Luttes sociales

Des gilets jaunes dénoncent un « simulacre de procès »

Un jeune jugé hier au tribunal

Manuel Marchal / 18 décembre 2018

Après avoir organisé le blocus de la SRPP la nuit précédente, des gilets jaunes de la Maison du peuple réunionnais s’étaient rendus hier au tribunal pour assister au procès d’un jeune gilet jaune accusé de violences à l’encontre d’un gendarme. Pour beaucoup, c’était un premier contact avec l’institution judiciaire et ils jugent que le déroulement de l’audience était un procès bâclé. Ceci rappelle que la crise touche tous les secteurs, y compris le service public de la justice qui est confronté aux conséquences d’une politique d’austérité qui réduit ses moyens.

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Hier, un jeune en détention depuis près d’un mois était jugé pour des faits s’étant déroulés au tout début du mouvement des gilets jaunes, sur la route de Salazie. Ce jeune au casier judiciaire vierge était accusé d’avoir blessé à la nuque et aux côtes un gendarme. Des gilets jaunes qui animent la Maison du peuple réunionnais étaient hier au tribunal pour assister aux débats.
Ils ont été choqués par plusieurs aspects de cette affaire. Tout d’abord, ils avaient du mal à croire qu’un jeune bien inséré socialement et sous l’emprise de l’alcool ait pu s’en prendre à un groupe de 4 gendarmes au point d’en blesser un. Ce jour-là, une trentaine de personnes étaient présentes à un barrage sur la route de Salazie. L’audience d’hier était-elle le procès d’un bouc-émissaire ?

Faire un exemple ?

Ensuite, au sujet du déroulement du débat, ils ont fait de leurs difficultés à entendre les propos tenus par la présidente de l’audience. Ils ont noté que les questions posées au justiciable visaient à lui faire dire qu’il ne faisait pas partie du mouvement des gilets jaunes, or il a pourtant précisément répondu par l’affirmative à une interrogation lui demandant s’il avait posé des galets et une barre de fer sur le sol, instruments constitutifs d’un barrage, c’est-à-dire d’un moyen d’expression caractéristique du mouvement des gilets jaunes.
Enfin, les gilets jaunes présents hier à l’audience ont pu noter que malgré le délai d’un mois pour préparer la défense du jeune mis en cause, son avocat ne démontrait pas la connaissance approfondie du dossier qu’il était possible d’attendre. Le professionnel de justice était en effet loin d’utiliser tous les arguments qui auraient pu prouver l’innocence de son client.

Verdict jugé sévèrement

Au terme des débats, le ministère public a requis 8 mois d’emprisonnement. Le verdict a été finalement de 5 mois de prison dont 4 avec sursis. Le mois ferme a couvert la durée de la détention préventive, mais cette peine poursuivra toute sa vie ce jeune, car il a passé un mois en prison.
Pour beaucoup de gilets jaunes de la Maison du peuple réunionnais, ce procès était un premier contact avec l’institution judiciaire. Ils n’imaginaient pas qu’un magistrat puisse brandir la menace de faire évacuer la salle pour faire taire les remarques qui ne manquaient pas de s’exprimer au sujet de ce que ces gilets jaunes qualifiaient d’un « simulacre de procès ».

Lettre ouverte

Le déroulement de cette audience a inspiré à ces gilets jaunes une lettre ouverte dont voici le contenu :

« Mme le Juge, vous nous avez fait peur, peur de l’incompétence de la gendarmerie. Vous avez si bien insisté sur un jeune bien sous tous rapports. Alcoolisé et zamalé pendant deux jours, il s’en prend à nos solides, vaillants défenseurs et responsables de notre sécurité. Bilan : un gendarme à terre et trois autres qui font le rapport.
Madame, au lieu de lire le rapport, il serait opportun (il me semble de votre ressort à moins que) de le traduire, de le sublimer dans le droit et la justice pour avoir une action pédagogique sur le citoyen présent.
Comment avoir confiance en la justice de mon pays quand vous, responsable de son intégrité, vous vous laissez aller à faire des exemples qui n’en sont pas.
Pour la dame assise deux places plus loin à votre droite, vous qui ne comprenez pas qu’un jeune bien inséré qui s’occupe de sa mère puisse partir dans un mauvais chemin, laissez-moi vous compter ceci :
Quand deux jours durant vous assistez à des semblants de justice (tirs de gaz sur la foule, arrestations arbitraires de personnes alcoolisées), vous nous montrez une justice partiale.
Nous vous rétablirons dans vos rôles de juge, de procureure et de greffière quand nous aurez à cœur de nous rétablir, nous citoyens, dans une justice 974 ».

Ces gilets jaunes cherchent donc à entrer en contact avec les personnes ayant eu maille à partir avec la justice depuis le début du mouvement, et qui estiment avoir été condamnées injustement.

M.M.