Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Agir pou nout tout et la politique sociale du gouvernement
31 décembre 2004

L’année 2004 s’achève. Tout naturellement, Jean-Hugues Ratenon revenait sur l’actualité sociale, une actualité ponctuée par les non-dits du gouvernement et le constat de la casse sociale. Il rappelle que les élus locaux ont une marge de décision.
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Les deux ministres, du Logement et de la Cohésion sociale, étaient récemment dans notre île. Et le président d’”Agir pou nout tout”, Jean-Hugues Ratenon, constatait que "le discours du gouvernement change", sans vraiment changer.
Par la voix de Jean-Louis Borloo notamment, le gouvernement tenait un discours plus pondéré auprès des Réunionnais. Pourtant, les incertitudes restent entières. En matière de logement par exemple, le ministre Daubresse reconnaissait l’état de pénurie pour ce qui concerne des logements et particulièrement ceux à caractère social.
La construction de logements est pourtant en baisse. Le Conseil économique et social (CES), ainsi que les deux collectivités territoriales, établissent le même constat. Il faut plus de logements pour répondre aux besoins immédiats de familles nécessiteuses, mais aussi en prévision des besoins à venir, en raison de la poussée démographique que connaît notre pays.
Pour apporter une solution pérenne, il faudrait la construction de 9.000 logements par an. Cette année, un peu plus de 3.000 logements ont été construits. "On est loin du compte", s’étonne Jean-Hugues Ratenon. Lors de sa venue à La Réunion, le ministre Daubresse expliquait que l’État s’engagerait "à aller jusqu’à 5.000 logements par an". C’est toujours insuffisant. C’est à croire que ce gouvernement connaît de sérieux problèmes avec l’arithmétique.
Au-delà des chiffres annoncés, Jean-Hugues Ratenon rappelle que les premières victimes de ce manque de logements sont les mères célibataires. Aujourd’hui, il importe que leur détresse soit prise en compte et résolue.
Pour ce qui est du ministre de l’Emploi et de la cohésion sociale, une chose est à noter : ses déclarations prouvent le mutisme du gouvernement, qui s’obstine à lancer des miettes, alors qu’il a le moyen de créer de l’emploi durable pour les Réunionnais. Il est vrai cependant que le gouvernement accorde un sursis pour les CEC, CES et CIA.
Mais le problème reste entier, dès lors que ces contrats doivent disparaître en 2006. On ne fait que repousser les échéances. Pour l’heure, le gouvernement envisage d’instaurer de nouveaux contrats, tout autant précaires que les premiers.
Jean-Hugues Ratenon déplore que l’on "ne parle pas d’emploi durable", alors qu’il existe de véritables pistes à exploiter. On parle en effet de rattrapage pour l’Éducation nationale, qui souffre d’un manque évident de personnel à La Réunion. Rien n’a été fait à l’heure d’aujourd’hui.
Et puis, on continue à dénigrer les revendications des personnels des mairies, qui pour certains ne sont pas encore intégrés, et pour d’autres, sans aucun espoir de titularisation.
Le ministre Borloo s’exprime plus volontiers sur ses contrats d’avenir ou d’accompagnement. Il parle aisément du plan de formation qui entre dans le cadre de ces contrats. Ainsi, il voudrait former la jeunesse réunionnaise, mais pour quel emploi “pérenne” au bout ? Le président d’Agir pou nout tout note quant à lui toute l’incohérence du contrat d’avenir, qui doit concerner un public âgé de 25 ans et plus. Que fait-on alors pour les jeunes de moins de 25 ans, particulièrement touchés par le chômage ? Les mairies devraient avoir un grand pouvoir quant à l’attribution du contrat d’avenir.
Les associations, qui souhaiteraient embaucher, doivent obligatoirement établir une convention avec les mairies et le Conseil général. "On peut s’attendre à ce que les mairies fassent montre d’une utilisation massive d’emplois aidés", indique Jean-Hugues Ratenon, qui espère que cette main-d’œuvre "bon marché" ne sera pas exploitée, sur des postes que devraient occuper des titulaires.
Le ministre Borloo n’y est pas allé de main morte. Pour lui, les élus réunionnais doivent se montrer responsables, en adaptant le plan de cohésion sociale en fonction des besoins de la société réunionnaise. Pour Jean-Hugues Ratenon, c’est une aubaine pour nos élus qui doivent en effet se responsabiliser.
"Le plan départemental de cohésion sociale proposé par le Conseil général est insuffisant. C’est un minima", déclarait-il. Aujourd’hui, il faut que les besoins soient recensés, pour que l’on apporte de véritables solutions pour les demandeurs d’emploi réunionnais. D’autant que le ministre certifiait que les moyens sont bien là. Non, ce n’est pas un problème de budget. Il reste maintenant à nos élus locaux de se mobiliser pour de bon.
"2005 ? Notre cheval de bataille est de responsabiliser les élus locaux", confiera Jean-Hugues Ratenon, qui rappelle que le mouvement associatif a toujours su se faire entendre. En témoigne le combat de décembre 2003 pour que les contrats CIVIS soient attribués. À l’époque, en un mois, 115 contrats ont pu être donnés, par l’action associative. Quant au Fonds régional de développement pour l’emploi (FRDE) chiffré à 37 millions d’euros, le président d’Agir pou nout tout expliquait qu’à compter du 1er janvier 2005, il sera géré à 80% par les mairies, et donc 20% par la Région Réunion.
"On demande à ce que le FRDE soit géré dans le cadre de l’intercommunalité", déclare Jean-Hugues Ratenon, pour faire fonctionner la solidarité entre communes. Disons que ce n’est pas gagné.
Enfin, Jean-Hugues Ratenon ne pouvait terminer sa rencontre avec la presse sans exprimer une pensée solidaire pour les milliers de victimes du raz-de-marée. "Ce sont nos frères et nos sœurs qui sont touchés par cette catastrophe", déclarait-il, en appelant tout Réunionnais à faire preuve d’une solidarité exemplaire.
Bbj
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