Un séisme social sans précédent - 3 -

Le MEDEF en redemande : la pa asé, met’ encore !

30 janvier 2006

Le Premier ministre a beau annoncer des mesures remettant en cause le droit du travail dans le sens des intérêts des patrons, le MEDEF n’est pas pour autant satisfait. Il en redemande plus. Beaucoup plus même.
C’est ce que "Le Figaro", dans son édition du 18 janvier, appelle "la charge de Laurence Parisot", la "patronne des patrons" lors de l’assemblée générale de l’organisation patronale qui s’est tenue la veille. "Le Monde", lui, parle d’une "charge violente. Passionnée (...) sur un ton de révolte inhabituel de la part d’une chef d’entreprise s’exprimant en public".

Le MEDEF "parti des patrons"

Là, tout y passe.
D’abord, elle reconnaît que la politique de lobbying à l’égard des parlementaires et du gouvernement a porté ses fruits dans le cadre des débats budgétaires pour 2006. Et elle se félicite d’avoir obtenu de certains syndicats des accords "ambitieux" sur l’UNEDIC. En fait, et très clairement, elle pose le MEDEF comme un véritable "parti des patrons" dont l’objectif est de faire la pression à la fois sur le gouvernement et la représentation parlementaire afin que ces derniers mettent en applications ce que le MEDEF décide en matière économique et sociale.
De ce point de vue, 2007 n’est pas un objectif que pour les politiques, il est également un objectif pour le patronat et pour le MEDEF en particulier. Ceux qui s’abritent derrière un "apolitisme" de bon aloi doivent ici en tirer les conséquences, sans pour autant se substituer aux forces politiques elles-mêmes.

Généraliser le CNE

Dans cette perspective, même le Contrat première embauche (CPE), annoncé la veille par le Premier ministre, ne suffit pas au MEDEF. Il en est de même pour le Contrat nouvelle embauche (CNE) du mois de juin pourtant jugé "très prometteur". Elle y voit pour le moins une injustice à vouloir limiter le CNE aux seules entreprises de moins de 20 salariés. Injustice encore que de vouloir traiter séparément les jeunes (avec le CPE) des autres salariés. Tout juste si elle ne s’empare pas du principe d’égalité entre les entreprises pour réclamer la généralisation du Contrat nouvelle embauche, avec une période d’essai de 2 années ! "L’appliquer uniquement à une catégorie selon un critère d’âge, dit-elle, risque de le dévaloriser".

En point de mire, le Code du travail...

Au fond, et le MEDEF ne s’en est pas caché lors de son assemblée générale, il s’agit de remettre en cause le Code du travail lui-même, notamment ses dispositions apportant aux salariés des garanties individuelles et collectives. Un Code du travail jugé "vieillot", complexifié à l’extrême, dont le nombre de pages augmente "d’une par semaine ouvrable" ; oubliant de dire que chaque page nouvelle apportée au Code du travail depuis ces 4 dernières années notamment, le sont pour justement remettre en cause les droits des salariés (l’exemple le plus récent, c’est le travail de nuit des mineurs ou encore ce qui découlera de la mise en place des mesures annoncées par Villepin ; CPE et autres).
Pour être tout à fait clair, c’est d’un Code du travail des plus simplifiés que veut le patronat ; un code qui lui permet d’embaucher comme il veut, de licencier comme il veut. Au principe, pour reprendre l’expression de la "patronne des patrons" selon laquelle, la santé, la vie et même l’amour sont précaires, pourquoi le travail ne le serait-il pas ?

... la durée légale du travail...

Dès lors, après une première phase de diabolisation de 35 heures, et d’attaques incessantes contre cette mesure, il s’agit de prôner un nouvel "assouplissement" allant jusqu’à "mettre en cause le concept de durée légale du travail" pour mettre en place "de nouvelles formes de contrat de travail, plus souples que le CDI, parallèlement au maintien du dispositif actuel des CDD et du travail temporaire" ; dans ce cadre, pour répondre au souhait exprimé par le MEDEF, les branches professionnelles pourraient étendre le domaine des contrats de chantiers, actuellement en vigueur dans le BTP, à des "contrats de projet", à des "contrats de mission" voire tout simplement à des "contrats d’activités".
Autrement dit, les salariés ne seraient plus que des kleenex : on s’en sert, on jette, on reprend un autre que l’on jette et ainsi de suite.

... le SMIC

Dans une telle perspective, même le SMIC devient un obstacle qu’il faut mettre à bas.
Ici même à La Réunion, on a entendu le patronat s’élever contre le SMIC qui, à leurs yeux était un salaire "politique" ; fixé par des politiques, en l’occurrence le gouvernement, qui eux, n’avaient pas à payer de leur poche. On a connu cela lors de la bataille pour l’égalité du SMIC, ici même. Pour le patronat local, ce n’était pas au gouvernement de fixer le SMIC, mais aux patrons eux-mêmes !
La présidente du MEDEF, aujourd’hui, ne dit pas autre chose lorsqu’elle réclame que le SMIC "sorte du champ politique" et qu’il ne soit plus fixé par le gouvernement, mais par une commission d’experts. L’exemple auquel le patronat se réfère pour poser cette revendication est des plus significatifs : comme cela se passe pour le livret A ! Ceux qui ont mis leurs économies sur le livret A de Caisse d’épargne en ont fait l’expérience.


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