Luttes sociales

La grand messe a-t-elle répondu aux revendications ?

Intervention finale de la ministre des Outre-mer hier à la préfecture

Manuel Marchal / 1er décembre 2018

Hier, la ministre des Outre-mer devait donner une ultime conférence de presse pour présenter ses propositions de lutte contre la vie chère. Cela s’est finalement déroulé sous la forme d’une grand messe en présence de chefs de service de l’administration, de membres du CESER et d’élus, avec deux interventions précédant celle de la ministre : Cyrille Melchior, président du Département, et Didier Robert, président de la Région.

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C’était hier soir qu’Annick Girardin devait présenter le volet le plus attendu de sa série de trois annonces : les mesures contre la vie chère. Le format était inédit. Des chefs de service de l’administration, des membres du CESER, des élus et des journalistes étaient rassemblés dans le salon de la préfecture, au premier étage du bâtiment.

En plus de la ministre, deux autres personnes ont pris la parole. Tout d’abord, Cyrille Melchior, président du Département, a rappelé l’action de sa collectivité dans le domaine social, avec notamment 120.000 familles réunionnaises accompagnées par le Conseil départemental. Il a conclu en affirmant que « les moyens financiers sont largement insuffisants pour relever les défis ».

Pour sa part, Didier Robert, président de la Région, a estimé à plus d’un milliard d’euros financé par l’État, les collectivités et l’Europe un plan pour lutter contre la vie chère. 370 millions afin de « penser La Réunion comme si nous étions collés à la métropole (…) pour faire sauter le verrou de la distance », c’est-à-dire une « continuité territoriale sur les marchandises ». Cette somme est destinée à subventionner le coût du transport. Il veut aussi lancer un débat sur l’octroi de mer avec les collectivité, 420 millions d’euros destinés majoritairement aux communes sont en jeu. Enfin, il a annoncé le retour à son niveau précédent de la taxe sur les carburants, ce qui représente un manque à gagner de 300 millions d’euros sur trois ans. Le président de Région a aussi dit qu’il s’appliquait le principe de « un homme, un mandat, une fonction » ce qui l’amène à renoncer à son augmentation mensuelle de 6800 euros dont il bénéficiait depuis qu’il était président d’une SPL. Il a aussi promis la création d’un conseil consultatif citoyen dont les membres seront tirés au sort. Il conclut en appelant « solennellement à la levée des barrages ».

Annonces de la ministre

La partie la plus attendue du discours de la ministre portait sur la lutte contre la vie chère. Elle a fait part des propositions suivantes : baisse de 10 % du « Panier Lurel » qui coûte aujourd’hui en moyenne 290 euros, création d’un « panier péi » afin de permettre à une famille de 4 personnes de se payer chaque jour un repas avec des produits fabriqués uniquement à La Réunion, l’ouverture de l’Observatoire des prix et des revenus à 50 personnes là aussi tirées au sort, l’arrivée dans notre île de deux hauts fonctionnaires chargés d’une opération « transparence sur les prix » dans tous les rayons. A cela s’ajoute le retour dans notre île le mois prochain d’Olivier Noblecourt, chargé de veiller à l’application des mesures du « Plan pauvreté » du gouvernement. La ministre a aussi annoncé que les créations d’emploi liées aux nouvelles aides pour les entreprises seront inscrites dans un « compteur emploi » qu’elle souhaite mis en place en février. Dans trois mois, un point sera fait sur les effet de toutes ces mesures.

Il est loin d’être acquis que cette grand messe ait convaincu. Rappelons qu’en 2009, les luttes menées par la population aux côtés des syndicats, de partis politiques et d’associations avaient notamment permis d’obtenir une baisse immédiate d’au moins 20 % sur plus de 200 produits de grande diffusion, une hausse de 150 euros par mois des salaires en dessous de 1,4 SMIC, une forte baisse des prix des carburants et leur gel pendant 6 mois.

M.M.