Luttes sociales

Les Prud’hommes annulent les licenciements des grévistes

Sept semaines de grève à Rieffel

Manuel Marchal / 22 octobre 2007

Trois jours après le jugement du Tribunal de Grande Instance, les travailleurs ont remporté une nouvelle victoire sur le terrain juridique. Cela ne peut que renforcer leur motivation à faire aboutir une cause juste : lutter pour une plus juste répartition des richesses créées dans l’entreprise.

Nouvelle victoire pour les travailleurs hier : les Prud’hommes de Saint-Pierre ont annulé les licenciements des grévistes. Cette avancée sur le terrain juridique fait suite à un autre jugement allant dans le même sens. En effet, vendredi dernier, le Tribunal de Grande Instance de Saint-Pierre a débouté le patron de Rieffel sur sa demande visant à faire condamner les grévistes pour entrave. 37 travailleurs, dont des délégués syndicaux, étaient concernés par cette mesure de répression qu’a voulu faire passer en force la Direction.
Par ailleurs, les juges prud’homaux ont également signifié une provision de 1.500 euros sur les salaires des grévistes.
À la suite de ces deux jugements, la CGTR a décidé de saisir la Direction du Travail afin d’obtenir la tenue d’une nouvelle réunion de conciliation. Et Jacky Balmine, Secrétaire général de la CGTR-BTP, de préciser que les grévistes ne sont pas figés sur le versement d’un treizième mois, contrairement à ce que dit le patron. « Nous revendiquons une prime de 150 euros, c’est à négocier », ajoute le responsable syndical.
Au-delà de ces avancées, le responsable syndical souligne une avancée capitale due à la mobilisation des travailleurs. En effet, sans cette grève, « aurait-on entendu parler de l’amiante sur le chantier de la Maison du rhum à Saint-Pierre ? ».
En effet, sur ce chantier, des travailleurs du groupe Rieffel ont été exposés à ce produit cancérigène. L’amiante est une substance extrêmement nocive, elle a déjà provoqué le décès de nombreuses personnes. La CGTR demande donc à l’État quelles sont les mesures qui seront prises pour les salariés dont la vie a été mise en danger.
Jacky Balmine constate également que les 4 sociétés du groupe Rieffel ont le même patron. Il aurait donc été logique que ces 4 entreprises entrent dans le cadre d’une Unité économique. Ce regroupement des effectifs rend alors possible la constitution d’un Comité d’entreprise ainsi que celle d’un Comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT). Or, avec un CHSCT, une tragédie aussi grave que l’exposition à l’amiante n’aurait pas pu arriver. Ce qui souligne l’importance de faire appliquer le Droit du travail à La Réunion, et notamment de donner davantage de poids aux instances représentatives des salariés dans les entreprises. L’affaire de l’amiante sur le chantier de Rieffel est là pour rappeler la nécessité de favoriser l’implantation de ces comités qui contribuent à l’amélioration du dialogue social, des conditions de travail et de la sécurité sur les chantiers.

Manuel Marchal


Exposition à l’amiante sur un chantier de Rieffel

Des travailleurs obligés d’enterrer des déchets toxiques sans aucun contrôle

Dans un communiqué diffusé hier, la Préfecture annonce qu’une mise en demeure a été adressée à l’entreprise Rieffel afin qu’elle communique les noms des salariés qui ont été en contact avec l’amiante. Ces derniers seront examinés par la Médecine du Travail. Par ailleurs, la Préfecture note que l’enterrement d’une partie des déchets contenant de l’amiante s’est fait sans attendre l’intervention d’une société spécialisée et « sans avis particulier du contrôleur technique ou du contrôleur de sécurité ».

La reconstitution de l’incident survenu sur le chantier “Saga Rhum“ est en cours. Il semblerait à ce jour que :

- Le maître d’ouvrage, la société "Saga du rhum", filiale du groupe Isautier, ait confié en mars 2007 des travaux de démolition à la société Rieffel, avec l’appui d’un maître d’œuvre et d’un contrôleur technique. Un contrôleur de sécurité a été alors également désigné, conformément aux textes.

- Début septembre 2007, l’opération de démolition d’une cuve aurait révélé la présence possible d’amiante. Un bureau d’étude aurait confirmé cette présence le 19 septembre.

- Une entreprise spécialisée aurait alors été contactée

- Cependant, entre le 20 et le 30 septembre, sans attendre l’intervention de cette société et, en apparence, à ce jour, sans avis particulier du contrôleur technique ou du contrôleur de sécurité, il semblerait que l’entreprise Rieffel ait enterré une partie des déchets en cause.

- La DRASS a été alertée d’un risque potentiel le 5 octobre. Du 8 au 15 octobre, les services de la DDTE et de la DRASS ont commencé à reconstituer les éléments épars du déroulement des faits en se rapprochant des entreprises ayant eu à intervenir ou à contrôler ce chantier. Il est rappelé que, parallèlement, depuis le 10 septembre, l’entreprise Rieffel était touchée par un conflit social interne.

- Une première visite sur une partie du site a eu lieu le 17 octobre. Puis, une seconde, complète, le 19 octobre. Bien que les travaux les plus problématiques aient probablement eu lieu début septembre, un arrêt du chantier a été notifié par l’Inspection du Travail.

- Le 20 octobre, une inspection de la DRIRE sur le site d’enfouissement s’est tenue. Il a été demandé à l’entreprise Rieffel de s’assurer au plus vite d’un meilleur confinement du site.
Un arrêté de mise en demeure complet sera adressé aujourd’hui (hier - NDLR) à l’entreprise Rieffel. Les salariés ayant effectué les manipulations début septembre sont désormais nominativement connus. Ils seront examinés par la Médecine du Travail de Saint-Pierre d’ici la fin de la semaine. Les investigations se poursuivent pour connaître le degré d’information et d’alerte du maître d’œuvre, du contrôleur technique et du contrôleur de sécurité du chantier.