Encore un patron qui s’en va avec une indemnité de plusieurs millions d’euros

7 février 2007

Laurence Danon a touché 2,5 millions d’euros d’indemnités de départ en quittant son poste de dirigeante du grand magasin parisien Le Printemps.

Laurence Parisot, la Présidente du syndicat patronal MEDEF, après avoir voulu plus de modération dans les contributions allouées aux dirigeants d’entreprise, - on se rappelle les indemnités "indécentes" d’un dénommé Antoine Zacharias contraint à la démission du groupe BTP Vinci, mais partant avec quelques 13 millions d’euros alors qu’il en réclamait 230 -, est légèrement gênée qu’une de ses amies proches, Laurence Danon, la PDG du Printemps (et qui préside la Commission Nouvelles Générations au MEDEF), s’en aille avec la coquette somme de 2,5 millions d’euros comme indemnités de départ.

Trois semaines après la publication de recommandations communes au MEDEF et à l’AFEP (l’Association Française des Entreprises Privées qui rassemble de grandes entreprises) sur les rémunérations patronales, une semaine après la parution de "Besoin d’air", livre dans lequel elle se propose de réconcilier les Français avec l’entreprise, la Présidente du MEDEF a bien été obligée, hier, de commenter les conditions financières dans lesquelles Laurence Danon a quitté la présidence du Printemps. Pour seule explication, Laurence Parisot a tenu à excuser celle qui a des responsabilités dans son syndicat, en alléguant que « Le Printemps a pratiquement triplé de valeur ».

2,5 millions d’indemnités pour l’ex-PDG et 84% des salariés à moins de 1.500 euros

Ce sont les salariés de l’entreprise qui seront heureux d’apprendre cette bonne nouvelle. Toutefois, leur "joie" est quelque peu mitigée : « Sous son règne, jamais les salaires n’ont été aussi bas, 84% des salariés du Printemps gagnent moins de 1.500 euros brut, et l’effectif a diminué de 12,2%, soit 645 personnes ont été licenciées ou non remplacées », a déclaré le responsable la CGT.

Au MEDEF, plusieurs responsables confient être quand même « choqués », et certains estiment que Laurence Danon « n’a plus sa place » dans l’organisation.
 De sources professionnelles, contredisant les justifications de Laurence Parisot, le bilan de l’ex-PDG du Printemps est pourtant loin de faire l’unanimité. A Paris, l’enseigne ne cesse de perdre des parts de marché contre son grand rival les Galeries Lafayette qui, fin 2006, réalisaient près de 65% de chiffre d’affaires de plus, contre près de 50% en 2004. En outre, avec un résultat opérationnel courant de 25 millions d’euros avant paiement des loyers, le Printemps affiche un résultat d’exploitation nul, quand son concurrent dégage 1% sur chiffre d’affaires. Quant à la valorisation de l’entreprise, elle tient quasi exclusivement à la hausse de l’immobilier, affirment des experts.

Cette nouvelle affaire vient contredire l’appel à la « mesure » lancé par l’AFEP et le MEDEF, lesquels invitaient les patrons à « tenir compte des réactions de l’opinion » (sic). Et heureusement que l’opinion existe. On n’ose imaginer ce que feraient les patrons si elle n’existait pas.

Pour Laurence Parisot, les chiffres ne signifient rien en soi : « Si la rémunération des grands patrons était reversée à l’ensemble des salariés français, ça ferait quelques euros de plus par an », répète-t-elle souvent faisant preuve d’un cynisme avoué. Sauf que dans l’affaire Vinci, Laurence Parisot avait dit avoir la « nausée » devant les conditions de départ d’Antoine Zacharias. Or, le groupe de BTP est 32 fois plus gros que le Printemps : leurs chiffres d’affaires étaient, respectivement, de 21 milliards et de 750 millions d’euros en 2005. Rapportée à la taille de l’entreprise qu’elle a quittée, la somme touchée par Laurence Danon est donc plus importante que les 13 millions d’euros d’indemnités d’Antoine Zacharias.
De quoi subvenir à nombre de familles dans le besoin...

A.W.


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Témoignages - 82e année


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