Luttes sociales

La Réunion : Les Réunionnais convoquent des négociations

Loyers, prix, revenus : tables rondes à la préfecture

Manuel Marchal / 7 mars 2009

Au lendemain du succès de la grève générale et des deux manifestations, le COSPAR était reçu à la Préfecture. Depuis hier 14 heures ont commencé des négociations avec tous les acteurs concernés par le prix des loyers, les revenus et les prix. La veille, jeudi 5 mars, des dizaines de milliers de Réunionnais étaient dans la rue pour faire avancer 62 revendications urgentes. Ce sont les Réunionnais qui ont réussi à créer un rapport de force suffisant pour obliger l’ouverture de négociations.

Hier en fin de matinée, une délégation du COSPAR a rencontré le préfet. Cette rencontre a débouché sur une première série de rendez-vous entre le COSPAR et les personnes concernées sur plusieurs dossiers : les loyers, les prix, les revenus.

À la veille de la première journée d’action du jeudi 5 mars, chacun se demandait quelle allait être l’ampleur de la mobilisation. Jeudi en fin de matinée, tout le monde a pu constater que le succès des deux défilés de Saint-Denis et de Saint-Pierre avait dépassé les prévisions. Cette mobilisation a obligé le préfet à tenir compte des revendications. Il a donc invité les membres du COSPAR à venir négocier. Le premier rendez-vous avec le représentant de l’État avait lieu à 11 heures hier.

Tout s’enchaîne dans l’urgence

Jusqu’à présent, le préfet n’avait pas voulu organiser de table ronde. Cela nous ramène au mois d’octobre dernier. Rappelons qu’à cette époque, un collectif de 25 associations demandait au préfet de baisser les prix du gaz et des carburants. Alors que le prix du baril diminuait, entrainant celui des carburants dans le monde entier, le représentant de l’État à La Réunion décidait d’augmenter les prix le 1er octobre 2008.
D’où les revendications du collectif de 25 associations : baisser tout de suite de 20% les prix des carburants et du gaz, et faire toute la transparence sur la formation des prix.

Chacun se souvient de ce qu’il advint par la suite. Au début du mois de novembre, des transporteurs décident de prendre en otages les 800.000 Réunionnais pour faire avancer une revendication corporatiste : baisser le gazole de 20 centimes rien que pour eux. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les forces de l’ordre présentes sur les barrages dressés par ces transporteurs n’ont pas pour consigne de libérer la circulation, mais d’éviter des affrontements entre les automobilistes indignés et des patrons bloqueurs.
Puis vint la grande diversion : le préfet dit à la Région de payer à la place des pétroliers, et n’agit pas quand des transporteurs viennent bloquer la Région en sortant de la préfecture.

Quatre mois plus tard, tout s’enchaîne.
Au lendemain de deux manifestations qui ont rassemblé plusieurs dizaines de milliers de Réunionnais, le préfet est obligé d’ouvrir des négociations. C’est donc à la préfecture que se sont déroulées hier après-midi les premières rencontres, appelées tables rondes. À 14 heures, il a été question des prix des loyers. À 16 heures, le COSPAR avait rendez-vous avec ses interlocuteurs pour discuter du pouvoir d’achat. À 18 heures, c’est la question des revenus qui était sur la table. Pour chaque table ronde, le COSPAR a discuté avec les acteurs concernés. Ce qui veut dire que dès hier, les organisations patronales, la grande distribution, l’État et les collectivités étaient présents aux négociations. Le préfet doit livrer un document de synthèse sur lequel le COSPAR débattra aujourd’hui à 15 heures.
L’objectif du préfet est d’aboutir à un accord-cadre lundi, pour éviter la grève générale. Car maintenant que le conflit social s’est conclu sur un accord en Guadeloupe, et que la Martinique envisage la sortie de crise, toutes les caméras sont braquées sur La Réunion.

La dette de l’État

Il est clair que c’est le peuple qui a convoqué l’État et son représentant à la table des négociations. Et ce dernier doit maintenant agir dans l’urgence. Voilà où on est arrivé parce qu’en novembre, plutôt que régler les problèmes de fond, certains ont cru bon d’organiser la diversion vers les collectivités locales pour protéger des intérêts privés. Mais les masques tombent, et l’opinion a bien pris conscience des responsabilités de chacun dans ce qui a été le point de départ du mouvement social dans l’Outre-mer.
Ce sont donc des négociations très importantes qui commencent. L’État a avancé ses propositions. Sur la revendication de 200 euros, l’État a indiqué qu’il était prêt à prendre 100 euros à sa charge, comme en Martinique et en Guadeloupe.
Maintenant, après avoir puisé en novembre 2,5 millions d’euros dans les caisses de la Région et des communes pour ménager les profits des compagnies pétrolières, l’État doit être bien conscient que les collectivités n’ont plus de marges de manœuvre. Cette situation est due notamment à la défaillance de l’État dans ses engagements contractés au titre des lois de décentralisation. Ainsi, l’État doit plus de 270 millions d’euros au Conseil général pour le transfert du RMI et de l’APA. Il doit plus de 30 millions d’euros à la Région, notamment parce qu’il ne compense pas intégralement le transfert des routes nationales. Ces impayés grèvent lourdement les finances des collectivités locales et pénalisent l’investissement nécessaire au développement du pays.

Manuel Marchal