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27 septembre 2025, par

La Réunion est au bord d’une grave crise sociale. Les ingrédients sont réunis : chômage, vie chère, inégalités criantes, dégradation des services publics et désormais colère patronale. Le risque est qu’une étincelle mette le feu aux poudres. La politique de Paris, depuis plusieurs décennies, a consisté à « acheter la paix sociale » par des transferts financiers et des dispositifs d’aide. Cette stratégie visait à dissuader ceux qui avaient des raisons de se révolter de descendre dans la rue, en les maintenant dans une posture de consommateurs dépendants de produits importés d’Europe et de services vendus par des sociétés françaises ou leurs filiales. Mais la crise des finances publiques réduit désormais cette marge de manœuvre.
Depuis jeudi, Madagascar connaît une flambée de violences, révélant les profondes fractures sociales qui minent l’île voisine. L’origine de ces événements est un mouvement pour protester contre 2 pénuries : électricité et eau. Ces événements résonnent comme une alerte pour La Réunion. Car, derrière une façade de stabilité, notre pays est lui aussi traversé par des tensions sociales de plus en plus vives.
Les Réunionnais affrontent depuis des années deux pénuries majeures : l’emploi et le logement. Ces manques essentiels, qui frappent surtout la jeunesse et les familles modestes, nourrissent un sentiment d’exclusion. À cela s’ajoute un coût de la vie exorbitant. Produits alimentaires, de première nécessité, services : tout est plus cher qu’en France. Si les prix tiennent à un système d’importation coûteux, ils s’expliquent aussi par l’existence d’une clientèle aisée, capable de payer. Cette réalité illustre l’ampleur des inégalités locales.
Face à ce constat, les syndicats alertent de longue date sur la dégradation des services publics, notamment dans la santé et l’éducation. Or, ces secteurs constituent les rares remparts contre l’exclusion. Quand l’école perd en efficacité et que les soins deviennent moins accessibles, les écarts sociaux se creusent davantage.
La politique de Paris, depuis plusieurs décennies, a consisté à « acheter la paix sociale » par des transferts financiers et des dispositifs d’aide. Cette stratégie visait à dissuader ceux qui avaient des raisons de se révolter de descendre dans la rue, en les maintenant dans une posture de consommateurs dépendants de produits importés d’Europe. Elle a aussi pour but de préserver ses intérêts comme la base militaire gratuite du Port, et la garantie d’un débouché solvable pour ses exportations. Mais la crise des finances publiques réduit désormais cette marge de manœuvre.
La situation devient d’autant plus préoccupante que les tensions sociales ne viennent plus seulement des salariés ou des chômeurs. Depuis plusieurs jours, des patrons sont eux-mêmes dans la rue. Gérants de stations-service et transporteurs routiers, acteurs clés de notre économie dépendante du tout-automobile, n’hésitent pas à faire grève et à paralyser l’île pour défendre leurs intérêts. Les transporteurs ont décidé de suspendre leur mouvement jusqu’au mois de novembre, les gérants ont obtenu une hausse de leur marge qui sera payée par les automobilistes. Et d’autres pourraient suivre. Le maintien d’exonérations de cotisations sociales est menacé. Si elles disparaissaient, les profits des entreprises s’éroderaient. Pour préserver leurs revenus, certains patrons n’hésiteraient pas à licencier, aggravant ainsi le chômage déjà massif.
Dans ce contexte, La Réunion est au bord d’une grave crise sociale. Les ingrédients sont réunis : chômage, vie chère, inégalités criantes, délitement des services publics et désormais colère patronale. Le risque est qu’une étincelle mette le feu aux poudres.
Si la société réunionnaise bascule dans la violence, comme cela se produit à Madagascar, les conséquences pourraient être dramatiques : incendies, pillages, attaques de domiciles de ceux perçus comme les profiteurs du système. L’image du volcan réunionnais sert ici de métaphore : sous une apparente accalmie, la pression monte inexorablement. Une éruption sociale, si elle devait se produire, emporterait bien plus que des biens matériels : elle menacerait la cohésion d’une société déjà profondément fragilisée.
M.M.
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