmentaient les prix », justifie Ivan Hoarau. « On ne peut pas avoir un débat sur l’antériorité. Il s’agit d’une longue bataille, à certains moments, des étincelles sont plus fortes que d’autres », affirme le secrétaire général de la CGTR.
Sur la crise politique, le syndicat reconnaît que l’on est arrivé à « la fin d’un système qui a donné ce qu’il avait à donner ». Méfiance exprimée cependant quant à « un développement endogène ».

EP


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