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1000 colis alimentaires distribués en une journée à des étudiants jeudi dernier à Saint-Denis par l’UNEF
23 octobre 2021, par

La distribution jeudi de 1000 colis alimentaires à l’Université de La Réunion souligne l’état de précarité dans lequel Paris plonge les étudiants de notre pays. La suppression des emplois réservés aux étudiants de l’Université dans la fonction publique ainsi que le chômage de masse fermant la porte aux emplois à temps partiel obligent les jeunes à se débrouiller uniquement avec la bourse. Le montant insuffisant de cette allocation eu égard à la vie chère dans tous les domaines est la raison d’abandon d’étude et favorise la prostitution en col blanc pratiquée par les « Sugar Daddy ». Devant la faillite de Paris à assumer sa responsabilité dans ce domaine, il incombe aux Réunionnais de l’obtenir afin que les étudiants de l’Université de La Réunion ne puissent avoir qu’une seule préoccupation : étudier afin d’avoir une formation suffisante pour être des acteurs décisifs du développement de leur pays d’origine.
« Témoignages » a publié hier le compte rendu fait par l’UNEF d’une action de solidarité qui s’était déroulée la veille au Campus de Saint-Denis de l’Université de La Réunion. Avec le soutien de l’Epicerie solidaire et de la Confédération générale de l’alimentation de détail, le syndicat étudiant a organisé une distribution de colis alimentaires. 1000 étudiants ont bénéficié de cette action, ce qui souligne la précarité subie par ces jeunes qui sont l’avenir de La Réunion et de notre région, car l’Université de La Réunion accueille également des étudiants venant de Maurice, Madagascar ou des Comores notamment.
Cet article a fait réagir une lectrice de Témoignages, voici le commentaire qu’elle a posté hier sur le forum de l’article :
« J’en suis encore à me demander comment un pays dit “riche” comme La France peut laisser dans la précarité, ses étudiants, qui représentent l’avenir du pays. Combien d’étudiants brillants ont dû renoncer aux études, faute de moyens ! Quel gâchis ! quel traumatisme pour ces étudiants-là !
Dans ce système, seuls les enfants de foyers aisés arrivent au bout de leurs cursus sans les tracasseries du quotidien. En plus de trouver un job pour joindre les deux bouts, de plus en plus d’étudiants, filles et garçons se prostituent. Une honte pour un pays comme La France ! Un étudiant doit pouvoir disposer d’un maximum de temps libre pour se consacrer à ses études.
Le pays se doit de lui en donner les moyens. »
Au cours de ces 20 dernières années, un mouvement de fond a contribué à précariser les étudiants. Auparavant, l’Education nationale était un gisement d’emplois pour les étudiants. En étant surveillant ou maître auxiliaire, il était possible d’avoir un salaire plus élevé que la bourse pour financer ces études. Ces étudiants avaient le statut de stagiaire de la fonction publique, engagés pour une durée de 7 ans sous condition de réussite aux examens : trois ans pour valider la première année, 4 ans pour passer le DEUG, et ensuite trois ans pour obtenir la licence ou la maîtrise.
Créés par le Front populaire, ces emplois ont commencé à être progressivement supprimés par des travailleurs en contrat emploi solidarité payé au SMIC partiel sans horaires adaptés pour faire des études, puis par des emplois jeunes qui avaient un contrat de droit privé et étaient payés au SMIC.
La suppression de ce corps de la fonction publique et son remplacement par des emplois hyper-précaires payés au minimum souligne le désengagement de la France dans la lutte contre les inégalités, car l’Université est un ascenseur social.
A La Réunion où le chômage de masse est une réalité depuis près de 50 ans, il est bien difficile pour un étudiant d’espérer obtenir un emploi à temps partiel dans le secteur privé pour compléter le montant de la bourse. Ces emplois occupés par des étudiants en France font ici l’objet d’une forte demande de la part des travailleurs mis au chômage par le système en place à La Réunion. Les employeurs potentiels bénéficient d’aides publiques pour embaucher des travailleurs au chômage de longue durée, qui sont donc préférés à des étudiants.
Autrement dit, les étudiants réunionnais doivent se contenter de la bourse qui est calculée selon une réalité qui n’est pas celle de La Réunion. Tout d’abord, l’État reconnaît que la vie est trop chère à La Réunion, à telle enseigne que ces agents titulaires bénéficient d’une majoration de 53 % de leur salaire. Cette surrémunération est également appliquée aux titulaires dans la fonction publique territoriale, dans l’hospitalière, ainsi que dans des entreprises où les accords et conventions collectives reconnaissent la compensation du coût de la vie par un salaire plus élevé qu’en France.
De plus, l’offre de logements étudiants à La Réunion est nettement insuffisante, avec des chambres universitaires disponibles en échange de loyers d’un montant astronomique : 316 euros et 320 euros par mois dans les nouvelles cités universitaires du Tampon et de Saint-Pierre pour 16 mètres carrés, soit 20 euros le mètre carrés, 3 fois le montant moyen du loyer dans un logement social.
Autrement dit, si le loyer de ces chambres universitaires étaient alignées sur le parc social, il ne devrait pas dépasser 100 euros et serait alors soutenable pour un étudiant contraint de vivre avec une Bourse.
Sugar daddy : des étudiantes victimes de la prostitution
Le coût du logement oblige les étudiants à faire des économies sur des dépenses aussi essentielles que la nourriture ou la santé. Le millier d’étudiants qui a reçu jeudi un colis alimentaire témoigne de cette réalité. Aussi il n’est guère étonnant de voir des prédateurs assouvir leurs instincts en toute impunité. Ce sont les « sugar daddy », des hommes d’un certain âge qui aident financièrement des étudiantes en échange de rapports sexuels. Le développement de cette prostitution n’est pas sans rappeler celui du tourisme sexuel dans les pays voisins, où des étudiantes vendent leur corps à des hommes venus trop souvent de La Réunion.
Paris décide du montant des bourses, et leur montant est bien insuffisant pour qu’un étudiant issu d’un milieu défavorisé puisse se payer ses études. Mais aller vers un montant suffisant ne pourra que déplaire à la classe dominante au pouvoir à Paris. Sa politique montre sa volonté de reproduction des inégalités pour que ses descendants puissent jouir des mêmes privilèges qu’elle. Cela se traduit notamment par payer à prix d’or des diplômes dans des écoles privées où la sélection s’opère par le prix des droits d’inscription, pas par le travail.
Les étudiants à La Réunion ne doivent pas être une génération sacrifiée. Cette lutte ne bénéficie pas seulement à des Réunionnais mais aussi aux jeunes qui ont surmonté toutes les tracasseries administratives pour obtenir un visa étudiant et s’inscrire à l’Université de La Réunion.
Devant la faillite de Paris à assumer sa responsabilité dans ce domaine, il incombe aux Réunionnais de l’obtenir afin que les étudiants de l’Université de La Réunion ne puissent avoir qu’une seule préoccupation, celle d’étudier afin d’avoir une formation suffisante pour être des acteurs décisifs du développement de leurs pays d’origine : La Réunion, Maurice, Madagascar et des Comores.
M.M.
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