Luttes sociales

Des droits nouveaux pour améliorer le dialogue social

Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR

Manuel Marchal / 16 août 2007

REP, Brinks, Rhums-Réunion : autant de conflits sociaux récents qui soulignent que la question des salaires est au centre du dialogue social.

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Photo S.L.

Ces dernières semaines ont été marquées par des grèves dures, la question des salaires est au premier plan, explique Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR.
Les salariés voient leur pouvoir d’achat stagner, voire diminuer du fait d’une inflation à La Réunion supérieure à celle de France.
Face à cette situation, « le patronat ne veut pas augmenter les salaires au-delà de l’inflation. Et lorsqu’il calcule l’augmentation annuelle par rapport à l’inflation de Métropole, le salarié perd du pouvoir d’achat », constate Ivan Hoareau. À la Brinks, c’est en effet la volonté de la direction d’appliquer mécaniquement l’augmentation accordée en Métropole qui est à l’origine de la grève.

Améliorer la représentation syndicale

L’autre constat du dirigeant syndical, c’est une politique salariale visant à traduire les augmentations en prime plutôt qu’en salaire. Pour Ivan Hoareau, le résultat est une plus grande précarité de ces acquis, et un impact négatif sur la Sécurité sociale : « Les primes ne rentrent pas dans le salaire, elles peuvent être remises en question et elles sont exonérées de cotisation sociale pour les retraites ».
Les récentes grèves confirment les difficultés du dialogue social. Dans trois cas, les travailleurs ont dû faire grève pour que leur point de vue soit pris en considération. Or, la grève n’est pas une décision soudaine, elle est l’aboutissement d’un dialogue social dans l’impasse. « Le préavis de grève a pour but de faire que les parties se voient et discutent ensemble ».
Comment alors améliorer le dialogue social ?
Pour Ivan Hoareau, il faut « que le droit du travail donne des droits nouveaux ». À La Réunion, où le tissu économique est essentiellement constitué de petites sociétés, il est essentiel d’améliorer la représentation syndicale dans les entreprises. Un droit nouveau peut se traduire par un accord au niveau des branches allant dans ce sens. C’est un moyen d’instaurer davantage de démocratie dans les entreprises privées de représentation syndicale. C’est une condition pour que s’instaure un dialogue social plus efficace.

Le danger de la précarité

Mais dans l’immédiat, l’amélioration du dialogue social se heurte à la remise en cause du Droit du travail, indique Ivan Hoareau.
Pour abonder dans le sens du dirigeant syndical, il suffit de rappeler la mise en place du Contrat Nouvelles Embauches. Si l’argument invoqué par ses partisans est de favoriser les créations d’emploi, force est de constater qu’il diminue les droits des salariés. Le CNE rend plus vulnérable aux pressions d’un patron rétrograde. En effet, quel est le point d’équilibre du dialogue social si un travailleur peut être licencié sans motif pendant les deux premières années de son contrat ? Autrement dit, quand la menace du chômage est permanente, comment s’impliquer pour faire progresser la démocratie dans son entreprise dans un pays où la pénurie d’emploi est une réalité qui touche un jeune sur deux, un travailleur en pleine force de l’âge sur trois ?
Dans ce contexte, le renforcement de la représentativité des travailleurs est plus que jamais indispensable pour créer les conditions d’un dialogue social efficace.

Manuel Marchal