Luttes sociales

La CGTR pour le respect des travailleurs de la cuisine centrale de Saint-Benoît

L’année commence sous le signe de la lutte

Manuel Marchal / 18 janvier 2018

Le marché de la restauration scolaire de Saint-Benoît a été remporté par Régal des îles, société dirigée par M. Moutoussamy. Cette attribution n’a pas manqué de surprendre, car depuis une vingtaine d’années, c’était la SOGECIR qui gérait la cuisine centrale. Le transfert de l’activité et des salariés au nouvel attributaire se passe mal, d’où une grève lancée par les travailleurs pour défendre les acquis de 20 ans de luttes grâce à la CGTR, et les réponses menaçantes de leur nouveau patron. Pour la CGTR, les faits sont très graves et appellent à la mobilisation de tout le syndicat.

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Pour la CGTR, l’année 2018 commence sous le signe de la lutte contre un « patron-voyou » : mobilisation aux côtés des travailleurs de la cuisine centrale de Saint-Benoît.

La direction de la CGTR tenait hier une conférence de presse au sujet de la grève à la cuisine centrale de Saint-Benoît. Après avoir été gérée pendant de nombreuses années par la SOGECIR, elle est désormais sous la responsabilité de Régal des îles. La transition se passe mal, car le dirigeant de la société, M. Moutoussamy, ne montre pas par ses actes la volonté de respecter l’article L-12-24-1 du Code du Travail qui précise que le repreneur d’une délégation de service public doit conserver le personnel et leurs acquis. Grâce aux luttes menées depuis 20 ans avec la CGTR, seul syndicat à la cuisine centrale de Saint-Benoît, les travailleurs ont obtenu l’annualisation du temps de travail sur la base de 222 jours payés au lieu de 136 jours. Cela permet aux employés d’avoir un salaire plus élevés que les 650 à 700 euros par mois qui sont la norme dans ce type d’établissement. Les travailleurs ont également obtenu la subrogation dès le premier jour d’arrêt de travail, ainsi qu’une mutuelle avantageuse. Ce sont ces acquis que le nouveau prestataire veut remettre en cause. Pour défendre leurs droits, les travailleurs se sont mis en grève. Le mouvement est largement suivi, précise la CGTR, car 54 salariés sur 61 sont d’accord pour que la CGTR mène les discussions de la transition entre la SOGECIR et Régal des îles.

Non à la baisse des droits et des salaires

Dès le 7 décembre, le ton était donné lors d’une réunion à la mairie de Saint-Benoît entre le nouveau prestataire et le personnel. M. Moutoussamy s’est adressé de manière agressive à Patrick Lauret, délégué syndical. Ivan Hoareau précise que 5 directeurs de service étaient présents. Le dirigeant de Régal des îles ne reconnaît pas à la CGTR le droit de négocier des conditions de la transition, précise le syndicat. Or la CGTR est le seul syndicat représenté dans l’entreprise, et Patrick Lauret a été le signataire de tous les accords d’entreprise au cours des 20 dernières années.

D’ores et déjà, M. Moutoussamy remet implicitement en cause le montant des salaires des travailleurs. Il veut que ces derniers soient payés sur la base de 136 jours par an au lieu de 222 jours. Il cherche aussi à imposer l’application de la convention collective « traiteur », au lieu de celle de « personnel de restauration des collectivités ». La première est plus défavorable pour les salariés que la seconde.

Il a fallu attendre hier pour que le patron de Régal des îles contacte une mutuelle afin de remplir ses obligations vis-à-vis de ses nouveaux salariés. Depuis le 10 janvier, ces derniers étaient sans couverture mutuelle en raison de l’inaction de leur nouveau patron sur ce point.

De plus, Ivan Hoareau constate que dans un autre établissement, l’Hôpital pour enfants, où Régal des îles a obtenu le marché au détriment de la SOPRESTIL, les travailleurs ont vu une nette dégradation de leurs conditions de travail. Cela s’est traduit aussi par des licenciements.

Des gros-bras pour intimider des grévistes

Ce qui pousse la CGTR à s’impliquer largement de ce conflit, c’est l’attitude de M. Moutoussamy. Le 9 janvier dernier, il est venu avec un huissier devant le piquet de grève. Mais à quelques mètres de là, plusieurs voitures chargées de gros-bras étaient là pour intimider le personnel gréviste. Cette manœuvre n’a pas entamé la détermination des salariés qui pour 54 sur 61 d’entre eux font confiance à la CGTR. Elle est fermement dénoncée par le syndicat car laisser faire signifie ouvrir la porte à tous les abus.

Patrick Lauret témoigne de la difficulté de discuter avec un patron qui ne reconnaît pas le syndicat de l’entreprise. Ce sont des méthodes d’un autre temps, « nous sommes en démocratie et pas en république bananière ». La CGTR est ouverte à la discussion dans le respect de toutes les parties. Ivan Hoareau rappelle aussi à la mairie de Saint-Benoît ses responsabilités. Les menaces de M. Moutoussamy constituent un trouble à l’ordre public, or le maire a des prérogatives de police sur le territoire de sa commune. De plus, la cuisine centrale est un service public dont la gestion est confiée à une entreprise privée choisie par la municipalité.

L’année commence donc par un difficile conflit social dans l’Est. La CGTR est mobilisée pour que les travailleurs de la cuisine centrale de Saint-Benoît puissent se faire respecter et conservent les acquis de 20 ans de luttes.

M.M.



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  • Visiblement, la défense des droits des travailleurs est un exercice difficile pour certains correspondants de la tribune de discussion de Témoignages ; autant il apparaît facile de prendre le parti des pauvres entreprises qui seraient obligées de payer une journée de salaire pour cause d’ alerte rouge, autant il apparaît insurmontable d’ exprimer son soutien à des travailleurs qui demandent simplement le respect d’ une convention collective ! Décidément à La Réunion, on a vraiment la tête à l’ envers, dans l’ Hémisphère Sud !!! Jean-Paul CIRET

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