Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Le préfet à la Région Réunion
9 octobre 2004

Pendant plus de deux heures, - consenties par le président de la Région Réunion soucieux de laisser s’exprimer la démocratie -, le préfet a tenté de répondre aux différentes interrogations des conseillers régionaux relatives au rapport sur l’activité de l’État en 2003. Il s’est montré à l’écoute et prêt à poursuivre certaines réflexions au sein de groupes de travail.
Comme à l’ouverture de la session plénière du Département, mercredi, le préfet de La Réunion, Dominique Vian, a été accueilli dans l’hémicycle du Conseil régional pour la présentation du rapport d’activités des services de l’État pour l’année 2003 (voir notre édition d’hier). Un premier rapport plutôt bien accueilli, tant il traduit la volonté de transparence du gouvernement, mais qui a néanmoins suscité quelques doutes et interrogations de la part des conseillers régionaux, toutes tendances politiques confondues.
S’agissant des données relatives à l’éducation, la formation et la recherche, retranscrites dans le rapport étatique, Raymond Mollard a souligné que les chiffres avancés dépendaient d’"une configuration conjoncturelle mais pas tendancielle", occultant ainsi la réalité de terrain et l’évolution importante de l’effectif en élèves.
Le préfet estime que cette variation conjoncturelle ne définit pas les moyens ou les effectifs mis en œuvre. Yvon Virapin a souligné les efforts de l’État en direction du système éducatif réunionnais, mais aussi leur insuffisance et leur manque de continuité.
Les moyens dévolus par l’État n’offrent pas, selon lui, les perspectives d’insertion, d’intégration et d’épanouissement attendues, et ne permettent pas de combler le retard de l’académie au vu des réalités socio-économiques réunionnaises.
Il a déploré le manque de "véritable prévision académique", suggérant la mise en place d’un plan pluriannuel de développement de l’enseignement à La Réunion. Il a enfin étoffé ses propos en rappelant que le taux d’encadrement à La Réunion est toujours en-deçà de celui de la moyenne nationale et des autres DOM, que les classes relais sont en nombre insuffisant (40% d’élèves sont en échec scolaire), tout comme les mesures en faveur de la lutte contre l’illettrisme (20% d’illettrés) et le déploiement des nouvelles technologies au sein des établissements (sur 515 écoles, 200 n’ont pas d’ordinateur).
Dominique Vian, ne possédant pas les réponses que le recteur et son projet académique seront plus à même de fournir, a néanmoins réaffirmé sa volonté de "dialogue fructueux", à commencer par le problème des TOS.
Interpellé sur les centres de placement pour les jeunes délinquants, le préfet a rappelé "la responsabilité directe de l’État en matière de sécurité publique", et que dans ce sens, il y aurait "toujours une réponse favorable à la demande de moyens". Dominique Vian a soutenu la mise en place d’une ultime étape éducative avant la prison, rappelant qu’une éducation forte et ferme ne serait pas préjudiciable si elle s’avérait nécessaire.
Maya Césari a fait part de son appréciation s’agissant de la "modestie" du gouvernement qui a su reconnaître les investissements de l’Europe et de la Région Réunion en matière de recherche, espérant, "jeune, naïve et pleine d’espoir", que l’État soutiendra l’impulsion de la Région dans ce domaine.
Les données relatives au chômage et à l’emploi à La Réunion n’ont, elles aussi, pas fait l’unanimité. Les chiffres, offerts par l’INSEE et l’ANPE, qui constatent une baisse de 10.000 chômeurs pour 2003, ne trouvent pas écho auprès des élus pour qui "la réalité est tout autre".
"Nous demandons un bilan plus précis sur la politique de l’emploi, un bilan qualitatif et quantitatif à même de mesurer l’engagement de l’État pour savoir renforcer ou changer de politique", sollicite Alain Armand. Alors que le rapport qualifie l’économie solidaire de "composante indispensable à la vie économique réunionnaise", les élus souhaiteraient en majorité que ce constat soit pris en compte et que l’économie marchande ne monopolise pas toutes les mesures en faveur de l’emploi.
Emmanuel Lemagnen a sollicité une rencontre avec les services de la préfecture pour développer un pôle d’expérience sur le nouveau dispositif de l’économie populaire, "une valeur marchande ajoutée" qui optimise tout le potentiel du tissu associatif.
"Le travail est un droit que l’on ne parvient pas à satisfaire", même si c’est un objectif commun, accorde Dominique Vian. Rappelant les nombreux changements en termes de démographie et de comportements intervenus à La Réunion depuis le siècle dernier et la dernière décennie, le préfet a souligné la modernisation du tissu productif et des administrations.
Il a parlé de stimulation de l’emploi grâce à certains dispositifs d’aide, mais regrette que la période de croissance économique ne se soit pas accompagnée d’un volet emploi en entreprise. Les chiffres proposés sont ce qu’ils sont, l’essentiel étant de maintenir une dynamique de progrès et d’engagement en matière de création d’emplois.
De son côté, le préfet a "pris l’engagement de la transparence", en souhaitant déconcentrer les financements du FEDOM. Le préfet reconnaît qu’il reste de nombreux efforts à fournir pour relever le pari du développement durable à La Réunion, mais au vu de ses compétences de mise en synergie des acteurs réunionnais, il se dit prêt à œuvrer dans ce sens, avec les volontés et réflexions de chacun.
Estéfany
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