Luttes sociales

Le syndicalisme moteur de changements politiques à La Réunion

50e anniversaire de la CGTR : évocation historique

Manuel Marchal / 11 juin 2018

Ancien secrétaire général de la CGTR, Georges-Marie Lépinay a présenté samedi un exposé sur les circonstances qui ont amené la création de ce syndicat.

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Georges-Marie Lépinay.

Georges-Marie Lépinay rappelle que c’est à la Plaine des Palmistes, le 3 juin 1968, que le 7e congrès de l’Union départementale des syndicats CGT s’est transformé en congrès constitutif de la CGTR. Le choix de ce lieu découlait de la répression qui sévissait à l’époque contre les organisations progressistes et leurs militants. Le Syndicat national des instituteurs (SNI) avait alors mis à la disposition des cégétistes un camp de vacances situé dans cette commune des hauts de l’Est.

Georges-Marie Lépinay souligne que le 19e siècle a marqué un changement d’époque, avec la construction du port et du chemin de fer. L’industrialisation de La Réunion a fait naître un prolétariat qui a pris conscience d’une communauté d’intérêts et de sa force. Le syndicat du port et des chemins de fer fut alors créé. Avec le syndicat des haleurs de pioche, ils formèrent en 1936 la Fédération réunionnaise du Travail (FRT) qui eut pour secrétaire général Léon de Lépervanche. Ce syndicat porta la bataille sur le terrain politique et obtint 6 élus au Conseil général lors des élections du 17 octobre 1937. L’année 1936 vit également la création de la section réunionnaise du SNI.

Du côté du service public, le syndicalisme se développait également. Le syndicat des fonctionnaires naquit en 1938, il avait pour dirigeant le Docteur Raymond Vergès. En 1938, ces syndicats se regroupèrent dans l’Union départementale CGT, dirigée par Raymond Vergès.

« Réunion département français »

Ce milieu des années 30 vit également émerger le mot d’ordre « Réunion département français » au côtés de « La paix, le pain, la liberté » lors du défilé du 11 novembre 1936 à Saint-Denis. L’UD CGT se dota aussi d’un journal, « Libération ».

Au lendemain de la guerre, les dirigeants de l’UD CGT s’engagèrent politiquement. Ils furent à l’origine du Comité républicain d’action démocratique et sociale (CRADS) qui était ouvert aux syndicalistes et aux personnes qui voulaient que La Réunion sorte du statut de colonie. Le CRADS remporta d’abord la majorité des mairies dont les plus importantes communes lors des municipales de 1945, puis les deux sièges de députés avec Raymond Vergès et Léon de Lépervanche. Ils remplirent la mission qui leur était confiée avec la promulgation de la loi abolissant le statut colonial de La Réunion, le 19 mars 1946.

Ces années virent également un défilé de 20000 travailleurs le 20 décembre 1948 pour commémorer le centième anniversaire de l’abolition de l’esclavage. C’était dans les rues de Saint-Denis, et malgré l’interdiction de manifester décrétée par le maire de l’époque.

L’UD CGT s’impliqua dans la grève d’octobre 1950 déclenchée par les cheminots contre la suppression du train, ainsi que dans la grève des fonctionnaires du 15 mai au 17 juillet 1953 pour obtenir l’extension du supplément colonial. Cette grève était soutenue par les députés progressistes, rappelle Georges-Marie Lépinay, et c’est de là que découle le traitement des fonctionnaires titulaires à La Réunion.

Résistance à la répression

Dans les années 1950-1960, l’action syndicale était très difficile, elle se heurtait à l’opposition du patronat, de l’administration et de l’Église. L’Ordonnance du 15 octobre 1960, dite « Ordonnance Débré » décapite l’UD CGT. La crainte de la répression fait baisser l’influence du syndicat dans la fonction publique. Ces décennies virent également la transformation de la structure économique de La Réunion avec la ruine de milliers de cultivateurs et le développement de l’industrie du BTP. Notre île comptait alors 15000 salariés dans le BTP, autant qu’aujourd’hui. Ce sont ces travailleurs du Bâtiment qui furent les créateurs de la CGTR en 1968. A peine né, le syndicat dut faire face à la répression, avec la prise d’assaut par les CRS de son siège, à la Cour Basile.

Georges-Marie Lépinay revint également sur la bataille pour installer la Sécurité sociale à La Réunion. Il se souvient de l’engagement d’Isnelle Amelin, fondatrice de l’UFR et également secrétaire du Syndicat des banques. C’était alors des journées de porte à porte pour convaincre d’adhérer à la CGSS.

M.M.