Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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L’impact du supplément colonial dans la tête des Réunionnais
21 avril, par

La surrémunération, héritée du supplément colonial, alimente la vie chère à La Réunion en soutenant des prix élevés adaptés à la classe privilégiée du système néocolonial. Revendiquer son extension apparaît comme une fuite en avant : elle augmente les revenus sans agir sur les causes structurelles. Ce mécanisme néocolonial creuse les inégalités, maintient la dépendance aux importations et laisse la majorité de la population confrontée à la misère.
La grève hier dans les hôpitaux privés à La Réunion remet au centre du débat la question de la surrémunération. Les syndicats réclament un alignement sur le public via une prime de vie chère, arguant à juste titre du coût élevé du quotidien. Mais cette revendication, si compréhensible soit-elle à court terme, pose un problème de fond : elle alimente un mécanisme qui contribue lui-même à la cherté de la vie.
La surrémunération, héritée du supplément colonial destiné autrefois aux expatriés, a été étendue après la départementalisation. Elle injecte des revenus élevés, déconnectés de la productivité locale, dans une économie insulaire dépendante des importations. Cette masse monétaire soutient une demande solvable sur laquelle les prix s’alignent. Résultat : les biens, souvent importés, restent chers car calibrés sur le pouvoir d’achat des plus favorisés. Le système entretient ainsi une inflation structurelle.
Dans ce contexte, revendiquer la surrémunération revient à courir après des prix que ce même dispositif contribue à tirer vers le haut. C’est une fuite en avant : on augmente les revenus d’une partie de la population sans agir sur les causes profondes du coût de la vie. Pendant ce temps, la majorité des Réunionnais, qui ne bénéficie pas de ces compléments, subit de plein fouet la hausse des prix.
Ce mécanisme s’inscrit dans une logique néocoloniale : les revenus publics alimentent la consommation de produits importés, tandis que les profits repartent hors du territoire. L’économie locale reste fragile, peu productive et dépendante. La surrémunération devient alors un pilier d’un système inégalitaire qui creuse les écarts.
Sortir de cette impasse suppose de changer d’approche : agir sur les prix, développer la production locale, soutenir les circuits courts et les commerces adaptés au pouvoir d’achat réel. Sans cela, toute hausse de revenus restera un expédient à court terme, incapable de rompre le cercle vicieux de la vie chère et des inégalités.
M.M.
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