Le PCR alerte sur les conséquences dramatiques d’un APE UE-Afoa ouvert aux services
8 juin, parCommuniqué du Parti communiste réunionnais
DOSSIER PAUVRETÉ - PRÉCARITÉ
4 septembre 2008

L’isolement, le manque de structure pour la prise en charge d’un enfant handicapé cachent parfois une descente vertigineuse vers la précarité. Ghislaine Turpin, présidente de l’association portoise de solidarité et d’amitié, nous fait part de son expérience au sein de cette association.
Mme Ghislaine Turpin :
L’association portoise de solidarité et d’amitié s’occupe et prend en charge les déficiences intellectuelles et les autistes. Ce sont des enfants qui ont fait un parcours en institution spécialisée, et à l’âge adulte, vers 18-21 ans, ils n’ont plus aucune chance d’intégrer une structure à La Réunion. Ils reviennent à la case départ. Ils perdent tous les acquis et ils restent à la maison. Alors, souvent, entre l’âge de scolarité obligatoire et l’âge des 18 ans ou des 21 ans, ces personnes vont rester sur les bras de la société. Et il n’y a pas de moyen pour s’occuper d’elles. Lui (en parlant de l’un des handicapés sous sa charge) par exemple, c’est quelqu’un qui ne dort ni la nuit, ni la journée, donc il vient avec nous la journée et il repart le soir parce qu’il n’y a personne qui veut le prendre. Il n’y a aucune place. On laisse la place pour les petits, pour les plus jeunes.
Comment est née cette association ?
- Nous, on a eu l’idée entre les familles justement d’enfants en grande difficulté de créer une association pour créer un espace de convivialité où, tour à tour, les parents viennent se relayer. L’une d’entre elles fait par exemple du gardiennage et de l’occupationnel. A tour de rôle, on s’entraide. On est des parents bénévoles. L’association a été créée en 1989. A l’époque, il n’y avait rien. Les handicapés restaient à la maison. On a eu l’idée de créer cette association et on a commencé par le sport. Entre temps, on a rencontré des gens compétents. Ils se sont formés et se sont rapprochés des professionnels du sport pour les personnes handicapées. On leur a expliqué comment canaliser le handicap, et pour cela, il faut aller en formation. L’OMS du Port nous a proposé des formations. De fils en aiguille, on a été orienté au niveau de la jeunesse et des sports.
Quel est votre effectif au quotidien ?
- L’Effectif est de 13 parents pour en moyenne 10 personnes handicapées, ils se relayent au niveau de l’atelier. La particularité, c’est que c’est une association qui reste dans le giron familial. Ce qui nous manque, ce sont les personnes diplômées. Ils sont bénévoles avec une expérience et quelques connaissances. On essaye de s’entraider. On aide et on accompagne les familles dans les démarches administratives et on met en place des activités pour les jeunes. Coloriage, peinture, découpage... Même si ce sont des grands, ce sont des grands bébés. Donc, on se débrouille.
Vous êtes par ailleurs une association de solidarité et d’amitié. Quelles sont vos actions dans ce cadre ?
- Nous, on s’est mis en quête d’aller rencontrer les gens sur le terrain et de leur remonter le moral. Surtout les familles isolées. La finalité, c’était de rompre la solitude et d’essayer de faire changer le regard des gens face à la problématique de l’handicap mental. Nous, on tient à démontrer que la personne handicapée, elle est comme tout autre personne et qu’avec un encadrement et de la bonne volonté, eh bien, avec les moyens, on peut l’éduquer comme n’importe quel citoyen. Nous, dans notre action, nous souhaitons valoriser la personne à déficience intellectuelle.
Vous avez des aides ou des subventions ?
- On est aidé par la municipalité du Port, sous forme de subvention pour payer le loyer.
Nous avons un gros projet, la création d’une structure. Ce serait la première structure qui existerait dans l’Ouest. On a adhéré à l’ADAPAYS. C’est l’association départementale des parents et amis handicapés, et on a essayé de voir avec la municipalité de La Possession pour faire monter la structure sur le territoire de la commune de La Possession. Nous avons 5 ans pour monter la structure en partenariat avec l’ADAPAYS. Nous aimerions qu’ils ouvrent 80 places pour des jeunes, des moins jeunes et des vieux. Dans la structure que nous allons monter sur La Possession. Il y aura également un internat. Les parents pourront alors dormir sur place. Là-bas, ça sera une structure agréée par l’État. Elle fonctionnera avec des personnes qualifiées. On fait par ailleurs des sorties une fois par mois. On effectue également des Échanges européens avec l’INJEP. On réunit les parents une fois par mois pour faire le point.
Comment peut intervenir le handicap dans l’isolement des parents et dans la dégradation de la situation sociale du parent ?
- Les handicaps sont divers et variés. Le plus difficile, c’est le regard des autres, après, il y a la famille qui s’écarte. Quand on a une personne handicapée à la maison, on ne sort plus. Personne n’invite plus personne. Donc, les parents se retrouvent seuls avec son enfant handicapé, et dès fois même, l’un des deux parents part. Les parents culpabilisent, ils se rejettent la faute. Il y a une véritable cassure. Il faut gérer. On a un peu le rôle d’une garderie, on peut garder la personne pour une journée, deux heures. On ne reçoit personne la nuit par contre. La journée, nous essayons de soulager la souffrance des parents en les aidant dans leur quotidien.
Que se passe-t-il pour la personne qui travaille et qui voit son enfant sortir de la structure qui l’encadrait depuis son enfance ?
- Pour la personne qui travaille, faute de mieux, eh bien, elle lâche tous. Il y en a qui travaillait à la banque, à la poste, à l’hôpital. Ils ont été obligés d’abandonner leur poste. Ces personnes sont obligées de rester à la maison et de toucher le RMI. Voilà la pauvreté et la précarité. Ces personnes retournent en arrière. S’il y avait un lieu où l’enfant pouvait rester même en étant majeur, la mère, par exemple, aurait pu garder son poste. Mais il n’a personne pour le prendre. Sa vie professionnelle est brisée, elle a l’amertume de ne plus travailler, elle n’est plus valorisée de par la perte de son statut social, sa famille la délaisse parce qu’elle a eu le malheur de mettre un enfant handicapé au monde. C’est tout cela qui entre en jeu. Il y a le handicap social aussi après. Elle cumule le handicap physique et le handicap social.
La présidente dénombrait de nombreuses complications médicales chez les parents de ces enfants. Ils cumulent les souffrances. L’un de nos parents dépose son enfant ici à 8h30, parce qu’étant atteinte d’un cancer, elle doit aller faire ses rayons. Elle lutte contre le handicap de son fils et contre son cancer du sein.
Pour soulager ces parents, nous mettons en place des groupes de parole. Nous faisons intervenir des psychologues. Ils peuvent alors exprimer toutes leurs souffrances. La précarité et la pauvreté se trouvent souvent là où on s’y attend le moins. La souffrance des gens en est d’autant plus grande.
Sophie Bélim
Communiqué du Parti communiste réunionnais
Mézami mi koné pa si étan pti marmaye zot l’avé la shanss an avoir dann zot lanvironeman in vyé méssyé otroman in vyé madam téi gate azot dizon (…)
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