Luttes sociales

Large union pour le droit à une retraite décente

Succès de la mobilisation du 5 décembre à La Réunion

Manuel Marchal / 6 décembre 2019

L’appel à la grève générale et à la manifestation a été marquée par le succès des défilés de Saint-Denis et de Saint-Pierre. Des milliers de Réunionnais ont montré leur opposition au projet de régression sociale du gouvernement, qui vise à réduire le montant des pensions afin d’obliger à se tourner vers des fonds de pension qui rêvent depuis des décennies de s’emparer du pactole des cotisations. En France également, le mouvement a été un succès. C’est aujourd’hui que sera prise la décision de la suite à donner au mouvement. La reconduction de la grève générale jusqu’au recul du gouvernement n’est donc pas à exclure.

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8000 personnes de sources syndicales ont marché dans les rues de Saint-Denis pour le droit à une retraite digne pour tous. Rendez-vous était donné devant le Petit Marché à Saint-Denis. Le cortège de l’Intersyndicale était soutenu par plusieurs partis politiques dont le PCR. Une délégation comprenant notamment Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire du PCR aux Affaires internationales, et Maurice Gironcel, a marqué le soutien du Parti communiste réunionnais à ce mouvement.
En effet, pour le PCR, les arguments invoqués, notamment le « déficit », ne sont pas fondés. En effet, si l’État avait tenu son engagement de payer les dizaines de milliards d’exonérations de cotisations sociales, les caisses de retraites seraient au moins à l’équilibre, voire excédentaires.
Compte tenu de la situation actuelle, avec un taux de chômage de près de 30 %, le projet du gouvernement aura d’importantes conséquences négatives. Tous ces chômeurs n’auront pas de retraite et seront condamnés à vie au revenu minimum. Pour le PCR, c’est là que se situe la question essentielle.
D’autres partis ont apporté leur soutien au mouvement, dont le PLR avec la présence de la députée Huguette Bello, et la France insoumise avec le député Jean-Hugues Ratenon.

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Une partie de la délégation du PCR.

« Graves atteintes aux pensions »

Après avoir parcouru la rue du Maréchal Leclerc, puis la rue de Paris, le cortège s’est rassemblé devant la préfecture. Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR, a pris la parole au nom de l’Intersyndicale. Le succès du mouvement, avec des représentants de toutes les professions, fait voler en éclat la communication du gouvernement, qui parle de grève corporatiste pour sauver les régimes spéciaux. C’est « le triste spectacle d’un gouvernement qui n’arrive pas à vendre son projet ».
L’Intersyndicale voit dans ce projet « de graves atteintes aux pensions ». Sur la création d’un régime universel fusionnant tous les régimes actuels, Ivan Hoareau souligne que c’est une attaque contre les conventions collectives, que le gouvernement appelle des régimes spéciaux. « Le régime universel est plombé, c’est l’alignement par le bas ».

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Sur le système par point, Ivan Hoareau rappelle les propos de François Fillon, ancien Premier ministre et responsable en tant que ministre d’une précédente contre-réforme des retraites. François Fillon a déclaré que le régime par point a pour objectif de diminuer le montant des pensions. En effet, il ne tient plus compte des meilleures années d’activité dans le privé, ou des derniers mois de salaire dans le public, mais de toute la carrière, ce qui ne peut que baisser les pensions.
La volonté de fixer à 13,8 % du PIB le budget des retraites alors que le nombre de retraités est en constante augmentation ne manquera pas de réduire la part de chacun.
Concernant le déficit, le porte-parole de l’Intersyndicale rappelle qu’une hausse minime des cotisations couvrira largement le déficit de la Sécurité sociale.

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Décision aujourd’hui

Le régime universel voulu par le gouvernement supprimera le paritarisme, et donc la présence des syndicats, dans la gouvernance du système. « C’est pour qu’il décide lui-même tout seul du montant des pensions, qui deviendront alors une variable d’ajustement budgétaire ».
Tout ceci vise à « pousser à la capitalisation par la défiscalisation ». « Le capital veut mettre la main sur 314 milliards d’euros », souligne-t-il.

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L’Intersyndicale a également dénoncé les nouvelles règles de l’indemnisation chômage qui diminuent encore les droits des travailleurs privés d’emploi. Or, la vie chère est toujours là, la pauvreté ira en s’aggravant, constate le dirigeant syndical.
Ivan Hoareau a également rappelé la volonté des syndicats de combattre les menaces qui pèsent sur la fonction publique.
Sur la suite du mouvement, l’Intersyndicale de La Réunion attend le résultat de la réunion de l’Intersyndicale de France ce 6 décembre au matin. C’est à partir de là que les décisions seront prises, la prolongation de la grève jusqu’au recul du gouvernement n’est donc pas à exclure.

M.M.