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De jeunes enseignants refusent la mutation en France
13 mai, par

Les mutations en France des enseignants réunionnais révèlent les contradictions du système néocolonial. À La Réunion, la sur-rémunération de 53 % crée une classe privilégiée et alimente vie chère, loyers élevés et inégalités. Pendant que des Réunionnais capables d’enseigner quittent le pays, l’échec scolaire et l’illettrisme progressent. Pourquoi ne pas revendiquer le droit de servir La Réunion sans supplément colonial, au nom de la justice sociale ?
Après leur réussite aux concours de recrutement du ministère français de l’Éducation nationale, de nombreux Réunionnais découvrent une réalité bien éloignée des promesses de promotion sociale entretenues par le système néocolonial. Affectés selon les besoins décidés à Paris, ils sont mutés en France, parfois dès leur première nomination. Dans notre pays, avec la sur-rémunération de 53 %, ils auraient rejoint la catégorie privilégiée des « vazahas », cette minorité disposant d’un pouvoir d’achat sans commune mesure avec celui de la majorité de la population. En France, sans le supplément colonial, ils deviennent de simples travailleurs immigrés intégrés à la classe moyenne.
Chaque année, cette mécanique se répète. Des jeunes capables d’enseigner en créole comme en français quittent La Réunion alors que les besoins sont immenses dans nos écoles. Le taux d’illettrisme demeure alarmant, l’échec scolaire frappe durement les enfants des milieux populaires et condamne des milliers de Réunionnais au chômage, aux minima sociaux et à la précarité à vie. Pourtant, au lieu de renforcer le système éducatif réunionnais avec des enseignants issus du pays, Paris organise leur départ.
Le paradoxe est immense. Ces lauréats bénéficient pourtant d’un régime préférentiel pour revenir : un bonus de 1000 points lorsqu’ils demandent une mutation à La Réunion, soit davantage que vingt années d’ancienneté pour un enseignant ordinaire. Cette faveur montre bien que le système reconnaît implicitement l’injustice faite aux Réunionnais. Mais il refuse d’en traiter la cause profonde : le maintien du supplément colonial sous forme de la sur-rémunération dite « prime de vie chère ».
Car cette sur-rémunération ne profite pas au peuple réunionnais. Elle attire notamment des fonctionnaires venus de France, qui obtiennent ici des postes convoités par les Réunionnais eux-mêmes. En traversant simplement la mer, leur salaire augmente de 53 %. Sans effort supplémentaire, ils passent de la classe moyenne à la classe privilégiée, quelle aubaine ! Ce pouvoir d’achat supérieur alimente directement la vie chère. Les prix dans la grande distribution sont fixés en fonction des revenus des plus favorisés, tandis que les pauvres, majoritaires dans le pays, sont contraints de consommer dans des enseignes pensées pour les riches.
Le supplément colonial nourrit également la spéculation immobilière. Dans un contexte de pénurie de logements, les loyers flambent parce qu’une minorité dispose des moyens de payer toujours plus cher. Pendant ce temps, des familles réunionnaises s’entassent dans des conditions indignes ou attendent pendant des années un logement social.
Cette situation pose une question essentielle. Si ces jeunes enseignants veulent réellement servir leur peuple, pourquoi ne revendiquent-ils pas le droit de travailler à La Réunion sans bénéficier de la sur-rémunération ? Une telle exigence mettrait le système dominant face à ses contradictions. Elle montrerait que leur priorité n’est pas l’accès à un privilège hérité de l’ordre colonial, mais la volonté de contribuer au développement de leur pays et à la réussite de la jeunesse réunionnaise.
Une revendication de ce type recevrait immédiatement le soutien de tous ceux qui subissent aujourd’hui les conséquences de la vie chère, du chômage et des inégalités entretenues par ce système. Car l’avenir de La Réunion ne peut pas reposer sur des privilèges coloniaux, mais sur la justice sociale et la priorité donnée aux Réunionnais dans leur propre pays.
M.M.
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