Dockers : Menaces sur l’emploi

30 avril 2008

A 47 ans, Fredo Henry est docker depuis 25 ans et a vu la profession se transformer beaucoup, des fois pour un bien, des fois pour plus d’inquiétude. Encore aujourd’hui, à la veille d’une journée traditionnellement vouée aux revendications ouvrières et salariales, l’inquiétude majeure est pour le devenir de la profession.
Son père (avec lui sur la photo) a été docker à l’âge de 18 ans, des années 50 - quand ils étaient 5.000 sur les quais - aux années 90. Des salaires de 30 francs CFA la journée (après guerre) à 300 FF la journée, une chaîne continue de dockers, des navires aux magasins. Des équipes d’entreposage de 31 hommes, puis 20, puis 15, puis 8... et des équipes de débarquement, composées de lévèr qui, avec leur croc, soulevaient les énormes balles de sucre que les autres dockers portaient sur la tête. Toute une histoire... Fredo, lorsqu’il était enfant, portait le déjeuner de son père sur les quais. La mère se souvient qu’en ce temps-là, on gagnait moins d’argent, « mé navé pou manzé... Koméla, néna plis larzan mé i voi pa filé ».
Engagé comme journalier en 1982, le fils est passé professionnel au tournant des années 90, avant la mensualisation. Il y avait encore 500 dockers sur les quais, 10 fois moins que du temps de son père. La mensualisation a fait de ces “travailleurs libres” des « agents polyvalents » des patrons de manutention, rivés à des tâches diverses 7 heures par jour. Aujourd’hui, après être descendus à 250-300 dockers dans les années 90, ils sont environ 500, entre toutes les sociétés de manutention.
Frédo Henry est « polyvalent » : treuilliste, chauffeur, décrocheur (de container), à la SAMR. Payé sur la base de 156h, il va comme la plupart de ses collègues des quais, au-delà des shift de 7h ou 14 heures et ce qui dépasse est payé en heures supplémentaires.
« Le 1er mai a toujours été pour nous une journée revendicative », ajoute Fredo Henry, qui est délégué syndical dans son entreprise. Leurs revendications portent sur le maintien des emplois, menacés par des directives européennes dont ils pensent que le gouvernement français pourrait se faire le relais, le temps de la présidence française de l’Union européenne. « Ce qu’on entend, avec la “libéralisation” des ports, c’est encore des suppressions d’emplois chez les dockers, surtout à bord des navires. Dans mon entreprise, de 116 actuellement, il se pourrait que la moitié soit frappée par les suppressions d’emplois », explique ce docker.

P. D


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Témoignages - 82e année


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