Luttes sociales

Le PCR pour un pouvoir réunionnais sur les prix

Pour une nouvelle ambition pour La Réunion

Manuel Marchal / 10 mai 2019

Pour maîtriser les prix, le PCR demande d’agir sur trois leviers : lutte contre la vie chère, revenus et fiscalités. Il propose aux Réunionnais d’élaborer eux-mêmes leurs propositions pour mettre fin aux abus, augmenter les revenus des plus pauvres et aller vers la justice fiscale.

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Yvan Dejean, porte-parole du PCR.

Yvan Dejean pose un constat sur la situation à La Réunion concernant les prix : après les révélations du coût des pièces détachées automobiles atteignant parfois 2 fois le prix de la France, d’autres dérives ont éclaté.
Dans la construction, les matériaux coûtent 39 % de plus à La Réunion en moyenne, avec 250 % de plus pour les enduits. Or, la crise du BTP est accentuée par manque de production logements sociaux à cause financements insuffisants. Le BTP a déjà perdu 10000 emplois.
Le coût des livres est plus cher de 15 % alors que l’île connaît un taux d’illettrisme important, et qu’il faille insister sur la lecture publique. Pour le PCR « ce prix est un frein à la diffusion de la connaissance ».

Coût excessivement cher

Les prix des produits alimentaires sont 37 % plus chers qu’en France d’après une enquête de l’INSEE d’avril 2015. Le 2 mai dernier, un dossier dans la presse pointe du doigt les produits laitiers importés 2 fois plus cher qu’en France, et 118 % d’écart sur un panier de produits laitiers. « C’est de l’abus, les écarts de prix entre la France et La Réunion sont insupportables. C’est un système qui maintient la majorité des Réunionnais dans la pauvreté », souligne le porte-parole du PCR.
Pour le PCR, le coût de la vie est donc excessivement cher alors que de grandes inégalités touchent La Réunion, avec près de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté, chômage record. C’est un constat reconnu depuis de nombreuses années.
De cette situation, diverses expressions populaires ont enflammé La Réunion : 2009, 2012 contre la hausse du prix des carburants, et à la fin de l’année dernière, la cherté de la vie était au cœur des revendications des gilets jaunes : fait-on ce qu’il faut pour maîtriser les prix à La Réunion.
Le PCR n’ignore pas qu’il existe la loi dite de régulation économique qui a créé le bouclier qualité-prix (BQP), une commission existe au sein de l’OPR, une commission d’enquête à l’Assemblée nationale travaille sur la grande distribution, et que d’ici peu de temps un avis doit être rendu par l’Autorité de la concurrence sur les prix de produits de grande consommation outre-mer.
« Tous ces outils et études ont le mérite d’exister et rediront dans un langage policé ce que nous savons déjà : prix pratiqués exagérés », estime Yvan Dejean. D’où le risque d’un nouvel embrasement.

« Pouvoir réglementaire local »

Pour maîtriser les prix, le PCR estime qu’il faut agir simultanément dans 3 directions : coût de la vie, revenus et fiscalité.
Sur le coût de la vie, le PCR demande la transparence sur les prix affichés en complétant le prix de vente par le prix de revient du produit, soit un double étiquetage pour une traçabilité du prix de l’usine à la gondole car un consommateur a le droit de savoir combien coûte un bien de sa fabrication à l’achat.
Le PCR souhaite également qu’il y ait le courage politique de mettre en place une structure d’autorité maîtrisant toutes les données de la formation des prix : qui gagne quoi ? Que cette structure, qui pourrait être l’OPMR, devra être dotée de compétences pour dicter des règles opposables pour lutter contre les monopoles ou les situations dominantes. Il faut un pouvoir réglementaire local dédié avec des moyens humains », souligne Yvan Dejean.

Échanger avec nos voisins

« Nous y gagnerons tous à augmenter les échanges commerciaux avec les pays voisins pour diminuer le coût d’acheminement et baisser l’empreinte carbone », poursuit-il, rappelant le déficit de la balance commerciale de La Réunion : plus de 5 milliards en 2018.
« Tandis que le chômage frappe durement notre population, nous achetons le travail des autres et les transferts publics sont transformés en profit de monopoles qui ont leur siège à Paris. C’est la définition d’un système néo-colonial », rappelle Yvan Dejean, « malgré la départementalisation, La Réunion reste une économie de comptoir. 58 % des importations viennent de France, 18 % de l’Asie, 15 % reste UE et 1 % de notre région. N’y gagnerait-on pas à produire ici et à acheter à moins de 2000 km au lieu d’acheter à 10000 km : privilégier les relations avec la région, dans un esprit gagnant-gagnant ».

Prime de vie chère pour tous

Sur les revenus, le PCR propose une prime de vie chère pour tous. Il existait la prime COSPAR d’un montant pouvant aller jusqu’à 150 euros par mois supprimée sous le quinquennat Hollande. Avec cette prime, les salariés avaient un gain de pouvoir d’achat. Cette mesure arrachée de haute lutte a permis de soulager les travailleurs payés moins de 1,4 SMIC. Cette prime de 150 euros minimum est à rétablir, ce qui serait un signal positif. Le PCR propose aussi l’augmentation des petites retraites et des minima sociaux, des allocations des personnes privées d’emploi par cette prime de vie chère payée par l’État.
L’État est également interpellé pour la titularisation des agents en poste dans la fonction publique, pour lutter contre la précarité et offrir une garantie d’emploi avec un revenu décent. Le PCR rappelle aussi son soutien à la grève d’hier, « car pour nous le service public n’est pas une marchandise ».

Autonomie fiscale de La Réunion

La fiscalité est le troisième levier car les taxes pèsent lourdement dans la formation des prix. L’octroi de mer fait débat. Si on le supprime, par quoi sera-t-il remplacé ? TVA ? « Comment compenser la perte financière des collectivités et comment protéger nos productions car l’octroi de mer est une barrière tarifaire ? », dit en substance Yvan Dejean. Or, les APE se profilent et avec eux la menace sur l’octroi de mer, obstacle à la concurrence dite libre et non faussée.
Pour le PCR, toute la fiscalité est à revoir avec comme principe : la justice fiscale pour tous. Le Parti communiste réunionnais demande de négocier avec l’État l’autonomie fiscale de La Réunion, à construire dans la concertation. La conférence territoriale élargie semble être l’espace de dialogue pour ouvrir ce chantier.
Le PCR rappelle que l’histoire montre que rien ne se réglera de Paris, les solutions ne peuvent venir que de Réunionnais eux-mêmes. « C’est dans ce sens que nous proposons aux uns et aux autres au-delà des clivages de co-construire un projet réunionnais qui sauvegarde les acquis historiques de l’intégration dans la France et l’Europe, et projette La Réunion dans un avenir dans son espace géographique : la double insertion ».
D’où la nécessité d’un pouvoir matérialisé par une assemblée délibérante avec de larges compétences pour sortir la population de l’impasse. « Il nous faut une nouvelle ambition pour La Réunion », conclut Yvan Dejean.

M.M.