Luttes sociales

Gilets jaunes : l’urgence de se rassembler autour d’une plate-forme commune

Pour faire entendre les revendications de la population de La Réunion

Manuel Marchal / 5 décembre 2018

Une délégation de gilets jaunes représentant les quartiers de Vauban, des Camélias et du Ruisseau à Saint-Denis a été reçue par le président de Région, puis une délégation essentiellement composée de « Tous unis pour La Réunion » par celui du Département. Le déroulement des rencontres a été différent, et des désaccords permanents sur la composition des délégations freinent le mouvement. Ceci souligne la nécessité pour les gilets jaunes de s’organiser autour d’une plate-forme partagée par tous les collectifs, afin d’apporter une contribution décisive au projet réunionnais rédigé par une conférence qui ne devra exclure aucune force vive de La Réunion.

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Une délégation de gilets jaunes reçue hier à la Région.

Depuis le début de la semaine, le mode d’action des gilets jaunes a changé. Les barrages sont levés, et il ne s’agit plus de rejeter les élus, mais de les rencontrer. Lundi, une délégation est allée à la rencontre du maire de Saint-Denis, Gilbert Annette. Hier, le collectif des quartiers de Vauban-Camélias-Ruisseau de Saint-Denis a eu une réunion avec Didier Robert, président de Région.

Cet échange a été public, relayé par les réseaux sociaux. C’est la conséquence d’un premier acquis obtenu par le mouvement : la transparence des débats. Didier Robert a rappelé le contenu de ses propositions de son discours du 30 novembre dernier : demande de subvention à l’Europe et l’État pour faire baisser les prix, ouverture d’un débat sur l’octroi de mer et création d’un conseil citoyen consultatif. Or, cette forme d’échange interroge. Écouter un responsable politique présenter des solutions, c’est précisément ce que la population ne veut plus. C’est une des raisons qui explique le rejet des responsables politiques par le mouvement, car ces derniers portent une responsabilité dans la crise actuelle qui se traduit en particulier par plus de 180.000 Réunionnais inscrits à Pôle emploi.

La sortie de la délégation a été houleuse. D’autres gilets jaunes lui ont renié toute représentativité. Ce manque de confiance est aussi une autre caractéristique du mouvement, qui rend difficile sa structuration.

L’après-midi, c’est un autre collectif qui a été reçu par Cyrille Melchior, président du Département. Ce dernier a commencé par présenter les actions menées par sa collectivité, mais il a été brutalement interpellé sur la situation de grande pauvreté vécue par de nombreux Réunionnais. Au final, le président du Département s’est engagé à soutenir les revendications de « Tous unis pour La Réunion » dans le domaine de compétence de sa collectivité.

Cette cacophonie freine le mouvement, alors que les gilets jaunes se disent en prise directe avec les préoccupations de la population. Dans ces conditions, le rôle des responsables politiques doit changer. Au lieu de miser sur les divisions en recevant séparément des collectifs, ils doivent aider à favoriser la construction d’une plate-forme en donnant au mouvement les moyens d’exprimer ses propres revendications.
En effet, pour que le mouvement des gilets jaunes puisse changer la donne, il est nécessaire qu’il puisse se rassembler autour d’une plate-forme commune. C’est ainsi qu’il pourra peser de manière décisive dans le contenu du projet construit par la conférence territoriale, instance prévue par la loi, élargie à toutes les forces vives de La Réunion.

M.M.