Luttes sociales

Les 1% les plus riches ont empoché 82% des richesses en 2018

Témoignages.re / 21 janvier 2019

Des richesses engendrées en 2018, 82% ont profité aux 1% les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu.

Ces chiffres viennent du nouveau rapport d’Oxfam, « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent », publié à la veille du Forum économique mondial qui rassemble le monde politique et des affaires à Davos, en Suisse du 22 au 25 janvier.

Un système économique déséquilibré

Le rapport montre comment le système économique mondial permet à une minorité fortunée d’accumuler d’immenses richesses, alors que l’immense majorité des travailleurs ne touche pas "sa juste part qui lui permette d’accéder à un niveau de vie décent".

Entre mars 2016 et mars 2017, le nombre de milliardaires a connu l’an dernier sa plus forte hausse de l’histoire, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours. En 12 mois, la richesse des milliardaires ont augmenté de 762 milliards de dollars (670,6 mds €). Cela représente plus de sept fois le montant nécessaire par an pour sortir de l’extrême pauvreté les personnes qui y sont plongées.

De plus, le patrimoine des milliardaires a augmenté en moyenne de 13% par an, depuis 2010, soit six fois plus vite que la rémunération des travailleuses et travailleurs, qui ne progresse que de 2% par an en moyenne.

Enfin, d’après Oxfam, quatre jours suffisent au PDG de l’une des cinq premières marques mondiales du secteur du textile pour gagner ce qu’une ouvrière de la confection bangladaise gagnera au cours de sa vie.

Les inégalités sont hors de contrôle

"Porter les salaires des 2,5 millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an", notent les rapporteurs. Ces derniers précisent que cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs du secteur du textile en 2016.

Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam a expliqué que « ces chiffres vertigineux démontrent que le boom des milliardaires n’est pas le signe d’une économie florissante, mais d’abord le symptôme d’un système économique défaillant qui enferme les plus vulnérables dans la pauvreté et porte aussi atteinte à la prospérité économique de toutes et tous, comme le reconnaissent de plus en plus d’institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’OCDE ».

D’autant plus que "les inégalités sont un choix politique. Les gouvernements ont aidé à créer la crise des inégalités. Ils peuvent y mettre fin", selon Winnie Byanyima, ­directrice générale d’Oxfam International au quotidien Libération.

D’après cette dernière, "la plupart des ­leaders politiques parlent de réduire les ­inégalités mais ne font pas grand-chose pour y parvenir. Pire, ils abaissent la taxation des richesses et du capital et taillent dans les investissements dans les besoins primaires".

La France se distingue

En France, en 2018, les 10% les plus riches détenaient plus de la moitié des richesses nationales quand les 50% les plus pauvres se sont partagés seulement 5% du gâteau.

"Au sommet de la pyramide la richesse des milliardaires français a été multipliée par trois en 10 ans et seuls 32 milliardaires français possèdent désormais autant que les 40 % les plus pauvres de la population française", note le communiqué de presse d’Oxfam.

La France est ainsi championne d’Europe de la rémunération de ses actionnaires : 44 milliards d’euros de dividendes ont été reversés en 2017 par les entreprises du CAC 40 à leurs actionnaires. C’est trois fois plus qu’il y a 15 ans.

A contrario, le salaire moyen n’a augmenté que de 14% en France au cours de la même période. Les écarts sont ainsi particulièrement significatifs au sein même des entreprises françaises et dans leur chaîne de production : "le PDG de Sanofi gagne par exemple en moins d’une journée le salaire annuel moyen d’un français".

La suppression de l’ISF d’Emmanuel Macron responsable

Pour Manon Aubry, « des scandales d’évasion fiscale tels que les Paradise Papers, les écarts de rémunérations au sein de grandes entreprises ou la réforme fiscale d’Emmanuel Macron, montrent que les responsables économiques et politiques ne sont pour l’instant pas décidé.e.s à s’attaquer sérieusement à cette injustice ».

« Face à l’indignation que suscitent les inégalités, les entreprises et les responsables politiques se trouvent maintenant à un carrefour : laisser perdurer ce système biaisé ou prendre le problème à bras le corps car les inégalités ne sont pas une fatalité mais le fruit de choix politiques et économiques. Des solutions existent pour les combattre ! », a-t-elle souligné.

Raisons pour lesquelles, l’ONG Oxfam appelle le gouvernement français à prendre les mesures fortes pour que cesse la spirale infernale des inégalités. "Les décideurs politiques doivent pour cela réguler les multinationales afin que les richesses soient mieux partagées, et défendre les droits des personnes pauvres, notamment les femmes, victimes des inégalités".