Luttes sociales

La Réunion : L’Association des maires se déclare dans l’incapacité d’appliquer la demande du préfet

Extension au secteur public des 50 euros proposés par le MEDEF

Cinthia Fontaine / 24 mars 2009

Suite à la proposition du MEDEF de participer à l’augmentation des salaires des emplois du privé à hauteur de 50 euros et à l’appel de l’Etat à une participation équivalente des collectivités, l’Association des Maires a tenu à exprimer les difficultés que cela pourrait engendrer. 50 euros de plus pour les emplois, c’est 50 euros de moins pour les investissements.

Parmi ses revendications, le COSPAR demande une hausse de 200 euros pour les bas salaires. Pour le secteur privé et pour les salaires inférieurs à 1,4 SMIC, l’État s’engage à verser 100 euros pendant trois ans et le MEDEF propose que les patrons contribuent pour 50 euros pendant trois ans. Le préfet indique que l’État est prêt à verser aussi 100 euros pour les salaires du public inférieur à 1,4 SMIC, et propose d’étendre la proposition du MEDEF, ce qui veut dire que ce serait aux Mairies de prendre en charge 50 euros.
Les membres du bureau de l’Association s’étaient réunis hier soir à la mairie de La Possession pour donner la position de l’association. Etait présents le président Roland Robert, maire de la Possession, le 1er vice président, Jean Louis Lagourgue, le 2ème vice président Guito Ramoune, et le 3ème Valy Bachil ainsi que Jean Luc Saint Lambert, trésorier et Jean Marc Gamarus représentant Huguette Bello, secrétaire. Toutes tendances politique confondues mais avec une seule idée, ne pas mettre le budget des communes en difficulté. L’augmentation de 50 euros demandée par le Préfet aux collectivités sans contrepartie de l’Etat pourrait faire croître de 6,5% les budgets alloués aux emplois. Ce serait mettre les communes dans une position doublement difficile. Où tirer cet argent ? En augmentant les impôts ? Dans la situation de crise que nous connaissons, ce ne serai pas aller dans le sens du pouvoir d’achat. En réduisant les investissements ? Comment alors faire avancer et prospérer les communes ?

A La Réunion, les maires ont à gérer un contexte régional très particulier. Alors qu’en France, les budgets alloués aux emplois atteignent 45 à 50% des budgets de fonctionnement, à La Réunion, ils se situent plutôt entre 70 et 80%. Une commune comme Saint-Paul, par exemple, utilise 71% de son budget uniquement pour les emplois. Les emplois communaux se divisent en 4 catégories : CDI titulaires, CDI non titulaires, contractuelles et emplois aidés.
Les CDI titulaires bénéficiant d’une indexation de 1,53 et donc de 53% de salaires en plus ne sont pas concernés par la demande du COSPAR d’une augmentation de 200 euros, les emplois aidés non plus d’ailleurs. 80% des agents communaux ne sont pas titulaires, les taux d’indexation ne permettant pas aux communes de les titulariser par simple manque de moyens. Mais les collectivités se doivent d’assurer un rôle d’employeur, dans une économie où 52% de la population vit des minima sociaux. L’Etat qui demande aux maires de La Réunion de s’aligner sur les pourcentages d’emplois communaux métropolitains semble oublier qu’ici les communes doivent jouer le rôle de tampon en attendant une stabilisation de la démographie.

Un autre problème soulevé par l’Association est la pérennisation des 100 euros alloués par l’Etat pour 3 ans. En effet comment les communes pourront continuer à verser cette somme, qui pour l’employé sera devenue un acquis.
Une des proposition que le bureau va présenter mercredi 25 mars à la Préfecture, serait de garder les cotisations ASSEDIC des contrats non titulaire à durée indéterminée à disposition des communes et des salariés puisque ces emplois sont assurés d’être maintenu et donc de ne jamais avoir besoin des Assedic.
L’association rappelle aussi que la fin du régime actuel de l’Octroi de mer tombera en même temps que la fin de l’aide de 100 euros pour 3 ans, comment avec un budget déjà bien amoindri les collectivités pourront assurer les 150 euros d’augmentation des salaires.
Toutes ces questions, le bureau les posera au préfet lors de la réunion prévue ce mercredi à 15 heures dans les bureaux de la Préfecture.

Cinthia Fontaine