Luttes sociales

Large intersyndicale contre la casse sociale à La Réunion

« Nout tout ansanm kont la kas sosial » : manifestations à Saint-Denis et Saint-Pierre le 9 octobre

Manuel Marchal / 6 octobre 2018

Une large intersyndicale CGTR-CFDT-FO-FSU-Solidaires-UNSA-UNEF s’est entendue sur une plate-forme revendicative opposée aux attaques portée par le gouvernement et comportant des points spécifiques à La Réunion, comme une hausse générale des salaires, la revalorisation des minima sociaux et la transparence sur le mécanisme de formation des prix. Sous le mot d’ordre « Nout tout ansanm kont la kas sosial », l’intersyndicale annonce l’organisation de deux manifestations le 9 octobre à Saint-Denis et à Saint-Pierre, afin de donner la possibilité à un maximum de personnes de pouvoir participer à la mobilisation.

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Jacques Bhugon (CGTR), précise le cadre de l’action décidée par une large intersyndicale, qui se traduira par deux manifestations mardi 9 octobre à Saint-Denis et à Saint-Pierre. « Le gouvernement est engagé dans la destruction de notre modèle social et c’est toute La Réunion qui est frappée par des décisions déjà prises et celles annoncées par le gouvernement dans le cadre de son budget 2019 ».
« Or, ces décisions ne tiennent pas compte de la situation hors-norme de La Réunion », poursuit-il. « La suppression des emplois aidés concerne des milliers de travailleurs qui vont rester au chômage, les collectivités et les associations subissent des restrictions budgétaires. La suppression de l’APL accession menace de nombreuses PME réunionnaises. A cela s’ajoute la situation des retraités avec des revenus très faibles à La Réunion. Le gouvernement veut faire des économies sur ceux qui n’ont presque rien pour vivre ».
L’offensive est également menée contre les services publics, cibles de coupes budgétaires et d’un plan de 120.000 suppressions de poste. Le patronat organise « l’union sacrée » pour défendre les intérêts de leurs entreprises, les représentants des travailleurs constituent pour leur part une large intersyndicale, conclut-il en substance.

Étudiants solidaires

Rudrigue Sautron, secrétaire général de l’UNEF, souligne que les étudiants sont aussi la cible de mesures du gouvernement. C’est tout d’abord la fin de la sécurité sociale étudiante. C’est ensuite la mise en place de Parcoursup pour l’orientation dans l’enseignement supérieur. A ce jour, le Rectorat ne donne toujours pas le nombre des étudiants sans solution pour la rentrée universitaire. L’application de l’arrêté licence lors de la prochaine année universitaire supprime le droit au rattrapage lors des examens, et le système de la capitalisation. Il sera donc plus difficile de décrocher un diplôme. La baisse de l’APL est toute aussi dramatique, alors que le logement est la première charge d’un étudiant. « Nous sommes solidaires et concernés à plus long terme », précise Rudrigue Sautron.

Casse des services publics et des retraites

Marie-Hélène Dor (FSU) détaille des attaques n’ont pas cessé dans la fonction publique : gel des salaires, rétablissement de la journée de carence, suppression de postes. « Ce sera donc difficile d’assurer un service public convenable. Les orientations de CAP2022 sont un plan de privatisation des services publics », souligne-t-elle. Elle dénonce également « la réforme de l’enseignement professionnel qui voit la suppression, pour la plupart des diplômes des enseignements généraux : les métiers et donc les emplois seront très déqualifiés pour les classes populaires. Ceux qui auront les moyens d’envoyer leurs enfants dans d’autres filières auront la possibilité d’avoir des carrières et des rémunérations plus valorisantes ».
Les fonctionnaires seront les plus touchés pour les retraites à cause du nivellement vers le bas. Le mode de calcul qui prend aujourd’hui en compte les 6 derniers mois, alors que celui qui sera appliqué calqué sur le privé fait la moyenne des 25 meilleures années. Autrement dit, l’harmonisation consistera à baisser les pensions des futurs retraités de la fonction publique.

