Luttes sociales

La parole au peuple réunionnais : l’urgence d’une conférence de toutes les forces vives de La Réunion

La réponse militaire du pouvoir ne résoudra pas la crise

Manuel Marchal / 23 novembre 2018

Cela fait maintenant 7 jours que toute La Réunion est concernée par un large mouvement social. Les propositions foisonnent tandis qu’au cours des 6 derniers jours, les négociations n’ont toujours pas commencé. Ceci souligne l’urgence de l’ouverture d’une conférence territoriale de toutes les forces vives de La Réunion, pour que les Réunionnais discutent ensemble de solutions et les défendent dans la négociation avec Paris. Cette proposition du PCR en date du 8 octobre est plus que jamais d’actualité.

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Un millier de personnes rassemblées hier devant le Port-Est, terminal containers de La Réunion.

Le 8 octobre dernier, le Parti communiste réunionnais a proposé la création d’une conférence territoriale ouverte à toutes les forces vives de La Réunion pour mettre à plat tous les problèmes, afin que les Réunionnais discutent ensemble des solutions pour y remédier et défendent ses propositions dans une négociation avec Paris. C’est une démarche en rupture avec celle de responsables politiques qui appellent Paris à l’aide, et dont on voit aujourd’hui le résultat : la réponse de Paris, c’est l’envoi de militaires et les peines de prison qui pleuvent comme des galets.
Formulée un mois et une semaine avant le lancement du mouvement social du 17 novembre, cette proposition progresse et est reprise publiquement sous diverses formes. Certains veulent que cette conférence territoriale soit limitée à sa définition légale, c’est-à-dire la Région, le Département et les parlementaires, d’autres veulent l’élargir aux maires, voire même aux syndicats et associations. Ils pensent que cette conférence doit ensuite aller vers la population pour faire valider ce qui sera élaboré.

Permettre à tout le monde de proposer

C’est précisément ce mode de fonctionnement que rejette la population. Son message est clair, elle a des revendications, et celles-ci s’expriment partout depuis 7 jours, et pas seulement au sein des gilets jaunes. La Réunion connaît depuis le 17 novembre un foisonnement sans précédent de propositions émanant de nombreuses personnes. Aucune de ces voix ne doit être exclue, toutes ces idées doivent être respectées, c’est une exigence de la démocratie.
Il est donc nécessaire de créer une nouvelle instance capable de permettre à toutes ces bonnes volontés de s’exprimer. C’est le sens de la proposition du PCR en date du 8 octobre : une conférence territoriale ouverte à toutes les forces vives de La Réunion. Elle est plus que jamais d’actualité, et elle vise à redonner la parole au peuple dans une structure adaptée.
De plus, une revendication également fortement exprimée est de faire avec la population, d’où la demande de donner aux négociations la plus grande diffusion possible. Des outils techniques existent aujourd’hui pour diffuser en direct sur les téléphones de centaines de milliers de Réunionnais. Ils doivent donc être mis au service de la publicité des débats, afin que tout puisse se passer dans la plus grande transparence.

Contre la réponse militaire

Redonner au peuple un cadre pour lui permettre de s’exprimer et de défendre ses revendications est donc d’une urgence absolue. Ceci permettra de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve notre île en raison d’une crise sociale qui dure depuis des décennies, et qui a amené plus de 40 % de la population en dessous du seuil de pauvreté, en raison notamment d’un taux de chômage record marqué par l’inscription de plus de 180.000 Réunionnais à Pôle emploi.
Cette recherche de solutions entre Réunionnais est la traduction concrète de la responsabilité. Car s’en remettre à Paris pour régler les problèmes accentue la crise. En effet, depuis 7 jours, les seules réponses du pouvoir central se résument dans ces quelques données : plus de 100 interpellations, des condamnations à de la prison ferme, le couvre-feu et l’envoi de militaires supplémentaires.

M.M.