Luttes sociales

Gagner la bataille contre la pauvreté pour faire vivre la démocratie

Plus de 40 % des Réunionnais touchés

Manuel Marchal / 21 août 2018

À La Réunion, plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’éradication de la grande pauvreté d’ici à 2030 est un des Objectifs du développement durable de l’ONU. La France est signataire de ces engagements tout comme la Chine, mais à la différence du pays le plus peuplé du monde, elle ne fait pas de cette ambition une priorité.

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Sans pouvoir d’adaptation, impossible de mettre en oeuvre des mesures spécifiques pour lutter contre la pauvreté à La Réunion si le Parlement ne l’a pas inscrit dans la loi. (photo Toniox)

La persistance de la pauvreté est une des conséquences de l’extension du capitalisme dans le monde. Ce système a pour but de faire du profit, il s’appuie sur l’exploitation d’une majorité pour l’enrichissement d’une minorité. Les inégalités n’ont cessé de s’accroître, amplifiée par les décisions de gouvernements qui limitent la contribution des plus riches au fonctionnement de l’État. C’est notamment le cas en France. Le gouvernement a fait le choix de priver l’État de recettes fiscales en provenance de la classe la plus favorisée du système, ce qui a pour conséquence de réduire les dépenses publiques qui visent en particulier à lutter contre la pauvreté.
Cette situation a des conséquences dramatiques à La Réunion, où plus de 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Vieillissement de la population

C’est notamment parmi les retraités que la proportion des pauvres est importante. Sans changement, cela va s’amplifier dans les prochaines années. En effet, il est de plus en plus difficile de réunir les conditions nécessaires au versement d’une pension complète. La durée minimale de cotisation s’allonge, alors que cela fait des décennies que La Réunion doit faire face à un chômage de masse. D’où l’impossibilité de justifier de 42 ans de cotisation. De plus, le gouvernement veut aligner le régime des retraites de la fonction publique sur celui du régime général. Cela signifie à terme la disparition de la disposition faisant que 3 années de cotisation pour un agent à La Réunion valent 4 années.
Comme La Réunion va voir la part des retraités dans sa population augmenter, cela laisse craindre une augmentation importante du nombre de pauvres. D’où l’importance d’anticiper dès maintenant et de créer les mesures nécessaires pour lutter contre les causes de la pauvreté. Mais ce n’est pas le chemin choisi par le gouvernement.

Plus de pauvres en Chine dans 3 ans

Ailleurs dans le monde, des pays signataires des Objectifs du développement durable mettent en place des politiques pour lutter contre la pauvreté. C’est notamment le cas de la Chine qui a présenté dimanche une ligne directrice pour remporter la lutte contre la pauvreté d’ici 2020. L’objectif est d’améliorer la situation de 30 millions de personnes vivant dans les régions les plus pauvres de la Chine. Il est question de favoriser l’accès à l’alimentation, aux vêtements, aux soins et à l’éducation.
L’éradication de la pauvreté est en effet une des conditions nécessaires au bon exercice de la démocratie. En effet, le résultat d’une élection à La Réunion est relativisé par le fort taux de pauvreté. Cela se ressent en particulier dans les taux de participation, où lors des derniers scrutins la majorité des électeurs avaient refusé d’aller voter au premier tour. Une étude de l’INSEE a précisé que c’est parmi les plus pauvres que l’abstention est la plus forte. La pauvreté est aussi un facteur de vulnérabilité face aux tentatives de corruption menées par des candidats peu scrupuleux.
Comme la France ne fait pas de la lutte contre la pauvreté une de ses priorités, il est alors nécessaire que les Réunionnais prennent leurs responsabilités sur ce point. Cela suppose de nouvelles compétences afin de mettre en œuvre des mesures spécifiques qui permettront de mettre fin à la pauvreté à La Réunion. Ce n’est pas un rêve inaccessible, d’autres pays sont capables de le faire.

M.M.