Les pouvoirs publics et les banques doivent agir pour sauver de nombreux emplois menacés

L’agriculture réunionnaise au bord de la catastrophe sociale : la CGPER appelle au rassemblement de toutes les énergies

23 novembre 2021, par Manuel Marchal

La CGPER alerte sur la grave crise sociale qui secoue actuellement l’agriculture réunionnaise, conséquence notamment du changement climatique responsable de la sécheresse persistante et du plan d’éradication de la leucose. De nombreuses exploitations n’ont plus de trésorerie, avec des répercussions sur tous les fournisseurs. « La SAPHIR est en péril », souligne Jean-Michel Moutama, qui appelle les banques à prendre conscience de la situation et les pouvoirs publics, et notamment le Département, à agir rapidement pour sauver de nombreux emplois menacés.

C’est un cri d’alarme qu’a lancé samedi la CGPER qui tenait une réunion dans l’Ouest samedi. Les conséquences de la sécheresse, de la crise COVID et du plan d’éradication de la leucose ont de très graves répercussions pour les agriculteurs, ce qui aura également des conséquences sur tous les fournisseurs. « La SAPHIR est en péril », souligne notamment Jean-Michel Moutama, président de la CGPER. C’est pourquoi la CGPER plaide pour le rassemblement de toutes les énergies afin de sauver l’essentiel : « arrêtons de parler de petits, moyens et gros planteurs, les difficultés touchent tout le monde ».
La création d’une Intersyndicale de l’agriculture réunionnaise regroupant CGPER, JA, UPNA - la FDSEA n’a pas signé - est un pas important dans la nécessité de faire bloc face à la crise, précise le président de la CGPER. Tous les secteurs sont concernés, notamment l’élevage (voir par ailleurs) et la filière canne.
Cette année, il sera bien difficile d’atteindre voire dépasser une récolte de 1,6 million de tonnes de canne à sucre. Dans le même temps, le taux de richesse est en baisse. La faute à des conditions climatiques exceptionnelles qui deviennent la norme.
Cela fait en effet 4 ans que La Réunion est confrontée à la sécheresse. « Nous ne pouvons plus parler de phénomène conjoncturel, des mesures structurelles s’imposent et plus des mesurettes. C’est du jamais vu, la situation est catastrophique, les planteurs n’ont plus de trésorerie », alerte le président de la CGPER.

Seulement 400 euros pour une année de travail

Il cite un exemple. Pour un planteur qui a déjà livré 1500 tonnes de cannes, il a à peine 400 euros sur son compte professionnel. 400 euros, c’est moins qu’un mois de RSA pour une personne seule. Les pouvoirs publics et les banques doivent prendre conscience de la situation d’extrême urgence. En effet, avec 400 euros sur le compte comme résultat d’une année de travail, comme est-il possible de vivre dignement ?
Dans ces conditions, comment un planteur peut-il nourrir sa famille, comment peut-il payer les études de ces enfants, comment tout simplement peut-il faire face aux dépenses de la vie quotidienne ?
Quand un planteur livre ses cannes, le solde moyen versé par l’usine est de seulement 3 euros par tonne. Pour de nombreux planteurs, ce solde est nul ou à peine positif.
Comment rembourser les traites dans ces conditions ? Si les banques ne mettent pas en place des mesures d’urgence pour tenir compte de la situation, de nombreuses exploitations cannières vont faire faillite, des planteurs et leurs ouvriers seront au chômage et leurs familles risquent de se retrouver à la rue.
Par ailleurs, le calcul des aides sociales ne prend pas en compte la hausse importante et continue du coût de production : augmentation du prix des engrais, hausse des prix du carburant (plus de 10 % depuis le 1er novembre), prix du fret plus cher qui a des répercussions sur tous les intrants, et sur les prix des produits de première nécessité…
La CGPER demande donc au Département d’agir pour garantir un revenu minimum décent aux agriculteurs.

« La SAPHIR est en péril »

En temps normal, le recours à l’irrigation est nécessaire pour obtenir des rendements suffisants. Avec la sécheresse, elle est la condition à la survie de nombreuses exploitations cannières. Mais les planteurs n’ont plus de trésorerie. « Il y a beau retourner le problème dans tous les sens, les planteurs ne pourront pas payer la SAPHIR ». L’existence de cet outil indispensable à la filière est posée. Le président de la CGPER alerte : « la SAPHIR est en péril ».
La CGPER interpelle donc les pouvoirs publics pour que la SAPHIR ne soit pas la victime collatérale de la crise.
Une crise qui ne concerne pas uniquement les 2800 planteurs livreurs de canne. Tous les emplois générés par cette activité sont menacés. Si rien n’est fait, tous les fournisseurs vont subir les conséquences, et aussi tous les métiers qui gravitent autour de la culture de la canne à sucre.
« C’est la 4e année que nous subissons la sécheresse. On ne peut plus parler de la conjoncture. Cette sécheresse devient la norme, cela remet tout en cause. Tout risque de s’effondrer. », souligne le président de la CGPER.
« A la CGPER, nous croyons en l’avenir de la canne à La Réunion. Mais cet avenir repose sur des mesures structurelles fortes pour permettre à notre île de préserver cette richesse et les près de 18.000 emplois directs et indirects qui en dépendent », précise-t-il avant de conclure : « Les planteurs ont fait tout ce qu’ils ont pu et même plus. La balle est maintenant dans le camp des pouvoirs publics ».

M.M.

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