Luttes sociales

La Réunion : Pour des mesures alternatives qui renforcent la cohésion sociale

Réunion de travail à la Région

Manuel Marchal / 16 mars 2009

Vendredi, Paul Vergès avait lancé publiquement un appel à la concertation la plus large. Deux jours plus tard, une délégation du COSPAR a rencontré les représentants de la Fédération des entreprises de La Réunion et des collectivités. Quatre commissions de travail sont mises en place afin de proposer une solution alternative à celle du préfet et du MEDEF pour sortir de la crise. Elles doivent rendre leurs conclusions mercredi, à la veille du grand mouvement revendicatif du 19 mars.

Vendredi, le préfet a présenté les réponses de l’État aux 62 revendications du COSPAR. Elles contiennent notamment une augmentation des salaires inférieurs à 1,4 SMIC de 150 euros (100 euros pris sur les crédits destinés aux allocataires potentiels du RSA et 50 financés par les entreprises). Le projet présenté par le préfet et soutenu par le MEDEF a suscité de nombreuses réactions négatives, notamment de la part des représentants des petites entreprises et des Chambres consulaires. Les délégués des TPE-PME indiquent que 95% des entreprises réunionnaises ne pourront pas financer une augmentation de 50 euros, la part patronale du projet d’accord intermédiaire proposé par le préfet. De plus, le COSPAR revendique une augmentation des revenus non seulement des salariés, mais aussi des allocataires des minima sociaux, des étudiants boursiers, des retraités.

Répondre aux attentes de tous

Or, ce que présente le préfet ne prévoit pour les allocataires de minima sociaux qu’une prime de 200 euros. C’est une prime qui est attribuée en France à ceux qui ont droit au RSA. Rien n’est prévu pour les jeunes, ni les retraités.
Quelques heures avant que le préfet ne présente ses réponses au COSPAR, Paul Vergès avait invité l’ensemble des forces vives du pays à se concerter d’urgence pour trouver une solution alternative capable d’apporter une réponse aux attentes de toutes les couches de la population.
La première rencontre de cette concertation s’est déroulée hier après-midi à la Région. Une cinquantaine de personnes ont participé à une réunion de travail. Étaient notamment présents la délégation du COSPAR, celle de la Fédération des entreprises réunionnaises (FER), le président de la Région, Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, Roland Robert, président de l’Association des Maires de La Réunion.
Pour la première fois, la FER et le COSPAR étaient autour d’une même table, chacun a donc pu exposer son point de vue.
Paul Vergès a souligné l’urgence du facteur temps. Si aucune solution alternative n’émerge, alors le préfet et le MEDEF vont signer un accord qui s’imposera aux petites entreprises.

Eviter la division de la société

En vue de déboucher sur une sortie de crise, quatre groupes de travail ont été constitués : minima sociaux, salaires, prix et logement. Ils travailleront aujourd’hui et demain et présenteront des conclusions mercredi. Ces groupes sont ouverts à toutes les bonnes volontés. Cela veut dire que les absents à la rencontre d’hier, MEDEF et Chambres consulaires, sont invités à apporter leur contribution à un projet d’accord global, qui doit permettre de sortir de la crise en renforçant la cohésion de la société réunionnaise. Car la priorité est d’éviter les affrontements et la division de la société réunionnaise.
La réunion d’hier a montré, par sa participation massive, la volonté du COSPAR de continuer à chercher des solutions qui satisfassent l’ensemble de la société réunionnaise et non pas une seule catégorie qui apparaîtrait comme celle qui divise. D’ici mercredi, une réponse réunionnaise est donc possible, et sa principale qualité sera qu’elle sera le fruit d’une concertation entre Réunionnais à partir du constat de la réalité réunionnaise.

M.M.


« Relancer sans perdre de temps un dialogue élargi »

Dans une lettre datée de vendredi, Paul Vergès avait envoyé aux membres du COSPAR une invitation en ces termes :

« Notre île est confrontée depuis longtemps aux défis d’un développement durable et équitable dans un territoire contraint et pour une population qui n’a pas réalisé encore sa transition démographique. Cette situation est aujourd’hui aggravée par la crise économique et sociale mondiale qui frappe d’abord les territoires et les populations les plus fragiles. Les revendications portées actuellement par le Collectif des Organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion y trouvent leur origine et traduisent des difficultés rencontrées par le plus grand nombre de nos compatriotes.
Dans ce contexte, marqué parallèlement par les crises survenues aux Antilles, l’Etat a joué son rôle de médiateur du dialogue social, et a apporté une première contribution susceptible d’apporter des éléments de réponse aux revendications exprimées.
Malgré cet engagement et pour différentes raisons, les questions liées au pouvoir d’achat et aux prix ne parviennent pas à trouver une réponse qui satisfasse à la fois les contraintes économiques réelles, les revalorisations nécessaires des plus bas revenus, la baisse des prix et les exigences de justice sociale.
Face à cette situation de blocage, dont la prolongation risque de provoquer des troubles et des difficultés supplémentaires, il me semble indispensable de relancer sans perdre de temps un dialogue élargi et responsable entre tous les acteurs qui ont manifesté leurs préoccupations. Ce dialogue aurait pour objectif de rechercher les voies d’une solution consensuelle capable d’apporter dans un premier temps les réponses les plus urgentes aux situations les plus fragilisées, puis de construire une position réunionnaise dans le cadre des Etats généraux décidés par le Président de la République.
A cette fin, en souhaitant que cette initiative soit partagée par tous, je souhaite que vous puissiez participer à une première réunion de travail qui pourrait se tenir à l’Hôtel de Région le dimanche 15 mars à 15 heures.
Cette réunion pourrait, si vous en êtes d’accord, permettre de faire le point sur les négociations en cours, d’évaluer les opportunités et les difficultés rencontrées et de déterminer une méthode de concertation. Pour favoriser la recherche de solutions acceptables par tous et répondant aux attentes de la population, il me semble particulièrement souhaitable que les participants acceptent le principe que toutes les positions exprimées jusqu’à maintenant soient susceptibles d’évolution.
En vous remerciant de l’attention que vous porterez à cette initiative pour relancer un dialogue constructif entre tous (…).