Des années de travail pour une retraite misérable

18 novembre 2006

Vivre avec 470 euros de retraite après 45 ans de travail, ça existe. Georges Carrot, 60 ans, est tombé des nues lorsqu’on lui a présenté ses droits à la retraite. Aujourd’hui, il demande des explications et lance un appel à l’aide aux politiques.

Georges Carrot est un ancien pâtissier à la retraite depuis le mois d’avril 2006. Depuis 2000, il vit à Piton Saint-Leu avec ses 2 enfants, une fille et un garçon qui ont respectivement 12 ans et 18 ans aujourd’hui. Seul à les élever, Georges Carrot dispose de 470 euros de retraite. Une somme inférieure à la moyenne des retraites perçues par les Réunionnais de 60 ans et plus, soit 530 euros mensuel. Un coup dur, vécu comme une injustice, pour celui qui a travaillé 45 ans de sa vie, avec certes de courtes périodes de recherche d’emplois et qui est contraint de vivre aujourd’hui avec ses 2 enfants dans une misère matérielle. Mais il n’est pas près de baisser les bras pour ses enfants et pour ceux qui sont dans la même situation que lui ou qui le seront dans quelques années. « Mon cas n’est certainement pas isolé. Après des années de travail dans un métier qui plus est très exigeant, on nous donne aujourd’hui une retraite ridicule. A quelle retraite aura droit un jeune qui entre dans la vie active maintenant et qui va toute sa vie percevoir le SMIC ? », s’interroge, révolté, Georges Carrot qui espère une réaction de la part des politiques. « J’ai pris contact avec un élu de ma commune, j’attends qu’il prenne les choses en mains », raconte l’ancien pâtissier. En attendant, Georges Carrot a contesté la décision de la Caisse de retraite auprès de la commission et supporte tant bien que mal cette situation.

A 15 ans, confronté à la vie active

C’est à l’âge de 15 ans que Georges Carrot découvre la pâtisserie, un métier qui le passionne et qui lui permet de bien gagner sa vie et de voyager. En 1968, il quitte la France pour aller travailler en Suisse, puis en Arabie Saoudite en 1977 et 1981. Il découvre La Réunion en 1983 et trouve un emploi dans une toute jeune entreprise, un magasin géré par des amis à Saint-Denis. Il s’occupe alors des crêpes, des gaufres et de glaces jusqu’à 1986. L’entreprise fera faillite, mais Georges Carrat réussit à s’en sortir. Il travaille quelques mois à Saint-Paul avant de décrocher un poste de responsable de magasin de pâtisserie à Saint-Denis. À l’époque, Georges Carrot est plutôt bien payé, mais il recherche un meilleur salaire. Devant le refus de l’employeur de lui accorder une augmentation, il décide avec sa femme et ses 2 enfants de rentrer en Métropole. « J’étais persuadé de retrouver un emploi immédiatement avec mon expérience », explique l’ancien pâtissier. Mais il ne retrouve pas tout de suite un travail stable. Au bout de 2 ans, Georges Carrot décroche un emploi bien rémunéré. « J’avais enfin un bon travail et mon salaire était l’équivalent de 2 SMIC. Je me voyais bien y rester jusqu’à la retraite », raconte-t-il. Erreur. La nostalgie de sa femme pour son île natale, La Réunion, va en décider autrement. Lorsqu’il revient dans l’île en 2000, ce sont 4 mois de chômage qui l’attendent. « Quatre mois sans salaire où je recherchais sans succès des petits boulots », se souvient Georges Carrot. Depuis, les périodes de travail et de chômage se sont succédé, l’âge ne facilitant pas les embauches. « Les personnes de 50 ans et plus on ne veut pas leur donner de travail. On se débarrasse d’eux à l’ANPE, en attendant la retraite. Et pourtant, je l’aime mon métier et je ne demande qu’à retrouver un emploi ».

En attendant le versement de sa maigre retraite, on lui verse le RMI auquel il n’avait pas droit

En avril, Georges Carrot n’a toujours pas retrouvé d’emploi stable, il arrive en fin de droit à l’ASSEDIC et donc se retrouve sans revenus. A 60 ans, il peut prendre sa retraite. Mais la lenteur de l’administration n’arrange pas la situation. Comment va-t-il nourrir ses enfants en attendant le versement de ce dont il a droit ? Avec les démarches à la Caisse de retraite, ce n’est pas moins de 6 mois qui s’écoulent avant de percevoir ses 470 euros. « Heureusement », on lui verse le RMI pendant cette période. Mais aujourd’hui, il doit rembourser la somme perçue... parce qu’il n’y avait pas droit ! Sa maigre retraite va donc servir au remboursement de ce revenu minimum. Financièrement et moralement, Georges Carrot et sa petite famille sont dans une impasse. Comment, avec ces faibles revenus, faire face aux dépenses quotidiennes ? « J’ai déjà reçu 2 lettres de rappel pour régler 75 euros d’électricité et 55 euros d’eau. Avec ça, je dois nourrir mes enfants, je ne sais pas comment m’en sortir », confie Georges Carrot. Rester à la maison le plus possible, rouler le moins possible, bref sans cesse réduire les dépenses pour survivre... mais jusqu’à quand ? Georges Carrot se souvient que lorsqu’il travaillait, il pouvait emmener sa fille à la mer ou au cinéma. Maintenant, se cantonner au strict nécessaire est difficile. « Les enfants sont compréhensifs, mais ils grandissent et se posent des questions. Quel avenir je peux leur assurer dans de telles conditions ? », s’inquiète le papa.
Georges Carrot espère que son appel sera entendu et qu’il pourra enfin donner à ses enfants une vie décente. « Depuis 1963, j’en ai fait du travail quand même. Quand j’ai travaillé à l’étranger, j’ai cotisé à la Caisse des expatriés. En Arabie Saoudite, je donnais 1.800 euros par mois, en Suisse, il existe une convention pour les Français qui y ont travaillé. Maintenant, la Caisse prend en compte 172 trimestres à 50%, sans me donner d’explications ». Georges Carrot demande aujourd’hui que soient prises en considération ces années de travail à l’étranger. Car pour lui, il y a légitimement droit.

