Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
La préférence régionale en débat sur RFO
25 novembre 2004

Unanimité de diagnostic hier parmi les intervenants au débat télévisé : inquiétude et colère.
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Avant toute chose, il faut tout de même rappeler que le débat - plutôt vivant - qui a eu lieu sur RFO hier n’aurait pas eu cette tournure si la direction de RFO avait imposé sa ligne initiale qui était d’en exclure... les journalistes réunionnais !
Ceci dit, ce n’est pas parce que le plateau était "Réunionnais à 95%" comme l’a dit un des mille SMS envoyés pendant l’émission, que la solution aux problèmes soulevés serait du seul ressort des Réunionnais. Si les Réunionnais avaient réellement les moyens de régler ce problème par eux-mêmes, il n’y aurait plus besoin de débattre de “préférence régionale” ! On a parlé “d’injustice”, de “dysfonctionnements” et de “facilité des réseaux de copinage”... On a dit qu’il ne fallait pas "se laisser enfermer dans des concepts", ou se battre sur des mots. Et à une ou deux reprises, les participants eux-mêmes ont constaté leur accord majoritaire sur les questions de fond soulevées par ce débat.
Celui-ci a eu le mérite de mettre à l’écran - ce qui est plutôt rare - le caractère pressant, explosif même, du problème du chômage vécu par des dizaines de milliers de familles, comme l’a souligné la quasi-totalité des participants.
Il y a un problème d’emploi, un besoin de développement et de création d’entreprises... certes. Mais à l’intérieur de cette situation de manque, de déficit, il y aussi de réels dysfonctionnements sur lesquels les participants au débat ont été nombreux à apporter exemples, illustrations et témoignages.
Et ce qui est surtout ressorti est que l’exemple vient d’en haut. "L’État lui-même ne respecte pas ses instructions", a dit Axel Zettor (CFDT) à propos des trente ouvriers d’État que l’armée se préparerait à faire venir pour janvier 2005.
Un exemple qui illustre parfaitement la situation “néo-coloniale” dénoncée d’entrée de jeu par Raoul Lucas, sociologue et universitaire et Gérard Canabady, diplômé de Sciences Po dont l’expérience de “mobilité” est allée enrichir... l’agriculture réunionnaise.
L’accord était quasi-unanime dans la description d’un système qui, en mettant toujours la “barre plus haut” ou en situant mal les qualifications - comme l’a exprimé le recteur d’académie - dessert massivement les Réunionnais.
"Quand il s’agit de donner des emplois précaires aux Réunionnais, il existe une préférence régionale ; mais lorsqu’il s’agit de recruter des cadres, c’est la préférence métropolitaine qui prévaut", a exprimé le secrétaire de la CFDT.
Mais sur la question de savoir quoi faire pour sortir de cette situation, les solutions avancées se départageaient en deux “écoles” : Il y a ceux qui estiment que les dispositions existent dans la loi actuelle et qu’il faut "une volonté politique" pour mettre en œuvre, par exemple, "une certaine dose de discrimination positive".
Tandis que d’autres cherchaient dans la direction de dispositions spécifiques, prenant acte des injustices actuelles et des déséquilibres créés.
Alors quoi faire ? Dans les solutions avancées, il a fortement été question du partenariat construit pour définir le Plan régional de formation professionnelle, de la création de l’IRA (Institut régional d’administration) et de “concours décentralisés”.
Mais il serait sans doute illusoire, dans la mise en œuvre de ces solutions, d’exempter l’État de toute responsabilité. Les exemples donnés par les participants ont tous fait ressortir le rôle de grandes entreprises nationales (EDF, France Telecom, l’administration au plus haut niveau...) dans la mise à l’écart des Réunionnais aux postes de responsabilité. "Il faudrait que la France apprenne à être Réunionnaise", a lancé Gérard Canabady dans sa conclusion. Ce sera aussi la nôtre.
P. David
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