Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Une étude de l’O.D.R.
21 avril 2004

Le dernier numéro (mars 2004) de “Flash Infos”, le bulletin du Comité de pilotage de l’industrie (C.P.I.), signale que l’en dernier, « 3.614 entreprises ont été créées à La Réunion, soit 15,9% de plus qu’en 2002 ». Et d’ajouter : « Les créations pures d’entreprises, hors secteur primaire, progressent de manière soutenue ». Or l’augmentation du nombre des créations d’emplois n’est pas proportionnelle à celle des créations d’entreprises. Pourquoi ?
L’Observatoire du développement de La Réunion (ODR) s’est penché sur la question. On trouvera des éléments de réponse dans le numéro 69 de la revue “Études et Synthèses” que vient de publier l’ODR sous la signature de Caroline Biedinger. Dans les textes ci-après, l’ODR présente un résumé de cette enquête, une présentation de l’étude et sa conclusion.
L’Observatoire du développement de La Réunion (ODR) propose de donner la parole aux chefs d’entreprise afin de connaître la nature de leurs difficultés de recrutement, les réponses qu’ils apportent pour résoudre ces difficultés ainsi que les leviers d’action qu’ils préconisent.
Trois grandes catégories de difficultés ont été identifiées, suivant qu’elles sont liées à l’environnement économique, aux candidats ou aux entreprises.
Les difficultés liées à l’environnement économique perçues par les chefs d’entreprise sont l’étroitesse du marché réunionnais de l’emploi et son éloignement des autres régions françaises, et le manque de valorisation de l’initiative privée.
Pour y remédier, certaines des entreprises rencontrées mettent en œuvre et préconisent divers leviers d’action tels que intensification des recherches et la mobilisation de nouveaux canaux de recrutement, la diminution du coût des distances, ainsi que la valorisation de l’initiative privée et de la valeur travail.
Les entreprises font également part de difficultés liées aux candidats : manque de qualification et d’expérience des candidats, manque de motivation et fort degré d’exigence.
Pour pallier le manque de compétence locales, certaines entreprises élargissent leurs recherches hors de La Réunion, se réorganisent en interne ou ont recours aux formations en interne ; d’autres préconisent également une plus grande promotion de la mobilité ainsi qu’une meilleure adaptation des formations aux attentes des entreprises.
Enfin, certaines souhaitent que les formations transmettent davantage le goût du métier, la notion de carrière et une image plus réelle du marché du travail aux élèves et étudiants, afin de pallier leur manque de motivation et leur fort degré d’exigence.
Certaines difficultés de recrutement peuvent être liées au secteur d’activité des entreprises et à leur mode de recrutement. Les principales difficultés observées de cette nature sont un déficit d’image de certains secteurs, une gestion des recrutements parfois difficile et des critères de sélection trop sévères.
Pour contourner ce genre de difficultés, une partie des entreprises préconise une revalorisation de certain secteurs, notamment auprès des jeunes en les informant et en les orientant vers certains métiers. D’autres expriment le souhait d’un accompagnement dans leur recrutement, et déclarent revoir leurs exigences à la baisse ou revaloriser les salaires proposés.
Le paradoxe réunionnais
Au plan national, des tensions sur le marché du travail se sont manifestées ces dernières années dans un contexte de forte croissance de l’emploi et de nette baisse de chômage. Depuis 2001, le ralentissement économique enregistré a tendance, en réduisant l’offre d’emploi, à atténuer mécaniquement les difficultés de recrutement.
Pour autant, "c’est parce qu’il existe encore des situations de chômage persistant pour certaines populations et, inversement, des difficultés à embaucher dans certains secteurs d’activité qu’il ne faut pas refermer trop rapidement ce dossier". (1)
Pour sa part, La Réunion est confrontée de manière récurrente au paradoxe d’un taux de chômage élevé et de difficultés de recrutement dans certains secteurs.