Edith Poulbassia


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Messages

  • Encore une fois merci à monsieur Baladur, alors 1° ministre, qui a fait que les retraites du privé soient calculées sur les 25 meilleurs années Aucune réaction des syndicats à l’époque pour le contredire, (leurs dirigeant ne se sentaient pas concernés car ils pour la plupart un statut de fonctionnaire). Là aussi on peut leur dire merci. Celà à pour but, que l’on perd entre 30 et 40 % par rapport au salaire mensuel. C’est pour celà que tous les retraités du privé vont se retrouver dans peu de temps dans une situation précaire. Encore un grand merci à monsieur Sarkosy, en mettant les fonctionnaires en retraite à 40 ans de versement, ( hors dans le privé c’est 43 ans pour un départ anticipé pour ceux qui ont commenceés jeunes). de même pour les rénumérations ils ne perdent rien, voir ils y gagnent, car leurs retraites sont calculés sur leurs 6 derniers mois+ primes incluses. Pourquoi ne pas faire un équilibre entre le public et le privé, ce qui serait plus équitable et plus humain. Moi aussi je suis dans ce genre de situation critique et en suis écoeuré. Pourtant aucun jours de chomage et seulement 1 mois d’arrêt de travail maladie (opération) dans toute ma carrière.

    • Et bien il fallait faire les concours de la fonction publique, si c’était mieux... Ils étaient ouverts à tout le monde. J’ai vu des gens sortir des mines de Lorraine et ne rester que 6 mois fonctionnaires tellement leur salaire avait été réduit... Personellement, j’ai dû me remettre aux cours du soir après le boulot, quitter ma règion de campagne en me logeant en ville dans une chambre non chauffée en hiver, en y revisant mes cours ( ce n’était pas en 1900 , je n’ai que 60 ans). Avec un petit BEPC en poche j’ai travaillé à l’usine dès 16 ans car ainé d’une famille nombreuse, mes parents n’avaient pas les moyens de me payer des études. J’ai quitté18 mois plus tard pour l’administration en passant--- plusieurs--- concours et toute ma vie ou presque, j’ai gagné moins que mon frère qui est resté sur sa machine....Il aura un peu moins de retraite que moi qui ai travaillé 40 ans et 3, 5 ans en dispense d’activité...mais je l’ai grassement payé ce petit avantage, pendant 40 ans...!!
      Il n’y a pas de miracle mais c’est toujours mieux chez les autres : les fonctionnaires voudraient etre independants, les indépendants ou les ouvriers envient les fonctionnaires. Pour la petite histoire je rencontrais souvent un copain représentant qui me disait toujours : je ne ferais pas ton métier ou un autre qui necessite le port d’un uniforme : SNCF, Poste, Police, ou autre et qui oblige à des contraintes, sans compter... un salaire dérisoire à l’époque et une hierarchie sur le dos...!

  • Je ne suis étonné qu’à moitié. Des personnes de mon entourage qui ont travaillé sans discontinuer perçoivent autour de 1 000 e, complémentaires incluses. Alors quand on travaillé avec des changements d’employeurs qui n’ont peut etre pas cotisé serieusement, avec des interruptions, avec des séjpurs à l’étranger, sans assurance d’avoir cotisé à des caisses de retraite complémentaire ...tout cela fait que je ne suis pas plus étonné que que cela car j’en ai connu des demandes de retraites...Il ne faut pas croire que c’est la panacéee....!!!

  • Les chiffres de ma retraite paraitrait mieux qu’un "misérable" !
    Mais mon style de vie d’avant, avoir une maison payer des impots locaux, sur le revenu, le chauffage assurances, entretien, carburant voiture, manger pour vivre etc... Il ne reste rien et même moins !
    Tout est réduit au maximum, on envisage et c’est en cours, la vente de la maison pour essayer de s’en sortir un peu mieux, mais là encore l’immobilier est cassé !
    Tout celà après 42 ans de cotisations avec un métier que je classerais "pénible 8,5/10". Honteux ! A 65 ans passé je pensais ne pas connaitre cette nouvelle vie de retraité.
    Je regarde même les petites annonces ( et envisage ) des "petits travaux" et je trouve même celles qui veulent exploiter ces nouvelles situations de "précarité".

    Cordialement,

    BM

    Voir en ligne : La déception d’un retraité.


Témoignages - 82e année


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