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La préférence régionale
31 août 2004

Dans le cadre d’un dossier consacré la semaine dernière à la “préférence régionale”, le “Journal de l’Île” a posé trois questions sur ce sujet à Huguette Bello. Celle-ci a fait parvenir à “Témoignages” le texte intégral de ses réponses. On lira ce document ci-après.
1. Est-ce que vous êtes d’accord avec ce principe ?
- Disons plutôt que je m’inscris, avec l’UFR dont je suis l’une des dirigeantes, au nombre des pionniers de cette revendication. Nous en avons fait l’un de nos mots d’ordre. Il y a six ans, le 11 août 1998 précisément, nous avons rendu publique notre position sur le sujet. C’était dans un manifeste pour l’emploi. Et nous faisions observer alors que le mouvement d’exclusion du marché de l’emploi des jeunes Réunionnais, parce qu’il sont Réunionnais, s’accélérait.
Nous constations aussi, parce que c’était déjà flagrant et depuis longtemps, que l’on créait de l’emploi dans notre pays à un rythme soutenu, ce qui est toujours le cas, mais que, notamment au niveau des postes d’encadrement, ces emplois étaient attribués par priorité à des personnes venant de l’extérieur, ce qui n’a pas cessé.
Que l’on se taise ou qu’on se résigne devant l’état de fait, on sait qu’il existe depuis toujours une préférence devant l’emploi, c’est la préférence métropolitaine. L’affaire de France Télécom n’a fait que jeter une lumière crue sur un exemple suivi quelque jours après d’un cas identique, cette fois à la Compagnie thermique de Bois-Rouge.
En passant à pieds joints sur des règles de droit et des règlements internes, on va faire une offre d’emploi de cadre à une personne de l’extérieur qui est de sa famille, de ses amis ou connaissances, laquelle n’est pas nécessairement en mesure de produire à preuve les compétences requises. C’est une pratique courante. Ce qui confirme, s’il en était besoin que, même à compétence supérieure, les Réunionnais se retrouvent en position défavorable et qu’il n’y a pas pour eux d’égalité qui tienne devant l’emploi
En fait, à y regarder de près, il existe dans l’île deux marchés de l’emploi. Un qui est public et sur lequel les chômeurs, pour avoir une petite chance d’y accéder, doivent passer par l’ANPE, et c’est le passage obligé pour des dizaines de milliers des nôtres, dont près de 20.000 aujourd’hui sont dotés de diplômes d’études supérieures.
Et puis, il y a à côté un marché pour ainsi dire occulte réservé à des Métropolitains et sur lequel le recrutement se fait par cooptation. Et alors, aussi bien dans les administrations que dans les services publics ou le secteur privé, même à compétence moindre, l’on a, si l’on est originaire de la France hexagonale, bien plus de chances d’enlever le morceau.
Pas ici question d’idéologie et encore moins de discrimination vis-à-vis des gens venant de l’Hexagone. C’est un constat à dresser en vue de répondre à une exigence de justice pour une société sinistrée.
2. Quelle est votre définition de la préférence régionale ?
- Tout emploi créé à La Réunion doit être attribué à une Réunionnaise ou un Réunionnais sans qu’il soit besoin d’aller chercher ailleurs quelqu’un d’autre à mettre en concurrence avec elle ou lui, voilà et c’est tout. Car le plus souvent ces personnes qui se voient sollicitées pour cooptation ne sont même pas elles-mêmes spontanément demandeurs.
Il y a deux ou trois ans, le directeur régional de l’ANPE, qui était alors en poste, ne cessait de le souligner : à quelques exceptions près, il y a maintenant à La Réunion toutes les qualifications et compétences qu’il faut pour répondre aux offres d’emploi proposées par les entreprises. Pourtant, on n’en finit pas de susciter des candidatures externes avec, au bout pour notre économie, des coûts en primes, frais de voyage et d’installation souvent faramineux.
3. Comment l’appliquer dans la fonction publique ou ailleurs ?
- Pour ce qui est "d’ailleurs", je crois que vous avez déjà ma réponse. Concernant cette fois l’administration publique, il y a au moins une attitude à revoir, celle de l’État français qui sait, quand il le faut, adapter sa position, en dépit des principes généraux qu’il brandit.
Aux Réunionnais qui protestent contre la situation d’infériorité devant l’emploi où on les accule, on oppose à chaque fois le principe républicain de l’égalité, lequel en fin de compte s’assimile pour eux au devoir de se taire et de se résigner à subir indéfiniment un taux de chômage oscillant entre les 30 et 40% de leur population active.
Des démocraties - et non des moindres - ont su adapter leur législation afin de corriger des situations d’extrême injustice comparables à la nôtre. Les États-Unis pour commencer avec l’ “Affirmative Action” donnant la priorité devant l’emploi à ses minorités ethniques défavorisées ; la République Sud-Africaine avec le “black empowerment”. Et puis, tenez, c’est ce qui se passe aussi si je ne me trompe en Nouvelle-Calédonie, où la préférence sur marché du travail local est donnée aux Canaques. C’est dire qu’il suffit que la France veuille.
Et d’ailleurs, qui donc, le 7 septembre 1999, de passage à Saint-Pierre et Miquelon a envisagé une forme de préférence régionale en faveur des Saint-Pierrais sinon le Président Chirac ? Il y a en tout cas quelqu’un dans les coulisses du pouvoir qui s’est prononcé ouvertement pour le principe de la discrimination positive à l’américaine. C’est M. Nicolas Sarkozy lequel, en dépit de la remontrance qu’il s’est attirée à l’occasion, n’est jamais revenu sur sa position.
Huguette Bello
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