Luttes sociales

Des milliers de Réunionnais mobilisés

Deux grandes manifestations à l’appel du COSPAR

Manuel Marchal / 5 mars 2009

Aujourd’hui, des milliers de Réunionnais sont attendus à Saint-Denis et à Saint-Pierre pour se rassembler autour des revendications du COSPAR. 52% des Réunionnais survivent sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage dépasse 24%, un jeune sur deux est privé d’emploi. Aujourd’hui, ce sont tous les Réunionnais qui participent à une très large mobilisation autour de 62 revendications pour l’emploi, le logement et le pouvoir d’achat.

Depuis plusieurs mois, les difficultés de La Réunion se sont aggravées. Depuis déjà plusieurs décennies, des problèmes récurrents persistent. Aucun gouvernement n’a jamais réussi à régler des problèmes essentiels relevant de la compétence de l’État. Depuis au moins 35 ans, le taux de chômage reste au minimum trois fois supérieur à celui de la France, ce qui veut dire 24% aujourd’hui, comme en 1974. Dans le logement, ce sont plus de 26.000 familles ayant droit à un logement social qui ne peuvent en bénéficier. À cela s’ajoutent encore au moins 20.000 logements insalubres. 63 ans après l’abolition du statut colonial, encore 120.000 Réunionnais sont illettrés malgré l’arrivée de la scolarisation de masse. Quant aux prix, la manière singulière dont le représentant de l’État gère la question du prix des carburants interroge. Au moment où le prix du baril de pétrole est en chute libre, il décide d’augmenter les prix en octobre dernier. Alors que l’an dernier, La Réunion était la région d’Outre-mer où les carburants étaient les moins chers, ce n’est plus le cas. Et comment expliquer qu’une bouteille de gaz achetée 6 euros par le fournisseur est revendue 20 euros sans qu’aucune taxe n’existe sur ce produit essentiel pour tous les Réunionnais ?

L’aggravation de la crise

L’année 2008 a vu la montée du chômage. Plus de 10.000 personnes supplémentaires sont inscrites à l’ANPE, le nombre de chômeurs a fait un bond de 17%.
À la crise structurelle se sont ajoutés des éléments liés à la conjoncture. Ce sont avant tout les chantiers reportés ou annulés à la suite de décisions municipales. C’est un manque à gagner de 500 millions d’euros pour le BTP, et des emplois en moins. Ce sont ensuite les incertitudes sur l’avenir du dispositif de défiscalisation qui ralentissent l’activité. Quant aux permis de construire annulés par le préfet pour cause de réseau d’assainissement pas aux normes aujourd’hui, ils se traduisent aussi par un manque à gagner pour l’emploi. L’augmentation du chômage se traduit par une baisse globale de revenu. Et face à cela, les prix continuent d’augmenter.
« L’exaspération de la population réunionnaise se justifie par un faisceau d’éléments objectifs qui concourent à une dégradation du pouvoir d’achat et des conditions de vie de nos concitoyens. En matière de prix, on constate que sur la période 1997 à 2007, les prix à La Réunion ont augmenté de 37%, alors que dans le même temps, ils n’augmentaient que de 30% dans l’Hexagone. L’Etat a sa part de responsabilités, notamment par la fixation du SMIC et les politiques d’aides » : ainsi débute la plateforme revendicative du COSPAR (Collectif d’Organisations Syndicales, Politiques et Associatives de La Réunion). Pour le collectif, l’urgence sociale doit avoir une réponse dès maintenant. Et pour cela, il propose une plateforme de 62 revendications qui sont autant de raisons de manifester aujourd’hui.

