Luttes sociales

Désistement de Didier Robert de sa plainte en diffamation : le silence assourdissant du Quotidien

tract du SNJ

Témoignages.re / 5 décembre 2020

Tout ça pour ça ! Il y a deux ans, le 7 décembre 2018, un Didier
Robert très en colère organisait une conférence de presse à l’hôtel
de Région pour annoncer une plainte pour « diffamation et propos
mensongers » à l’encontre du Quotidien, de sa directrice de
publication et de son journaliste Franck Cellier. Dans la foulée, il
promettait aussi des plaintes pour « incitation à la haine, à la
violence et au meurtre » (rien que ça !) contre Le Quotidien et deux
organes de presse ayant repris ses informations, Freedom et Imaz
Press Réunion.


Le motif de ce courroux présidentiel ? Un article paru le jour même
dans Le Quotidien, expliquant de manière circonstanciée comment
Didier Robert avait prévu de récupérer rétroactivement pour plus de
100 000 euros de salaires, entre 2016 et 2018, en tant que PDG de
la SPL Réunion des musées régionaux.
Deux ans plus tard, le procès en diffamation intenté contre Le
Quotidien devait avoir lieu jeudi au tribunal au Champ-Fleuri. On
allait donc voir ce que l’on allait voir. Sauf que... on n’a rien vu.
Didier Robert a fait savoir par la voix de son avocat qu’il se désistait
de sa plainte.
Un accès de lucidité tardif mais bien compréhensible : depuis la
parution de l’article de notre confrère, un rapport de la Chambre
régionale des comptes a épinglé à son tour les rémunérations du
président-PDG et débouché sur son renvoi en correctionnelle pour
détournement de fonds publics.
La défense de Didider Robert s’annonçait donc périlleuse, et la
retraite en rase campagne l’option la plus raisonnable.
Ce qui est beaucoup moins compréhensible, en revanche, c’est la
discrétion de violette dont fait preuve la direction du Quotidien
depuis l’annonce de ce désistement. Alors que le journal et son
journaliste ont été traînés dans la boue et traités de pousse-aucrime, pas un mot, pas une ligne dans l’édition du jour à propos de
ce qui apparaît comme une victoire de la liberté de la presse et un
gage du sérieux de ses enquêtes.
Il faut consulter d’autres médias (Le Tangue, Imaz Press, Réunion
1ère) pour prendre connaissance de la piteuse rétractation du
président de Région.
Qu’est-ce qui justifie ce silence embarrassé ? On n’ose croire qu’il
s’agisse d’une affaire de gros sous, Didier Robert se posant
volontiers en sauveteur de médias en grande difficulté à coups de
subventions régionales.
Le public a le droit de connaître tous les tenants et aboutissants de
cette affaire. Et notamment celui de savoir qui va payer les frais de
justice engagés en pure perte dans cette procédure : le président
de Région lui-même ? Le contribuable ?
En décembre 2018, au plus fort de sa colère, Didier Robert avait
interpellé le SNJ sur de supposés manquements de notre confrère à
la déontologie. Ce à quoi le syndicat avait répondu dans un tract
que « les accusations gravissimes proférées par le président de
Région visent manifestement à réduire la presse au silence sur des
sujets qui, ne lui en déplaise, sont d’intérêt public ».
Ce silence qu’ils échouent à avoir par l’intimidation judiciaire, les
adversaires de la liberté de la presse ne doivent pas l’obtenir par la
perfusion financière.