Santé menacée

Karl Maillot (CFDT) rappelle que les attaques dans la fonction publique sont une constante depuis 2007. Sous le mandat de Nicolas Sarkozy, la règle d’un recrutement pour deux départs à la retraite a supprimé 150.000 postes. Le gouvernement suivant ne les a pas recréés pas les postes et arrive CAP2022. Il s’agit de toucher les plus vulnérables, comme les retraités. Pourtant à La Réunion, les indicateurs sociaux sont un fort taux d’illettrisme, de chômage… Karl Maillot note une difficulté de faire appliquer les conventions collectives.
Jean-Marc Belda (CFDT) rappelle que les 5 sites du CHU sont touchés par les effets du « plan de retour à l’équilibre ». Le CHU compte déjà 2000 contractuels, et nous allons vers deux catégories de salariés. « Nos familles, la qualité de nos soins sont menacés. Le plan de retour à l’équilibre a de graves répercussions pour la santé à La Réunion ».
La CFDT souligne aussi les 97 postes perdus à la CGSS, alors que les missions sont de plus en plus importantes : tout d’abord assurer le recouvrement du RSI, et ensuite l’intégration des mutuelles dont la SLI, décision faite sur une base d’économie financière

Les pauvres paient à la place des entreprises

Moise Mazeau (Solidaires) note que « le gouvernement supprime des postes dans la fonction publique, les salariés sont touchés par les politiques du gouvernement. En échange le gouvernement laissait entendre que les travailleurs allaient toucher les fruits de ces mesures. C’est faux, car il n’y a pas de contrepartie ». Pour le représentant de Solidaires, la pauvreté est devenue le gros dossier, mais elle risque de s’aggraver car si on touche au pouvoir d’achat des travailleurs, pas de création d’emploi.
Force Ouvrière insiste sur la politique du gouvernement qui offre des milliards aux entreprises sans contrepartie par des crédits d’impôt. Le syndicat constate que plutôt que de mobiliser les services des finances contre l’évasion fiscale qui fait perdre des milliards de recettes à l’État, des emplois sont supprimés ce qui diminue les moyens de luttes contre la fraude fiscale. Ce sont les plus pauvres qui financent le redressement des comptes de la Sécurité sociale, car les exonérations de cotisations payées par les entreprises n’ont pas été compensées par l’État. Ce financement par les pauvres se fait notamment par le biais de la diminution des remboursement sur les médicaments obtenus à la suite d’une prescription médicale.

Menace sur le statut de fonctionnaire

Eric Dijoux (UNSA) s’élève contre la volonté politique d’enrichir les plus riches et de précariser les autres. « Tout ce qui sort n’est jamais favorable à la population. L’éducation nationale, présentée comme priorité, est marquée par des suppressions de poste ».
Pierrick Olivier (CGTR-Finances) rappelle que CAP 2022, ce sont 120.000 suppressions d’emploi et 30 milliards d’économies. Cela se fait au prix d’abandon de missions de service public et de l’externalisation. CAP 2022 c’est aussi une attaque frontale contre les statuts de la fonction publique avec la généralisation du recrutement par contrat. C’est la fin du concours, et de la garantie d’un statut. En conséquence, de moins en moins de personnels avec un statut, comme le montrent les précédents de la Poste.
D’où une inquiétude pour les jeunes qui ont comme perspective la précarité généralisée.

Construire un rapport de forces

Max Banon (CGTR-Sud) salue l’intersyndicale mise en place à La Réunion, qui n’est pas la même qu’en France. Cela souligne une mobilisation face à une situation catastrophique spécifique. La plate-forme intègre des revendications propres à notre île, souligne-t-il.
« Chaque Réunionnais est devant ses responsabilités » : Max Banon appelle la population à entrer dans la danse. L’organisation de deux manifestations vise à favoriser la participation du plus grand nombre. En effet, les parlementaires de La Réunion montrent leurs limites, ce qui amène naturellement à mener des actions. Et Max Banon d’interroger sur les perspectives de l’après 9 octobre, avec l’objectif de « construire un rapport de forces ».
Il insiste également sur l’importance pour les associations s’occupant des retraités de s’impliquer dans le mouvement.

M.M.