52% sous le seuil de pauvreté

D’ailleurs, la population ne s’y trompe pas. De partout affluent les messages de soutien. Venus de toute l’île, de tous les quartiers, ils seront des milliers dans la rue aujourd’hui à défiler à Saint-Denis et à Saint-Pierre pour une baisse des prix de 20% sur les produits de première nécessité, pour une hausse de 200 euros des bas revenus et des bourses étudiantes, pour une baisse de 5 euros de la bouteille de gaz, pour une politique du logement capable de répondre aux demandes en souffrance. Au-delà de l’urgence, le COSPAR propose des mesures pour faire baisser durablement les prix, notamment « une réorientation des sources d’approvisionnement », un contrôle sur une liste de 500 articles et des pouvoirs d’investigation renforcés pour les institutions chargées de lutter contre les abus.
52% des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté. Ce sont les plus démunis qui paient aujourd’hui le plus cher la crise, ce sont eux qui doivent être protégés en priorité des effets de la crise structurelle et conjoncturelle. Gageons que le succès massif de la mobilisation d’aujourd’hui débouchera sur un rapport de force favorable à l’ouverture de négociations. Des discussions qui déboucheront rapidement sur des avancées significatives pour les Réunionnais.

Manuel Marchal


Cet après-midi avec le COSPAR

Grand débat public à Saint-Pierre

Le COSPAR tenait hier une conférence de presse devant la sous-préfecture de Saint-Pierre, à la sortie d’une réunion technique avec le représentant de l’État.
Le COSPAR se dit « très confiant pour la manifestation. Depuis le début, avec le COSPAR, nous sommes là pour construire des projets pour La Réunion », indique Max Banon. Le collectif se félicite des avancées obtenues en Martinique et en Guadeloupe, tout en précisant que « nous avons un autre tempo ».
Max Banon annonce qu’après la manifestation de Saint-Pierre, un débat public aura lieu devant la Mairie. Toute la population est invitée à y participer.


Les artistes dans la lutte

Invitation est lancée à destination de l’ensemble des professionnels de la Culture à rejoindre la manifestation à Saint-Denis. Point de rassemblement : à 10h00 au Jardin de l’État, et après, nous rejoindrons la manifestation générale.

« Nous professionnels de la Culture, nous nous associons à la grève du 5 mars en solidarité aux revendications de cette journée de mobilisation.
Nous souhaitons ajouter à ces propositions le besoin d’une vraie prise en compte du développement culturel à La Réunion et l’accès à la Culture pour tous.
Dans ces temps de crise et de mal-être social où l’urgence économique est telle qu’on en oublie souvent l’importance de l’épanouissement des personnes, nous voulons rappeler que les cultures et leur diversité constituent des espaces d’union et de dignité des individus.
Bien sûr, « goni vide y tien pa dobout », mais nous ne voulons pas être que des “goni”. »

Le personnel du Grand Marché, lékip du Séchoir, lékip de Vladimir Canter, l’équipe de Lerka.


Agir Pou Nout Tout

« Le 5 mars n’appartient pas à un parti politique »

Hier, Agir Pou Nout Tout a rappelé que le COSPAR n’a donné aucune consigne d’exclusion. Cette précision intervient à la suite de « certaines déclarations politiciennes ».

« Pour le bon déroulement des manifestations de demain et devant certaines déclarations politiciennes, Agir Pou Nout Tout rappelle que le COSPAR a élaboré une plateforme de revendications très large afin de rassembler le maximum de Réunionnais dans les manifestations du 5 mars. Ces manifestations sont ouvertes à toutes et tous.

Agir Pou Nout Tout déplore les polémiques politiciennes qui se sont greffées sur la présence de telle ou telle personnalité dans les manifestations.
Le COSPAR n’a donné aucune consigne d’exclusion. Agir Pou Nout Tout demande à chaque participant d’être tolérant et de respecter les autres, tout en respectant la plateforme.
Il appartient à chacun d’assumer ses contradictions devant la société réunionnaise.
Que les politiciens trouvent d’autres lieux pour exprimer leurs divergences.
La population qui souffre n’a pas besoin de cela. »


Désertons les grandes surfaces le 5 mars

Une délégation du COSPAR a mené une action de distribution de tracts devant le Jumbo Score de Saint-Benoît hier à partir de 14 heures.