Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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À l’appel de l’Intersyndicale CGTR-CFDT-FO-CFTC, mobilisation générale contre les injustices dans le Bâtiment
4 mai 2004

Environ 70% des chantiers arrêtés dans un secteur clé de notre économie : depuis hier à La Réunion, un large mouvement de grève est déclenché à l’appel de l’Intersyndicale CGTR-CFDT-FO-CFTC. Les syndicalistes annoncent leur détermination et sont ouverts à des propositions concrètes venant des patrons pour sortir de l’impasse. Deux revendications : signature de la nouvelle convention collective et augmentation des salaires.
Pour faire respecter les droits des travailleurs du BTP, l’Intersyndicale CGTR-CFDT-FO-CFTC a appelé hier les travailleurs du secteur à la grève générale. Une action qui a démarré en force.
Deux revendications sont portées par le mouvement : signature de la nouvelle convention collective et augmentation des salaires. Au soir de la première journée du mouvement, aucune discussion n’était engagée entre représentants des salariés et organisations patronales.
De sources syndicales, le mouvement était déjà bien lancé hier : environ 70% des chantiers ont été arrêtés. Et selon le coordonnateur de l’Intersyndicale, Jacques Balmine, la grève va prendre de l’ampleur dans les jours à venir. Pour atteindre cet objectif, les représentants syndicaux annoncent une campagne d’explication auprès des salariés des petites entreprises.
Ce mouvement traduit l’exaspération et la colère des travailleurs. Ce sentiment est à la hauteur des espoirs qu’avait suscités la nouvelle convention collective, remise en cause par le patronat.
En effet, pendant 18 mois, les représentants des patrons et des salariés ont travaillé ensemble à la mise en œuvre de ce document. Il est porteur d’importantes avancées pour les travailleurs les plus précaires, ceux qui sont sous contrat de chantier.
À ce jour, ces derniers n’ont pas droit à la prime de panier, aux indemnités de transport et de déplacement, ce qui représente plus de la moitié du salaire. Dans les conditions actuelles, un salarié sous contrat de chantier n’est pas remboursé des frais qu’il engage pour aller travailler. Il ne reste donc plus grand chose à la fin du mois pour faire face aux besoins de la famille.
Estimant que des engagements étaient actés depuis décembre dernier pour une signature prévue en mars de cette année, les représentants syndicaux ont dénoncé l’ancienne convention collective. Mais le 18 mars dernier, coup de théâtre : la FRBTP et la CAPEB refusaient de signer la nouvelle convention.
Résultat : non seulement les deux organisations patronales sont revenues sur ce qui avait été convenu, mais aussi du fait de la dénonciation, les travailleurs risquent de ne plus avoir de convention collective. "C’était acté, et maintenant nous sommes floués", précise Jacques Balmine.
Certains syndicalistes soupçonnent même le patronat d’avoir attendu la dénonciation de la convention par les syndicats pour refuser de signer la nouvelle.
Et depuis hier, les travailleurs du bâtiment sont en lutte pour l’égalité et pour des salaires dignes. "On est confiant dans la mobilisation des travailleurs, cela va prendre de l’ampleur", précise le coordonnateur de l’Intersyndicale. "On a subi un chantage", poursuit-il.
Pour le moment, l’heure est à la détermination, mais aussi à l’ouverture au dialogue. "On a été méprisé comme jamais on a été méprisé dans le BTP", signale Jacques Balmine, "mais nous sommes ouverts à toute discussion".
Sur ce dernier point, on rappelle qu’une réunion sous l’égide de la direction du Travail est prévue vendredi prochain entre syndicats ouvriers et patrons mais, souligne le coordonnateur de l’Intersyndicale, ces derniers peuvent avancer des propositions dès que possible.
Revenant sur les arguments de la CAPEB et de la FRBTP qui avancent des raisons de trésorerie, Jacques Balmine rappelle qu’en 1983, le BTP employait 14.000 salariés, dont 12.000 permanents et 2.000 contractuels. 20 ans plus tard, si le nombre total de travailleurs est approximativement le même, les précaires sont aujourd’hui majoritaires, souligne Jacques Balmine.
"Beaucoup de profits ont été faits sur le dos des travailleurs en contrat de chantier", indique-t-il, "nous demandons juste que les contractuels aient droit à un minimum de respect". Ce respect, c’est avoir les mêmes droits pour tous ceux qui font le même travail.
Dans cette lutte pour l’égalité, les syndicalistes se disent déterminés. "Nous sommes gonflés à bloc, confiants dans la lutte solidaire pour l’égalité des droits", conclut Jacques Balmine.
Manuel Marchal
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