Les difficultés d’embauche constituent un problème difficile à mesurer d’une part, et à résoudre ou à contourner d’autre part : "Les difficultés de recrutement recouvrent, au-delà des pénuries de main d’œuvre constatées dans certains métiers, des réalités complexes aux ramifications multiples. (...) Elle appellent des solutions adaptées aux spécificités des métiers et des bassins d’emploi en cause et des actions concertées de l’ensemble des acteurs économiques". (2)
Au-delà de l’analyse d’indicateurs conjoncturels tels que les offres et demandes d’emploi, l’objectif de cette étude de l’O.D.R. est de donner la parole aux chefs d’entreprise, pour éclairer autrement la question. À travers leurs expériences de recrutement, les entreprises et organismes rencontrés ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent, des réponses qu’ils mettent en œuvre pour les contourner et de leurs préconisations pour l’avenir.
Dans une première partie, après avoir présenté quelques éléments de contexte général et local pour mieux appréhender le sujet, l’étude s’intéresse aux difficultés d’embauche telles que se les représentent les entreprises, en distinguant trois grandes catégories de difficultés : les difficultés liées à l’environnement économique, celles liées aux candidats et, enfin, celles liées aux entreprises elles-mêmes.
La seconde partie est, quant à elle, plus spécifiquement consacrée aux solutions apportées par les chefs d’entreprise pour pallier ces difficultés, et aux leviers d’action qu’ils préconisent pour les réduire.
(1) C. Afriat, "Les difficultés de recrutement", Regards sur l’actualité n°280, avril 2002.
(2) J.-P. Verès, "Les difficultés de recrutement : quelles réalités ? Quels remèdes." Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris, décembre 2000.
Les solutions des entreprises à leurs difficultés de recrutement
À La Réunion, où le taux de chômage est élevé, les difficultés de recrutement demeurent bel et bien présentes et proviennent d’origines diverses. Au travers des difficultés de recrutement telles qu’elles sont ressenties par les chefs d’entreprise réunionnais, trois grandes catégories de difficultés d’embauche ont été identifiées par l’ODR, selon qu’elles sont liées à l’environnement économique et au marché de l’emploi réunionnais, aux comportements et caractéristiques des candidats, ou au secteur d’activité et au mode de recrutement des entreprises.
Face à ces difficultés, les réponses apportées sont également diverses et variées. Selon les moyens qu’elles peuvent accorder au recrutement, les entreprises adoptent les solutions qui leur semblent les plus appropriées.
Face aux difficultés liées à l’environnement économique, les entreprises intensifient leurs recherches, mobilisent de nouveaux canaux de recrutement ou préconisent une revalorisation de l’initiative privée et la réhabilitation de la valeur “travail”.
Pour contourner les difficultés liées aux candidats et notamment pallier le manque de compétences locales, soit les entreprises élargissent leur recherches hors de La Réunion, soit elles optent pour la réorganisation ou les formations en interne. Les préconisations à ce sujet sont une plus grande promotion de la mobilité et une meilleure adaptation des formations aux besoins des entreprises.
Pour pallier le manque de motivation et les exigences des candidats, les entreprises proposent des leviers d’actions liés aux formations, comme transmettre le goût d’un métier, développer la notion de carrière, ou transmettre une image plus réelle du marché du travail.
Pour ce qui est des difficultés liées aux entreprises, deux préconisations ont été formulées : revaloriser certains secteurs d’activité, et accompagner les entreprises dans leur recrutement. Enfin, certaines revoient leurs pratiques d’embauche, et redéfinissent leurs exigences à la baisse ou revalorisent les salaires proposés.
Cependant, au-delà de ces explications conjoncturelles apportées par les entreprises, il ne faut pas oublier que des facteurs structurels peuvent avoir une grande incidence sur les difficultés de recrutement. "Le mouvement conjoncturel peut masquer des transformations structurelles beaucoup plus profondes qui vont peser sur le renouvellement de la population active, quel que soit le rythme de croissance économique à court terme. En effet, les évolutions démographiques laissent présager de fortes tensions de main-d’œuvre qui affectent différemment les familles de métier. D’après les projections de la DARES, (...) pour certains domaines professionnels, il semble que les besoins annuels d’emploi seront entre 50 et 100% supérieurs à ce qu’ils étaient pendant la décennie précédente". (1)
(1) C. Afriat et C. Seibel, "Chômage et difficultés de recrutement en France", Futuribles n° 272, février 2002.
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