Bilan de la lutte contre l’illettrisme

Les premiers effets d’une « politique volontariste »

17 juin 2009, par Edith Poulbassia

Près de 111.000 personnes ne savent pas lire, écrire, compter à La Réunion. La Région, l’Etat, le Département, l’Académie, la CAF et la Poste tentent de mener des actions en partenariat pour prévenir et lutter contre l’illettrisme. Un premier bilan a eu lieu hier à la Région.

En 2007, la Région, l’Etat, le Département, le Rectorat, la CAF s’engageaient dans un partenariat pour lutter contre l’illettrisme, conjuguer les efforts et mutualiser les moyens financiers. En 2008, la Poste est venue apporter son soutien grâce à des actions en faveur du public.
La charte de partenariat pour la prévention et la lutte contre l’illettrisme concerne la période 2007-2013. Hier, le comité de pilotage a fourni un premier bilan des actions.
Pour Christine Soupramanien, vice-présidente régionale déléguée à la lutte contre l’illettrisme, « une politique volontariste a été initié en 2007 », politique qui montre ses premiers effets dans le nombre de personnes suivant une formation pour apprendre à lire, écrire, compter, raisonner.

Jeunes, demandeurs d’emploi, minima sociaux

L’année dernière, les 28 APLI (Ateliers Permanents de Lutte contre l’Illettrisme), répartis dans toute l’île, ont reçu 1400 stagiaires. Ils étaient 1000 en 2006. Principalement, des demandeurs d’emploi, des bénéficiaires de minima sociaux (66%), des jeunes inscrits en Mission Locale (34%), pour des formations de 400 heures en moyenne. Plus de 1200 personnes ont suivi la totalité de la formation. Un dispositif qui a coûté 3 millions d’euros.
Par ailleurs, 400 stagiaires se sont présenté volontairement en 2008 au Certificat de Formation Générale (CFG), diplôme de l’éducation nationale qui valide les acquis dans le domaine des connaissances générales. Taux de réussite, 73%. En 2007, seulement 63 stagiaires s’étaient présenté au CFG.
La difficulté pour les acteurs de la lutte contre l’illettrisme reste le dépistage du public. L’ANPE, l’ADI, les Missions Locales sont en premières lignes. Mais depuis février, 10 adultes relais ont été recrutés pour une action de proximité dans les quartiers. Un dispositif en expérimentation, souligne Michel Thieul, secrétaire général de la préfecture.

La Poste aide au dépistage

De son côté, La Poste apporte depuis 6 mois un soutien précieux au dépistage. Ses bureaux reçoivent 25.000 personnes par jour et parmi elles, des illettrés. Quant aux facteurs, il n’est pas rare qu’ils lisent le courrier aux clients pendant leur tournée. « Nous avons effectué une étude sur 60 facteurs. Un guichetier passe en moyenne une heure et demie à traiter les difficultés de lecture. Un facteur une heure par semaine », affirme Thierry Crop, directeur de la Poste. Une dizaine de facteurs suivent actuellement une formation pour mieux faire face à l’illettrisme.

La prévention est essentielle

Toutes ces actions concernent un public déjà sorti du système scolaire. Pour éviter que le chiffre de 111.000 illettrés se gonfle, la prévention est un axe essentiel de la politique menée par les partenaires. En première ligne, l’Education Nationale, le recteur de l’Académie Mostafa Fourar, a rappelé tout le dispositif en faveur des élèves en difficultés : 2317 élèves ont suivi les actions des Réseaux de Réussite Scolaire, surtout des élèves de primaires ; 497 élèves et 235 parents ont suivi les actions des Equipes de Réussite Educative. Des actions soutenues par la CAF, la DRASS, le Département et les Communes.
En plus, la CAF a financé depuis 2007, 90 actions dans le cadre de contrats locaux d’accompagnement à la scolarité avec les associations et des réseaux d’écoute et d’appui à la parentalité.
Le Département, en charge de la petite enfance, favorise l’accès aux livres via les bibliothèques mobiles dans les écarts. Alain Zanéguy, vice-président du Département, souligne que sur 13.000 enfants ayant bénéficié d’un dépistage sensoriel dans les PMI l’année dernière, 30% souffrent de problèmes auditifs, visuels ou langagiers. Une donnée à prendre en compte dans les difficultés d’apprentissage.
La charte de prévention et de lutte contre l’illettrisme prévoit un budget de 30 millions d’euros pour la période 2007-2013.

Edith Poulbassia


L’expérience de l’APLI

Deux stagiaires de l’APLI (Atelier Permanent de Lutte contre l’Illettrisme) ont témoigné hier : un travailleur qui s’est retrouvé au chômage après vingt ans de carrière a pu obtenir le Certificat de Formation Générale, reprendre confiance en lui, et ainsi envisage une réinsertion professionnelle. Une mère de famille confie qu’elle se sent plus indépendante depuis la formation. « J’ai fait des progrès en français et j’ai la volonté de créer mon entreprise. Je n’ai plus besoin de mon mari pour les papiers administratifs, pour rechercher du travail, m’occuper de la scolarité des enfants ».


Un adulte sur cinq illettré

Soit 111.000 personnes de 16 à 65 ans selon la dernière étude de l’INSEE (octobre 2008) sont illettrées. Le taux d’illettrisme à La Réunion est le double de la métropole (9%). Elles éprouvent des difficultés à écrire une liste de courses, lire et comprendre la jaquette d’un CD de musique par exemple. Par ailleurs, 34.000 personnes éprouvent des difficultés partielles, mais ne souffrent pas d’illettrisme, situation des personnes qui ont été scolarisées à l’école française, qui en sont sortis et qui ne maîtrisent la lecture, l’écriture, le calcul.
Presque la moitié des illettrés ont fréquenté l’école pendant une durée inférieure à 10 voire 5 ans. 7000 personnes, analphabètes, n’ont jamais été scolarisées. 4000 ont suivi une scolarisation à l’étranger.

EP

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